Renaissance...

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En compétition

De nature sensible et empathique sans cesse avide d apprendre des choses doutant de moi à chaque instant je serai véritablement ravi d échanger sur les textes ecrits sur le site. Et puisque la  [+]

Image de Printemps 2021
Novembre

Il tombe une pluie battante qui ruisselle sur les joues d’Emma. Cette eau fait office de pleurs car des larmes, elle n’en a déjà plus. Elle les a déjà toutes versées. Le cercueil vient d’être déposé et déjà les monticules de terre commencent à le recouvrir.

32 ans... c’est jeune pour mourir. Un an, c’est le temps qu’il a fallu à la jeune fille pour rencontrer et tomber amoureuse de Loïc, goûter à la saveur d’un bonheur retrouvé, avoir des projets plein la tête, d’un achat d’appartement un jour prochain à l’éventuelle venue d’un bébé.

Et oui, c’était il y a à peine un an qu’avait débuté leur histoire.
Une poignée de secondes, c’est ce qu’il a fallu à un chauffard ivre pour renverser son homme qui circulait à vélo et le tuer sur le coup.
Et la précipiter dans un fossé insondable de douleur.

Un à un, les amis et proches viennent compatissants la serrer dans leur bras avant de quitter les lieux...
Une grosse demi-heure plus tard, il ne reste que ses parents qui insistent pour qu’elle vienne quelque temps s’installer chez eux.
Mais Emma refuse. Elle veut rester seule.

De retour chez elle, elle s’allonge sur son lit. Tout est calme, tout est vide et pourtant tout est rempli de lui.

Son odeur est partout, les photos témoignent d’une joie encore récente.
Et Hector, le premier cadeau que lui avait offert Loïc, vient nonchalamment ronronner sur son ventre.

Et là un éclair de lucidité lui rappelle que c’est fini, elle ne le reverra plus.

Décembre

Cette fois-ci, elle n’avait pas pu se défiler. Noël était là et son traditionnel repas de famille.

Que cette fête est cruelle quand résonnent les cris des enfants, que les sapins resplendissent et que vous êtes pulvérisée de l’intérieur.
Au milieu des brouhahas des convives, Emma est éteinte. Elle brille par son absence.

À son oreille, ces bruits paraissent lointains comme des bourdonnements.
N’en pouvant plus, elle sort dehors retrouver son ami le silence.
Dans la nuit de la campagne iséroise, les flocons tombent sans un bruit.

Il y a un an, le réveillon avait servi de prétexte pour présenter Loïc à sa famille.
Et là, à dix mètres devant elle, le plus grotesque des bonhommes de neige avait pris vie.

Des éclats de rire et un long baiser échangé venaient ponctuer ce souvenir.

Alors, déchirant la paix nocturne, elle poussa un hurlement atroce et inhumain maudissant la vie comme jamais...

Janvier

Retour au bureau et à son travail de graphiste. Ne rêvant que d’une chose, qu’on lui fiche une paix royale.

Ce qu’aucun de ces collègues ne fera ce matin-là.
Les mails de condoléances affluent et la procession de « toc toc » à la porte semble ne jamais vouloir s’achever.

Tous cherchent leurs mots, bégayent un « courage » par-ci et un « ça va aller » par là...
Elle sait bien sûr que cela part d’un bon sentiment, que tous font preuve d’empathie.

Mais ils ne pourront jamais se mettre à sa place et comprendre ce qu’elle ressent. Jamais.

À la fin de la journée, le logo sur lequel elle bossait était à peine entamé.
Bien sûr, aucun reproche ne lui fut fait ce jour-là.

Mars

Le dimanche était encore plus dur que les autres jours.
Elle comblait cette inactivité forcée par un plongeon acide au milieu de ses souvenirs.

Un papillon venait de se poser sur la fenêtre. Quel curieux hasard...
Passionnée d’entomologie, Emma s’était rendue à une exposition en novembre il y a un an.

C’est là qu’elle fut abordée par un jeune homme au parfum enivrant qui lui glissa à l’oreille que lui ne la piquerait jamais, mais qu’il appartenait à une espèce qui gagnait à être connue.

Cela la fit rire, et ils parcoururent les allées du musée ensemble. La suite est connue.

En un battement d’ailes, le papillon avait disparu et seules restaient visibles à travers la vitre les branches encore dépouillées des arbres qui représentaient si bien l’état de son cœur déchiqueté.

Avril

Le printemps était de retour. Elle aimait cette période. Cette quinzaine de jours où fleurissaient les cerisiers.

Pour la première fois depuis longtemps, le début d’une esquisse d’un sourire naquit sur son visage.
Une abeille se repaissait du nectar d’une fleur, les bourgeons émergeaient des arbres comme une résurrection miraculeuse et son âme qui demeurait encore grise semblait vouloir s’iriser des teintes de cette nature.

Elle regarda vers le ciel et envoya un baiser qui alla se perdre parmi les nuages.

Le soir venu, épuisée par cette longue promenade, elle sentit poindre le sommeil. Avant de se laisser aller au repos, elle ressentit le besoin de s’adresser à lui.

Alors elle lui dit combien il lui manque, combien elle aimerait sentir sa tête sur son épaule... lui raconte sa balade du jour, lui donne des nouvelles d’Hector et finit par s’endormir.

Juin

Emma déposa un bouquet de roses sur la tombe fraîchement lavée. Ces visites au cimetière si éreintantes au début lui apportaient maintenant un certain apaisement.

Elle avait l’impression qu’elle avait rendez-vous avec lui. Et puis sans vraiment savoir pourquoi, elle pouvait ressentir sa présence à ses côtés en permanence et cela la rassurait.

Et c’est tranquille et rassérénée qu’elle quitta le lieu.

Juillet

Un litre de lait, du pain et des légumes et du chocolat pour se faire plaisir. Emma n’avait rien oublié.

Trois semaines que cette supérette avait ouvert en bas de chez elle, trois semaines qu’elle s’y rendait. Les produits frais étaient délicieux, et elle n’était pas indifférente au joli caissier.

Il griffonna un petit mot au dos du ticket de caisse et le remit à la jeune femme.

En sortant, elle lut « au cas où », suivi d’un 06.
Son visage s’éclaira. Comme une envie de lumière. Comme une envie de renaître. Comme une envie de papillons... qui sait ?
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Fred Panassac · il y a
Renaître n’est pas oublier, c’est une belle histoire qui célèbre la vie et l’espoir. Je soutiens Emma.
Bonne chance.

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JAC B · il y a
j'aime bien la mise en forme du texte qui est à l'image du temps qui défile bon an mal an jusqu'à l'éclaircie. Et puis il y a de belles phrases: "Au milieu des brouhahas des convives, Emma est éteinte. Elle brille par son absence." entr'autres (!!), toujours votre style que j'apprécie. Bonne continuation Hervé
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Claire Dévas · il y a
Les histoires tristes sont difficiles à raconter sans tomber dans les lieux communs. Voilà une narration touchante et délicate. Bravo.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/servi-sur-un-plateau

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Nicolas Auvergnat · il y a
Une littérature blanche du combat quotidien. Février était peut être le pire des moi qu'elle l'occulta ? Beau texte, même dans ce qui n'est pas évoqué.
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De margotin · il y a
Un bon battant.
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Jo Kummer · il y a
Le combat de la vie pour un demain meilleur!
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Francine · il y a
La vie est un combat, mais demain sera toujours présent. Espoir et souvenir. Surtout espoir !
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Philippe Barbier · il y a
Emouvant !
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christine MAESEN · il y a
La vie , inéluctablement , reprend le dessus . Joli texte par sa simplicité , son réalisme , ses ressentis ; Merci
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Gilles Cé · il y a
Un deuil comme un hiver et le printemps revient.

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