Relation compliquée

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Psy, escrimeur, bricoleur, j'aime le mélange des genres, comme en littérature où je vénère Flaubert autant que Vargas Llosa, BE Ellis et Hemingway autant que Junger ou Von Salomon. Avec tout ça  [+]

Image de Hiver 2018
Cette fois, elle est allée trop loin. Je ne peux plus la supporter.
Ça fait une semaine que j’y pense. Une semaine.
Je ne sais même pas ce que j’attends en retournant la voir aujourd’hui. La salope. Elle va morfler. Je ne peux plus encadrer ses airs hautains, sa condescendance, son mépris affiché. Putain !
La dernière fois c’était à propos d’une simple histoire de bouffe, je ne sais plus vraiment, mais il faut toujours qu’elle ait raison. Toujours.
Je ne peux rien dire sans avoir l’impression d’être observé, scruté, découpé au scalpel. Alors que ça pourrait être si simple, je ne demande pas grand-chose en vérité.
Dans le métro, à quelques stations. Le regard dans le vague et les poings serrés, les dialogues avec elle tournent en boucle dans ma tête. Répliques cinglantes, j’argumente, elle aussi, mais je finis par la prendre en défaut. Elle ne sait plus quoi dire. J’ai gagné. Mais je ne m’arrêterai pas là. Je veux la traîner plus bas que terre. D’évidence en évidence, son visage se décompose. Coup de grâce, elle demande pardon. Avec une moue de dégoût, je rejette ses excuses d’un revers de la main, lui tourne le dos en souriant. Pas un mot de plus.
Ces images me soulagent un peu. Je me répète le film avec des variantes. En particulier, j’aime découvrir la surprise dans ses yeux quand elle comprend qu’elle a eu tort, cet air qu’on peut avoir au moment de tomber du haut d’un grand escalier. Et plutôt que de la relever, de la ramasser, je rêve de la piétiner méthodiquement – oh, pas physiquement, je ne suis pas violent. Je la piétine de mes mots, comme autant de gifles pour lui faire ravaler définitivement sa fierté, pour lui faire regretter le mal qu’elle m’a fait.
Et puis, je relativise. Est-ce que je n’aurais pas tendance à exagérer parfois ? J’essaie de faire appel aux bons moments que nous avons passé ensemble. Elle peut être si douce quand elle fait un effort et qu’elle arrête un instant de me regarder avec ces yeux inquisiteurs, de me parler avec ce ton... Ce ton, putain, j’en ai les avant-bras qui frissonnent. Cette nana pue l’implicite et les sous-entendus, on ne sait jamais si c’est du lard ou du cochon : double-sens, phrases à tiroir, je ne suis pas une exception, n’importe qui deviendrait dingue.
Il me faut une grande respiration. Pffffffff.
Le métro s’arrête à Saint-Mandé. Ma poitrine se resserre, j’ai une boule énorme dans la gorge.
Je descends de la rame en filant un coup d’épaule magistral à un connard qui campe devant la porte avec un air stupide. Saloperie de manque de civisme. Je trace sans me retourner, il avait l’air agressif.
Sortie du métro :
— T’as pas une pièce ?
— Non.
— C’est pour manger.
— Trouve un job.
Je soutiens le regard du mec. Il tourne les talons, accoste un autre type. « T’as pas une pièce ? » Et merde. Je traverse l’avenue de Paris. Deux minutes plus tard, je suis en bas de son immeuble.
Interphone, clic, la porte s’ouvre. Je monte jusqu’au troisième. Elle est là, devant moi, me fait entrer. Je pose mon manteau sur une chaise et m’assieds face à elle. À part un « bonjour » d’une froideur qui n’annonce rien de bon, nous n’avons pas échangé un mot.
Finalement, elle me sourit :
— Vous avez l’air tendu aujourd’hui.
— Ah bon ? Je ne sais pas. Vous savez, des fois quand je viens vous voir pour ma séance, sur le trajet je ressens – comment dire – des trucs bizarres.
— Eh bien, est-ce que vous aimeriez me parler de ça aujourd’hui ? Des trucs bizarres que vous ressentez ?
— Ouais, ça serait peut-être pas mal...

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Marie Quinio · il y a
Super aussi ce texte !! Bravo j'adore votre style.
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Utilisateur désactivé · il y a
Mes 3 voix pour votre style ! À l'occasion, n'hésitez pas à lire ma dernière nouvelle, "Prisonnier."
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Patmots MAUREY PATRICIA · il y a
L'humain et ses sentiments contradictoires. Je t'aime mais je te hais. Je veux te quitter mais finalement peut-être pas. Cette colère bien narrée, bien posée tout le long du texte et qu'il faudra sans doute poser sur le divan.Bravo Arnaud, j'aime beaucoup. Je vote 5. Je vous invite à lire mon texte "Un jour" et me dire svp ce que vous en pensez. Merci et au plaisir.http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/un-jour-35
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Sylvie Jacob · il y a
Qu'il est bon de se faire avoir avec une chute autre que celle à laquelle on s'attend ! Enfin pas toujours :( J'ai adoré Arnaud ! Bravo !
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Élodie Torrente · il y a
J'aime bien la chute, vraiment ! Mes votes ! Bonne chance, Arnaud !
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Bertrand Pigeon · il y a
Une relation un peu
à sens unique
avec une psy
à qui . l'on peut tout dire^^+5

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Arnaud Desanglades · il y a
Franchement, si vous ne pouvez pas tout dire à votre psy, changez de psy ;) Par contre, continuez à dessiner !
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Bertrand Pigeon · il y a
merci^^
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JACB · il y a
Le divan est toujours accueillant, avec cet état d'esprit il vaut mieux s'y poser et parler...; l'histoire est bien menée et la chute rassure. Mes votes Arnaud.
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Mathieu Kissa · il y a
C'est pour guérir ? En tout cas j'aime, bravo pour le style. Mes votes.
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Petitpoizonrouge · il y a
votre colère est très rythmée ! bravo pour votre texte
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Utilisateur désactivé · il y a
Texte bref mais bien résumé, c'est long une thérapie..;)

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