Regards ennemis

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Regard bleu
C’était une véritable armée de zombies qui nous faisait face. J’étais côte à côte avec James. On savait qu’on pouvait compter l’un sur l’autre. Il fallait tenir bon pour tenir à distance la horde immonde. On accueillit la première de ces saloperies qui s’avançait en grognant des borborygmes indescriptibles par un coup au niveau du genou qui la fit s’écrouler lamentablement. Un autre mort-vivant le recouvrit : pitoyable bouclier de chair... James et moi faisions pleuvoir notre matraque sur le corps recroquevillé dans une extase de violence. L’amas de chair noirci par la putréfaction s’immobilisa. Un frisson de plaisir me parcourut l’échine. Mais soudain, le corps supplicié fut agité de soubresauts. Le mort se redressa.
« Cette saloperie est increvable, il faut lui arracher le cœur ou lui exploser la... ! » hurlait-on derrière moi. Je n’eus pas le temps d’entendre le dernier mot. Le cadavre ambulant qui me faisait face sauta sur James et le plaqua au sol, faisant rouler son casque. Je restai sidéré lorsque je vis cette pourriture humaine lui arracher la jugulaire avec les dents. L’horreur me paralysait tandis que l’odeur infecte du sang chaud galvanisait la foule immonde qui me faisait face. Aucun de nous n’eut le temps de réagir lorsque la marée infernale de morts-vivants s’abattit sur nous. James et moi fûmes engloutis les premiers.
J’accueillis la mort comme un immense soulagement.

Regard noir

Mon pote Jo faisait face aux CRS et leur criait « justice pour Adama !», je renchérissais « justice pour Théo ! » C’est alors qu’un des flics en armure surgit de sa ligne et frappa violemment Jo au niveau du genou. Il s’écroula en hurlant. Je me jetai sur lui pour le protéger. C’est alors que je sentis une douleur déchirante au niveau de la cuisse et au bas du dos. J’hurlais de douleur et de rage : c’était ma première confrontation avec les forces de l’ordre. J’étais révulsé d’indignation. J’avais été traité comme une bête. Je devins une bête. Ce fut une explosion d’adrénaline. Je ne sentais plus la douleur. Je n’entendais plus rien. Le monde semblait s’être replié sur lui-même.

Ce fils de pute se tenait face à moi, la matraque encore levée. Et je vis la peur dans ses yeux. Je me jetai sur lui avec une telle force qu’il bascula en arrière. En chutant, son casque se détacha et roula un peu plus loin. J’étais sur lui, je sentais son souffle haletant sur mon visage. Le battement de sa jugulaire attira mon regard. Elle pulsait au rythme de son cœur. Je regardai, fasciné, cette vie, si fragile. Un désir inconnu s’empara de moi. Je plongeai la tête dans son cou et je mordis à pleines dents l’artère palpitante. Dans un baiser sanglant, j’arrachai le morceau de chair, encore frémissant. Face à nous, l’horreur paralysait l’escouade de forces mobiles. Ce fut peut-être ce temps, infime, qui donna confiance à la foule : celle-ci se mit à gronder comme un volcan avant l’explosion. L’instant d’après, c’était une déferlante qui s’abattait sur le cordon policier. Les malheureux furent piétinés, roués de coup jusqu’à disparaître dans une bouillie de chair et de sang qui macula le pavé d’une écume écarlate.

J’accueillis leur mort comme un immense soulagement.
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