Récit du quotidien

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Jeudi matin, la météo indique du gel, un petit coup d'œil par la fenêtre : la voiture est totalement gelée. Une légère pellicule de glace brille sur le toit, les fenêtres et la route. Je sors de la maison avec mon sac sur le dos, mes clefs de voiture dans une main et ma pochette d'ordinateur dans l'autre. A l'est, en direction de la sortie de rue, une couleur orange feu me surprend. Le soleil commence à se lever et en fait déjà plein sa tête. Je repose mes sacs dans la précipitation sur le seuil de porte, une photo, il me faut une photo pour préserver l'instant pourtant déjà présent dans ma mémoire. Je la fait surtout pour faire profiter aux autres de la simplicité de notre paysage si simplement oublié.
Les maisons de mon quartier encore endormis sont réveillés par un léger voile nuageux violacé éclairé par le soleil levant. Les fils éclectiques reliant les maisons aux luminaires s'entrelacent et créé un rythme dans la photographie jusqu'à la sortie de la rue. Deux Peuplier d'Italie dans les jardins à l'arrière de la rangée de maisons en face pointent leurs cimes au dessus des toits rouges comme des ombres chinoises finement découpés.
Je descends les quelques marches en béton toujours le regard en direction du ciel et de la sortie du mon quartier. Je m'empresse de dégivrer la voiture : cinq minutes, peut-être plus. Je vais être en retard. Je démarre et sors du quartier, mon regard s'ouvre sur un espace agricole ponctué par des habitations et des bosquets défeuillé. Le ciel toujours aussi somptueux et lumineux pour l'aube, je veux encore m'arrêter photographier. Un petit coup d'œil à l'heure indiquée sur le tableau de bord : 8h10. Pas le temps.
Après avoir passé une zone de travaux pénible, trois ronds-points saturés, je m'engage sur l'autoroute A25 en direction de Dunkerque. C'est les vacances scolaires dans la région, la circulation est fluide et profitable uniquement sur le réseau principal. Je suis légèrement en surplomb par rapport aux abords de l'autoroute malgré ma voiture très basse. Je peux voir loin en face de moi et sur les côtés mais le reste du givre sur les vitres perturbe mon regard et m'empêche de voir avec netteté le paysage flamand. Une brume s'est installée sur les pâtures glacées. Elle semble vouloir grignoter plus d'espace mais la rigidité et la vitesse des véhicules sur l'autoroute la fait tournoyer et terminer en fumée.
A mis chemin sur ma gauche, en dépassant un camion lent, mon regard glisse en direction des nuages d'un gris profond. Ces nuages et la brume ne font plus qu'un et se mélangent pour créer un brouillard opaque. Je n'arrive rien à distinguer, tous est flou sauf probablement le clocher de Steenwerck, seul, qui point avec légèreté au dessus des arbres dénudés et noyés sous l'épais manteau grisé. Mais que s'est-il passé ? Un nuage de pollution ? Sommes-nous plongés dans un nouveau roman de Stephen King dans lequel le paysage est le personnage principal ? Non. Simplement la satisfaction (ou la jouissance) de contempler notre paysage flamand un jeudi matin à 8h20. L'instant ne durera pas, il faut en graver les moindres détails dans la mémoire.
Bailleul dans 2000m. Je sors bientôt de l'autoroute. Le beffroi, l'église puis plus loin mais beaucoup plus impressionnant, l'antenne de télévision implantée sur le Mont-des-Cats. La dilue la ville de Bailleul. Seul le mont boisé et les deux monuments émergent de cet océan grisé. En moins d'une seconde, je suis ébloui à travers les trois miroirs de la voiture. Le rétroviseur central dans un premier temps, puis le gauche et le droit simultanément. Le soleil d'un orangé flamboyant émerge doucement. Quelques arbres visibles dans mon rétroviseur, pourtant majestueux, essayent de le cacher et faire écran mais la boule de feu trop puissante se lève. Il fait fuir doucement la vapeur d'eau rampante sur les champs et les pâtures. Quelques haies, chétives en hiver, servent d'abris à la brume vaporeuse.
j'enclenche mon clignotant, sors de l'autoroute et entre doucement par le sud de la ville mais pas par son meilleur coté. L'odeur de la station dépuration ne me vient pas jusqu'au nez. C'est rare. La zone commerciale construite sur un marais est aujourd'hui planté de Saules, d'Aulnes et autre plantes aimant avoir les pieds dans l'eau. Les façades commerciales en taule beige et noires sont posées brutalement, sans le souci de les harmoniser avec le reste du paysage flamand pourtant si riche. Proche de l'échangeur une ferme typique avec son toit rouge, ses briques rouge, ses alignements de Saules têtard semble être intrus dans ce paysage aujourd'hui commerciale et industriel peuplé d'usines, magasins, station-service et son lot de parking si fidèle aux acheteurs.
J'enjambe les marais et la voie ferré. A ma droite, la zone commerciale toujours imposante, à ma gauche commence à se dessiner l'ancienne ville facilement repérable grâce à ses clochers. En bas du pont, des magasins laissent places à une rue plus étroite qui me dirige en direction du beffroi si imposant. Le soleil, que j'avais oublié joue derrière les pas-de-moineaux et les façades en briques rouge. Il se reflète dans les petites fenêtres finement découpées qui apportent le charme inégalable du centre ville. Je me gare dans une rue perpendiculaire à la rue de Lille proche de la place principal encore libre pour se stationner. Je me dirige rapidement à pied à l'intersection des deux rues et je regarde vers le bas de la rue de Lille. Le ciel si orangé était déjà redevenu pâle, neutre. Les nuages s'étaient volatilisés, asséchés, effrayés probablement par le soleil brulant. Je marche une trentaine de mètres puis entre dans une de ces maisons.
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