Recette infaillible pour écrire un best-seller

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Une passion pour l’écriture, souvent en ateliers. Mon genre préféré est le texte court. "Choper" un personnage, lui mitonner une petite tranche de vie... J'éprouve un grand plaisir à  [+]

Image de Automne 2018
« Longtemps je me suis couché de bonne heure. »
Voici le bon conseil donné par Marcel Proust, dans sa célèbre Recherche (Best-seller !). En tant qu'écrivain débutant, j'ai décidé de le mettre en application.
C'est ainsi qu'au lieu de voyager avec ma femme (ce que je pourrai toujours faire plus tard avec mes royalties), j'ai choisi de consacrer ma semaine de vacances à la rédaction de mon premier polar, enfermé chez moi, bien décidé à me mettre au lit à 19 h 30, afin d'augmenter mon potentiel créatif.
Pour accroître mes chances de devenir un grand écrivain, donner un coup de pouce à mon destin, j'ai continué mes recherches et décidé d'adopter les rituels voire les tics, les « filets psychiques » (comme dit mon psychiatre favori Christophe André), de ceux qui ont percé dans la littérature.
Tout d'abord, le carburant :
J'ai lu qu'Amélie Nothomb se prépare un grand thermos de thé noir, avant de se mettre à écrire. Honoré de Balzac et Voltaire buvaient quinze tasses de café par jour. Patricia Highsmith vivait de vodka, de céréales et d'œufs au bacon.
Tout ça, c'est bien gentil mais ça m'a fait passer beaucoup de temps aux toilettes, pour évacuer ! Quoique... c'est pas mal non plus, pour l'inspiration, d'être installé dans les WC. Ça pourrait devenir mon rituel, que généreusement je confierais aux intervieweurs. Ça manque peut-être un peu d'éclat, ça n'est pas trop glamour...
Ou alors, il est vrai que j'aime bien mâcher du chewing-gum, et je n'ai pas trouvé un auteur qui le recommanderait. Quand je serai célèbre, je donnerai ce conseil, ce sera mon « truc » ! Et si je me faisais sponsoriser par une marque de chewing-gum ?
Ou encore mieux, et pour cela, je suis certain d'être le seul, je dirai que je fais très attention à mon alimentation, que je ne consomme que des aliments riches en Aminométhylpyrimidinylhydroxyéthylméthythiazolium (ce qui est plus chic que vitamine B1). Mais il ne faudrait pas qu'on pense que je frime trop.

Cela sera à étudier avec mon attachée de presse.
En dehors des WC, quel lieu choisir pour installer mon bureau ?
Un des auteurs dont les tirages me font rêver, c'est Stephen King. Il travaille face à un mur, afin d'éviter tout élément de distraction. Ça, un mur nu, j'en ai un, plusieurs même ! C'est chouette d'avoir le choix ! Au moins c'est basique. S'il avait déclaré que ce n'est que sous une pergola, dont les colonnes s'affaissent sous le poids des plantes grimpantes écarlates, je n'aurais pas pu le suivre.
La position pour écrire semble avoir également une grande importance. Alors, j'ai fait des essais :
La méthode choisie par Lewis Caroll, Virginia Woolf, Ernest Hemingway c'était d'écrire debout. Hélas, je ne tiens pas longtemps, j'attrape des crampes.
Alors, j'ai fait des recherches sur la position allongée, bien plus confortable.
Et qui je trouve ? !!! Marcel Proust ! C'est quoi ces bobards racontés dans ses livres ! Il baisse dans mon estime. Je découvre qu'il dormait toute la journée et écrivait la nuit, allongé dans son lit, appuyé sur un coude, à la lueur d'une lampe verdâtre. «  Au bout de dix pages, je suis brisé, » disait-il. Moi, c'est au bout d'une demi-page, dans cette position !
Il y a Truman Capote qui se disant complètement horizontal n'écrivait qu'allongé, peut-être imitait-il Voltaire ou Descartes. Mais cette position est pour moi liée au farniente et je m'endors !
Et puis, il y a ceux qui écrivent en marchant, par exemple le regretté Philip Roth. Mais hélas, il y a une restriction de taille : mes voisins du dessous qui ne supportent pas le bruit.
Le matériel compte aussi, j'ai acheté des ramettes de feuilles bleues, tout comme le faisaient Colette et Alexandre Dumas.
Un qui avait la plume et l'alexandrin faciles, c'est Victor Hugo. Qu'est ce que j'apprends ! Il écrivait nu comme un ver !
Alors, j'ai décidé de ne rien abandonner au hasard et j'ai cumulé : debout, tout nu, devant un mur. Sur une table, j'avais posé un tabouret et dessus, un bloc de papier bleu. Sur la table, une thermos de thé, une de café, une bouteille de vodka, plein d'aliments bourrés de vitamine 1 et un spray de gaz lacrymogène, pour bien rester dans mon sujet.
J'y pense, je ne vous ai pas encore donné le titre très original de mon polar ? « L'Orthochlorobenzalmalonitrile fatal. »
J'avais choisi le mur du couloir à proximité de mon deuxième lieu d'inspiration, les WC. Ce dernier, tout équipé également, je le laissais éclairé pour ne pas briser l'inspiration quand elle venait. J'alternais entre ces deux espaces de travail.
Quand ma femme est rentrée de vacances, elle m'a lancé un trivial :
— Mais qu'est ce que tu fous ?
Et alors, j'ai pu placer une citation de Ludwig Wittgenstein que j'affectionne particulièrement car elle est efficace pour clouer le bec à tous les importuns :
— Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence.

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