RAIDE

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Après avoir beaucoup voyagé voilà qu'il m'arrive d'écrire quelques lignes,toujours pour moi,comme un chanteur sous la douche. c'est la première fois que je me dévoile à un éventuel public  [+]

Impossible de le ranger dans le coffre : il est raide. Bien sûr on va encore dire que je m'y suis pris comme un manche, que j'avais qu'à me bouger et qu'il faut rabattre le fier quand il est chaud. Moi j'ai attendu, trop tard : il est froid.
Mais alors bien froid, je n'ose pas le plier. L'était un peu psychorigide le Joe et il continue à pas y mettre du sien. Donc reprenons : le plier ? non.
Je vais tout de même pas le découper en plein musée, déjà que le mettre dans un coffre Renaissance c'est limite de mauvais goût pour un mort... Le fondre à l'acide ? Faudrait une baignoire... Chez Marat au 2ème ? Mais faut que je le porte et que j’enlève l'autre sous le regard de la Charlotte, cette furieuse, non merci.
Bon je le plie, même si ça craque un peu tant pis.
Ça n'a pas fait de bruit, c'est même un peu plus mou que prévu, mais ça plie aux endroits voulus. La fermeture du coffre ne pose plus de problème quand tout est bien rangé !
A la guerre comme à la guerre je repousse le coffre sous les pieds de François 1er. Il est plus lourd -pas François, le coffre-, mais c'est pas François qui va le soulever.
Enfin c'est l'heure de l'ouverture, les premiers visiteurs glissent timidement dans les premières salles.
Je ne veux pas me diriger vers la sortie, il me faut observer la réaction des visiteurs, au cas où l'on constaterait la disparition du patron du musée. Rien de particulier, personne ne semble remarquer le vide laissé par cette personnalité qu’était Joe de Bruges, le conservateur du musée de la moule-frites et du hamburger dans l'histoire de France.
Encore une nuit blanche passée en mission, fatigué je hèle un taxi, il freine, je monte, il me conduit direct à la maison après m'avoir reconnu dans le rétro. Bonne journée Mr Ronald, reposez-vous, vous avez l'air crevé, me dit le chauffeur de la Yellow de Levallois-Perret.
Cheese mon chat, me frôle les jambes jusqu'au lit, je m'endors aussitôt en rêvant que je ne bosse plus pour la MC DO FOUND Cie, pourtant il reste des concurrents à traiter....
Mais il me met sa queue dans le nez ce con de chat, voilà maintenant je suis réveillé, au moment où j'étranglais à nouveau le DG de la QUOUIK FOUND Cie dans un cauchemar récurrent. Il a faim l'animal, bon je me lève , le chat et moi on déjeune, lui se rendort, moi je me remaquille, c'est fou comme le rouge à nez ça ne tient pas.
Pas encore réveillé, je descend je hèle, il freine, je monte, il me conduit direct au bureau après m'avoir reconnu dans le rétro. Bonne nuit Mr Ronald ? vous avez l'air en forme, me dit le chauffeur de la Yellow de Levallois-Perret.
L'employée Dumoy me donne en souriant un dossier nommé: le Déviant d'Acher, pas possible! Ça c'est du gros morceau! Je passe le dossier à la moulinette, et bien sûr j'y trouve des noms célèbres : James Hadley Cheese, DG de la Beef On The Roof, le grec Hallal Binos truculent patron de la Baba Black Sheep Ave You Any Woole Cie, le couple richissime Paul Chicken et Andie Chips, et Stan Fisch Mombyet, créateur de la Once Lécayes Under The Sea Cie.
En se tortillant Dumoy tapote (mais pas ma copine) sur mon épaule et me demande rougissante : « allez j'peux v'nir avec vous m'sieur Ronald » ?
Un peu d'aide ne pouvant pas nuire dans ce genre d'affaire, j'opine, et Alice -c'est son prénom- ronronne et tortille de plus belle. Enthousiasmée elle s'écrit « à nous deux nous allons faire plier la concurrence », et elle ajoute cette sentence : « la déconfiture est à l'alimentation ce que la décroissance est à la viennoiserie ». J'en suis pantois.
Il me fallut encore trois cafés pour cesser de regretter d'avoir accepté de la prendre avec moi. Ne soyons pas sévère me dis-je, tout en l'étant, je lui demande de la fermer. Ce qu'elle s’empresse de faire en se jetant sur la porte de mon bureau.
Minuit, sonne la pendule cinquantenaire, tout en n'offrant que onze coups, dérèglement hormonal, sans doute dû à la ménopause.
Procédons par élimination dis-je en sortant mon Opinel. Je repoussais donc en premier la graisse figée sur les bords du pot de rillettes, et proposais de concert un sandwich à Alice.
Avez-vous remarqué que j'avais un Bocuse ? S'enquit-elle en me montrant le livre posé sur son bureau. En effet, et cela peut toujours servir, pensais-je in petto. Et en premier lieu nous ouvrir des portes, grâce aux adresses des sièges figurants dans le susdit Bocuse.
On commence par qui hein? dit Alice en ouvrant l'ouvrage usagé, râpé,corné biffé, taché, « moi j'le connais par cœur : c'est mon live de chenets pour lire au coin du feu », agitât-elle. Je lui dis de la fermer, elle fonce sur la porte....
Mais dites donc on trouve des trucs dans ce Bocuse ! Tiens par exemple page 621, à P : Petits Pains pour un Petit Pique nique sur un Parking de Pau Par un temps Pourri, ouais ça existe, page 621, ben,devinez qui produit ces petits pains ? Et oui, notre ami Stan Fisch Mombyet,
étonnant non?
Pas de chance la boite est sur liste rouge, alors on sort, on hèle il freine, on monte, il nous conduit direct à Montrouge après nous avoir reconnus dans le rétro - bonne chasse, vous avez l'air en forme nous dit le chauffeur de la Yellow de Levallois-Perret.
La boite appartient maintenant à deux vieux frères : les frères Armand.
Même si ils ne sont pas bavards, je pense (je sais on est deux, mais pour penser, « je » d'accord ?) que le plus jeune a déjà compris l'objet de notre présence nocturne. L'autre a perdu depuis longtemps le goût de l'aube, et est devenu nyctalope. « Oh m'sieur Ronald », dit Alice en se tortillant.
Il nous voit peut-être venir, mais nous on connait la chanson des vieux Armand, et il nous fallut bien du talent pour être au mieux, tout en résulte.
Zélée comme Dumoy j'avais jamais vu. Je n'avais pas fait le tour de mes idées que les frangins découpés, gigotaient au rythme du pétrin, enfarinés, levurisés, salés, prêts à cuire en Petits Pains au Poisson Pané au Pavot, mûrs pour la page 621.
Ça m'a foutu un coup de vieux, à eux aussi vous me direz, mais se faire doubler dans un boulot pour lequel vous êtes reconnu comme le meilleur, ça fait mal.
« Allez vous montez pas l'bourrichon, Mr Ronald », me glisse la terreur des Armand, c'est la chance des débutants.
Elle ouvre, nous sortons, elle hèle, il freine, nous montons, il nous conduit direct chez elle après l'avoir reconnue dans le rétro, reposez-vous mam’zelle Alice, vous avez l'air crevée lui dit le chauffeur de la Yellow.
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