Rage de soi

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Je suis juste le néant  [+]

Ayla. Ayla !
Putain Ayla qu’est ce qu’il se passe !
Réveille toi bordel ! Réveille toi !



Elle me regarde, elle à l’air effrayée. Pourquoi a t elle l’air si effrayée ? C’est ma soeur, je la reconnais, elle s’appelle Lys. Merde, elle pleure, je vois ses larmes qui coulent sur ses joues. Sa bouche est toute déformée alors je pense qu’elle crie. Elle hurle même, mais c’est étrange je ne l’entend pas. Je n’entends rien du tout en fait. J’entends le Silence, il me parle, je ne comprends pas ce qu’il dit mais il m’apaise. Je voudrais savoir ce qui ne vas pas, je voudrais savoir pourquoi ma soeur à l’air si inquiète.

Lys attrape mes épaules et me secoue, je ne résiste pas. J’ai la consistance d’une poupée de chiffon. Ma tête part en arrière, je n’arrive pas à la faire tenir droite. Il y a une grande tache au plafond, d’humidité sans doute, notre vieille maison de résiste pas toujours aux pluies diluviennes qui s'abattent régulièrement sur la région. Les longs cheveux blonds de ma grande soeur viennent me chatouiller le coup, je sens une de ses larmes sur moi. Je crois qu’elle a vraiment peur. J’aimerais la rassurer, je veux pas qu’elle s’inquiète, et puis je suis bien moi là... Tranquille, je flotte sur une mer de nuages. Je ne peux pas lui parler alors je lui souris. Un petit sourire que j’essaye de rendre rassurant.



Où est No ?
Il est ou ? Il s’est passé quoi ?
Ayla bordel !



Je lis le mot sur ses lèvres, je le reconnais. No. No ? Merde, c’est ça, je me souviens. No est mort. C’est ça le truc qui cloche. Il est mort, je l’ai vu dans son lit, il respirait plus et son coeur battait plus. Alors je suis allée dans la salle de bain. Et après ? Je ne me rappelle plus, juste la tête de Lys devant mon champ de vision, la bouche en une grimace et les yeux rougis par les larmes. No est mort. Je n’arrive pas à ressentir quoi que ce soit, pourtant je l’aimais, c’était mon petit frère.

Ma soeur m’a lâchée, je suis de nouveau sur le sol de la salle de bain, le dos appuyé contre le placard sous le lavabo, la tête ballottante sur le côté. Je crois qu’elle est partie chercher de l’aide. Mais qui ? Je devais garder No, il n’y a personne d’autre. Maman et Papa sont partis en voyage. Ou Lys est-elle partie ? Chercher No, je ne lui ai pas dit qu’il était mort.

Le Silence me chuchote que tout ira bien, je ferme les yeux en le laissant me bercer. Le Noir arrive, il est plus agréable que les couleurs, il est neutre. Le Noir et le Silence ne mentent pas. Jamais.

Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis dans cet état là. Ce n’est pas moi qui suis morte, c’est No. Mais je ne me sens plus vraiment vivante, je ne suis même pas triste. Et puis soudain, le Silence meurt. Les Échos m'envahissent. Ils tapent contre mes tympans comme la mer contre des rochers pendant une tempête. Ils me percutent, ils s'infiltrent dans tout mon être. Ils viennent couler dans mes veines, ils remplacent chacune de mes terminaisons nerveuses. Ce sont des voix, certaines me parlent peut-être. Ce sont des sirènes d’ambulances aussi je crois. Les Échos me harcèlent de coups pour rentrer dans mon corps ou pour en sortir.



Mademoiselle vous m’entendez ?
On va vous amener à l’hôpital.
Ne vous inquiétez pas...



Des mains m’attrapent, je n’ai pas la force d’ouvrir les yeux mais je les sens me soulever et me poser quelque part. Mon corps accumule les sons et progressivement ils se transforment en douleur. Une douleur si intense qui parcourt chaque parcelle de ma peau. Peut être que si je hurle assez fort, tout les Échos se tairont à jamais. Qu'ils laisseront place à un grand vide dans ma tête et dans mon corps. Je ne peux plus tenir. La douleur est trop forte. Je hurle. Je hurle mais je ne sens pas le son sortir de ma gorge. Pourtant je l’entends. Je hurle comme je n’ai jamais hurler de ma vie. J’ai l’impression que ma vie s’échappe de moi au fur et à mesure que je crie.

J’ai l’impression que tout est faux. La seule chose réelle c’est la douleur. Je ne sais plus rien. Je ne veux plus être là. Je veux être partout. Je veux être nulle part. Je veux être le plein et je veux être le vide. Je veux être le jour et je veux être la nuit. La seule chose dont je suis sûre c’est que je ne veux plus être dans ce corps qui me retiens et me torture. Je suis moi mais je ne le veux pas. Je ne veux pas...
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