1
min

Quitte ou double

Image de Marie-Françoise

Marie-Françoise

47 lectures

6

Décider. Je dois me décider. Assise face à moi, ses cheveux relevés en simple queue, un col de dentelle blanche orne sa robe bleue marine. Une tenue sobre pour une soirée qui ne le sera pas.
Je suis un lâche ! Depuis si longtemps ! J’ai mal au ventre de tant de lâcheté. Aucun courage. Des années de mensonges, de non-dits, d’évitements, de secrets. C’est ce soir ou jamais. Je lui dois la vérité. La situation s’aggrave. Je ne tiendrai plus longtemps.
Dehors le vent souffle par bourrasque. L’hiver mordant gifle mon visage, comme elle pourrait aussi me gifler, me griffer, me quitter. Je suis rouge de honte ou de froid. La peur me noue le ventre. Je me sens minable. Je suis minable. Je l’ai entraînée dans cette vie de couple, infâme tromperie. J’en ai fait une victime, ignoble affront.
J’ai une autre famille : une femme et un enfant. C’est dit, c’est sorti !!! Confiteor. Humilié devant elle. Humilié pour elle.
Je lui jette un coup d’œil en coin, tête baissée sous mon chapeau de feutre, le nez caché dans ma grosse écharpe bordeaux. Soudain, un aller-retour me dévisse la tête. Me laisse anéanti sur mon siège. Je l’ai mérité, ne me plains pas. Ne surenchéris pas dans la violence. Mea culpa. Il n’y aura pas de fait divers dans le journal local. J’ai une raison d’être rouge maintenant, mes joues sont réchauffées pour un bon bout de temps. Pas de cri, pas de larme. Je repars seul. Une grosse ride barre son front, elle fronce les sourcils. Ne me regarde plus.
Le soleil est déjà couché quand j’arrive au bout du sentier qui mène au village. Il est désert. Le clocher de l’église se découpe dans le ciel sombre accrochant quelques nuages plus noirs encore. Une brise légère aux senteurs de pot au feu et de bois brûlés dans la cheminée, monte des maisons les plus proches. Mais ce soir, cela ne m’arrache aucun sourire. Je remâche ses dernières paroles comme un vieux chewing-gum insipide. C’est une claque de plus : « finalement, tu sais ce que tu es, DÉCEVANT ».
J’aurais préféré menteur, hypocrite, traître, salaud, mais décevant ça m’achève. Ça me ramène à l’état zéro. Un zéro. Voilà ce que je suis devenu, voilà ce que je suis. La parole m’a libéré d’une situation glauque, mais je dois continuer à vivre avec le remords. Je l’aimais.
6

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de La  luciole
La luciole · il y a
Bravo :) mon vote pour ce récit qui nous amène au mot juste, dont l' impact est très fort.si le cœur vous en dit, je vous invite à lire "le langage des fleurs".
·
Image de Marie-Françoise
Marie-Françoise · il y a
Très gentil mais c’est La danse des sept voiles qui a besoin de votes car en lice... merci
·
Image de La  luciole
La luciole · il y a
aucun souci :) j'ai tendance à lire plusieurs textes d'un même auteur quand j'aime ce que je lis et que j en ai le temps:)
·
Image de Epicurien78
Epicurien78 · il y a
Jolie intensité dans ce TTC. Un bon rythme... Jolie fiction (j'espère !!...)
·
Image de Che
Che · il y a
nous aimons, tout autant
·
Image de F. Gouelan
F. Gouelan · il y a
Difficile d'accepter ce qu'on est.
·
Image de Marie-Françoise
Marie-Françoise · il y a
Merci infiniment Françoise de venir lire et voter pr ce texte aussi
·
Image de Lange Rostre
Lange Rostre · il y a
Qui sème le vent......!
·
Image de Marie-Françoise
Marie-Françoise · il y a
Merci de lire mes autres textes
·
Image de Brigod
Brigod · il y a
Je l'aime moins celle là mais l'écriture est toujours aussi vivante ! puis-je m'abstenir de voter pour celle-ci ?, bravo pour le style quand même.
·