Quiberville-sur-mer

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Ecrire c'est raconter des histoires, faire naître des personnages, jouer avec les mots. Ecrire c'est aussi le moyen de transmettre ses idées, C'est un loisir jouissif, un défouloir, un exutoire et  [+]

Image de Été 2018
Le coup de téléphone le surprit dans son sommeil. Les gendarmes le contactaient car la falaise de la petite station balnéaire de Quiberville-sur-Mer sur la côte d'Albâtre en Normandie venait de s'écrouler entraînant avec elle la chute de sa maison !
Dans les années soixante, la bâtisse en pierre assez imposante se dressait, seule au beau milieu d’un vaste terrain au bord de la mer, à une époque où l’urbanisation à outrance n’avait pas encore défiguré la côte.
La mère de Jean-Jules avait tout de suite vu le profit qu’elle pourrait tirer d’une telle possession, aussi quand elle fut invitée pour la première fois à l’apéritif chez les parents d'Antoine, elle sut tout de suite que cette maison serait un jour à elle. Elle avait toujours rêvé d’une maison qui sentait la cigarette. Cela lui rappelait la maison de son enfance, disait-elle, c’était un peu sa madeleine de Proust. Ses parents étaient de gros fumeurs et il régnait toujours chez elle cette odeur de tabac froid si caractéristique. Aussi quand elle pénétra dans cette maison qui était pourtant bien tenue, elle se sentit tout de suite chez elle. Nicole avait dans le village, la réputation d'une maîtresse femme et tous les Quibervillais tombaient d'accord pour dire qu'elle avait mis le grappin sur l'Antoine ! Elle s’était arrangée pour tomber enceinte de Jean-Jules et un mariage fut contracté dans l’urgence pour éviter la honte d’une naissance illégitime
Dans les premiers temps, Antoine et Nicole firent construire dans le bourg une petite maison qui était loin d'avoir le cachet de la maison de la côte. Nicole n'avait de cesse de tirer des plans sur la comète et de faire des commentaires sur le jour où ils habiteraient enfin la maison des parents d'Antoine. Mais ils ne sont pas encore morts, se contentait-il de rétorquer en riant.
A l'annonce de la disparition des parents d'Antoine, Nicole arbora le masque de douleur d'usage mais sa joie fut immense en son for intérieur. Elle allait enfin pouvoir intégrer la maison de ses rêves, que tant de Quibervillais et de touristes admiraient.
Cette disparition en mer dans des circonstances qui restaient encore non élucidées avait fait de d'Antoine et de Nicole les héritiers de cette maison que tout le village leur enviait. La presse locale avait titrée sur un naufrage mais on n'avait jamais retrouvé les corps. Le bateau, une petite embarcation de pêche avait été retrouvé échoué à quelques miles de la côte. Les marins locaux se demandaient encore ce qui avait bien pu passer par la tête du couple pour sortir par un temps pareil
Jean-Jules avait eu une enfance terne, entre un père falot et une mère autoritaire qui passait tous ses loisirs à entretenir sa maison qui semblait être l’ultime but de sa vie. Aussi, dès qu'il avait pu, il avait quitté la région pour monter à Paris comme on disait alors et ne revenait que très rarement en Normandie.
Le décès de ses parents l'avait désigné à son tour comme héritier mais il savait qu'il ne resterait pas éternellement dans cette maison à laquelle il n'attachait aucun sentimentalisme.Cette bicoque, comme il se plaisait à le dire, lui servait uniquement de dortoir, après tout la Normandie n’était qu’à quelques kilomètres de Paris. Il y rentrait quelquefois le week-end, au petit matin après avoir dépensé une partie de la somme qu'il avait gagné au poker et y emmenait parfois quelques conquêtes qu'il avait séduites dans les boîtes de nuit parisiennes.
Jean-Jules se tenait droit, désemparé, devant le vide qu'avait créé l'effondrement de la falaise. La chute avait presque tout emporté et il ne subsistait qu'un pan de mur qui révélait le spectacle hallucinant de l'intérieur de la maison. On pouvait ainsi voir le mur de la salle à manger recouvert d'un papier d'un motif à fleurs vert et jaune comme cela se faisait dans les années soixante, la table de salle à manger en bois massif et le buffet-vaisselier de style Louis XV en châtaignier blond. Il avait l'impression de voir une maison de poupée de laquelle on avait enlevée la façade. C'était comme si toute l'intimité de sa famille apparaissait au grand jour ! De nombreux Quibervillais s'étaient déjà massés derrière le cordon de sécurité pour assister à ce qui représentait déjà l’événement majeur du vingt et-unième siècle dans le village. On entendait ça et là des commentaires acerbes, sur le fait que de toutes façons, cette famille était maudite, que c'était la Nicole et ses folies de grandeur qui était responsable de tous les malheurs et que la disparition des parents d'Antoine restait bien louche !
Quelques jours plus tard le Paris-Normandie titrait à la Une : découverte macabre de deux cadavres dans la maison écroulée de Quiberville ! Une enquête a été ouverte par le parquet de Seine-Maritime.

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Alain Lonzela · il y a
Excellente chute... de pierres ;-))))
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Zouzou Z · il y a
...une fin qui en dit long sur votre fibre originale , mes voix !
j'ai en lice poésie : " Sifflet des beaux jours " entre autre , si vous aimez

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Gérard Le Gal · il y a
Merci
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Fred Panassac · il y a
Un thriller bien ficelé, parsemé d'humour noir et de lecture agréable, bien qu'on se doute déjà de quelque chose quand vous parlez de disparition en mer. 3 ttc qualifiés en peu de temps sur votre page, ce n'est pas mal, je passerai vous lire car j'aime découvrir les nouveaux auteurs prometteurs. J'ai apprécié le récit, je vous offre 4 voix et au plaisir de la découverte.
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Gérard Le Gal · il y a
Merci pour vos encouragements
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A M I C X J O · il y a
sympa, simple, on construit sa maison comme on construit sa vie sans penser à la falaise qui un jour va s'écrouler....
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Flore A. · il y a
Dans un autre genre, j'ai aimé "Simone", ce TTC est pas mal, on se laisse emmener...Bravo
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François Duvernois · il y a
Des cadavres dans le placard, en quelque sorte ! Je me suis bien laissé prendre par votre petite histoire.
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Gérard Le Gal · il y a
Merci
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François Duvernois · il y a
Si vous avez le temps et l'envie, je vous propose de découvrir un autre univers "Maréchal nous voilà"
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Christine Śmiejkowski · il y a
J'avais déjà bien ri avec votre précédent
Là encore un sourire grinçant pour la chute finale
Serait-ce mon éléphant qui, de par son poids, qui est responsable de tout ça, de la chute de la maison (pas du meurtre initial) ?
Je vous rends le lien: https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-blues-de-lelephant

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Elena Hristova · il y a
Suivez le panneau et vous allez tomber dans un beau lot!
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Nadine Gazonneau · il y a
Une histoire de vie pas banale ! Un récit parfaitement construit et une fin très subtile .
Je vous invite sur ma page si vous le souhaitez .

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Gérard Le Gal · il y a
Merci pour vos encouragements
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Emsie · il y a
Super ! J'avais déjà aimé votre premier TTC, j'ai adoré cette deuxième lecture (surtout connaissant les falaises locales). C'est jubilatoire de voir arriver la chute (si j'ose dire), certes pressentie, mais qui n'en est pas moins bonne. Mes votes emballés +5
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Gérard Le Gal · il y a
Merci pour vos encouragements

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