Qui n'a pas vu la Bulosquavie

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Parfois l'envie me prends de raconter des histoires ! Alors je me suis offert un stylo à plume, comme celui que j'avais au collège, mais je ne l'utilise pas parce que mon clavier d'ordinateur est  [+]

À cheval sur son âne, elle partait en Bulosquavie. L’idée lui était brusquement venue et la têtue ne souffrait aucun délai lorsqu’un projet la titillait. Elle avait donc enfilé une tenue appropriée et s’était mise en route sans différer.

Traversant faubourgs et rivières, sifflotant, nez au vent, la belle se dirigeait vers l’Est, convaincue que le voyage, plein de promesses, était l'occasion de découvrir quelques richesses.

En effet, après quelques heures de chevauchâne, elle vit, près d'un bosquet de chèvrefeuille, un diamant presque tout à fait bien caché sous les feuilles mortes.
Fort surprise, elle descendit de l'animal et se jeta sur le diamant magnifiquement taillé qui brillait si fort qu'il l'aveugla un instant. Elle le fourra satisfaite dans sa poche et reprit son chemin avec beaucoup d'entrain.

Après une heure supplémentaire de marche, l'âne refusa brusquement d'avancer davantage. Elle considéra le paysage et le trouva à-propos pour une brève halte.
Aussitôt qu'elle eut mis pied à terre, l'âne se coucha et il s'endormit si profondément qu'elle le laissa finalement sur place et poursuivit sans lui le reste de sa route.

Elle en était là de son voyage lorsqu'elle s’aperçut qu'elle ne savait pas du tout où elle était et que la journée était fort avancée.
Craignant d'être perdue et n'ayant pris aucun soin d'emporter avec elle un repas, même léger, elle se fit la réflexion que l'aventure n'était pas si charmante quand on avait grand faim. Quand bien même on aurait un diamant magnifiquement taillé dans la poche, la Bulosquavie c'était vraiment loin !

Bien décidée à se restaurer autrement qu’en grappillant des baies, elle décida de continuer tout de même vers l’Est, elle croiserait bien quelque auberge dans le prochain village.
Le paysage boisé était charmant, mais la belle, qui marchait depuis le matin, ne l’appréciait plus guère. Le chemin caillouteux sapait son moral et son estomac lui composait une sérénade.
Elle entendit alors un chant. Un chant de femme. Une mélodie douce qui lui fit aussitôt oublier sa faim. Elle s’immobilisa quelques secondes, écouta attentivement, puis quitta le chemin afin de trouver l’ensorceleuse. Ce fut chose aisée, car la chanteuse, dans ses envolées lyriques, annonçait :

« Je ne suis pas fée, mais fille de Roi,
Je suis dans le pré, derrière le bois
J’ai un petit nez, ♪ n’y fourre aucun doigt
J’aime tant chanter, que j’en perds la voix »

Elle avança en direction des notes graciles, contournant le bosquet d’églantiers sauvages, et découvrit une magnifique petite prairie verdoyante et fleurie, au milieu de laquelle un nain s’affairait à cueillir un bouquet. Interloquée, elle se frotta deux fois les yeux en découvrant que c’était bien le petit bonhomme qui chantait si habilement. Ce dernier dut sentir sa présence car il leva vers elle un regard méfiant et laissa les dernières notes flotter au dessus de sa tête.

- Que fais-tu là, ma jolie, à me regarder ? demanda t-il.
Il avait une voix d’homme tout ce qu’il y a de plus commun, ce qui finit de la surprendre absolument.
- Je me promène. J’explore les environs, et je me rends en Bulosquavie...Ni plus ni moins ! répondit-elle. Et vous ?
- Voyez bien, Mam’zelle, que je confectionne un bouquet, ce n’est tout de même pas sorcier !
- Et pour qui, je vous prie ?
- En voilà des manières. C’est un secret ! Pourquoi voulez-vous vous aller en Bulosquavie ?
Il souriait à pleine dents.
- Je vous le dirai si vous me donnez le morceau de pain que vous avez là.
Elle lorgnait son panier à provisions avec grande envie. Le nain hocha la tête plusieurs fois visiblement en proie à quelque hésitation puis se pencha vers ses victuailles qu’il jugea suffisantes, posa son bouquet au sol, se saisit de la miche et la lui tendit.
- Alors ? interrogea-t-il.
- C’est une histoire fort simple, dit-elle. En m’éveillant ce matin, je me suis souvenue que ma mère disait souvent : Qui n’a pas vu la Bulosquavie n’a rien vu du tout. Et je me suis mise en route.
Le nain se mit à rire. A rire si fort que les églantiers en furent secoués de tremblements. Il se tenait les côtes et finit par tomber à la renverse, tant les hoquets l’agitaient.

Contrariée autant que surprise, la voyageuse ne s’attendait certes pas à une telle réaction et demanda des explications sur le champ.
- Ma jolie, dit le nain une fois calmé, la Bulosquavie, c’est comme l’éléphant dans la meule de foin, ça n’existe pas ! Vous pourriez encore marcher cent ans que vous n’y arriveriez pas, en Bulosquavie.
- Vous m’attristez, vous savez ? J’ai déjà perdu mon âne, vous venez de me faire perdre ma destination !
- Vous m’en voyez contrit ! Je peux vous en donner une autre, si vous le souhaitez, proposa le nain pour la consoler.
- Sans façon ! Je rentre chez moi, répliqua l’exploratrice en tournant les talons.
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