Qui a soif, rêve qu'il boit

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Écrivant débutant  [+]

Les vapeurs d'herbe ont fini par m'avoir. Pour être franc, les verres que je me suis envoyé tout au long de la soirée ont joué leur rôle. Les notes de raggae -genre musical qu'elle adore et que je fais mine d'apprécier- n'arrange rien. Les mains sur le plastique de sa fiat punto et la nuque écrasée contre le siège, j'essaie de ne pas vomir. Dès le début ça s'est mal goupillé. Je n'ai pas su saisir ma chance. C'est elle qui m'a invité et qui a proposé de venir me chercher. Bon Dieu ! L'indicible bonheur qui m'a envahi en voyant sa voiture garée en double file en bas de chez moi. Comme si ce n'était pas suffisant, une fois à la soirée, elle est restée avec moi pendant une heure. Son coude touchait le mien. Je pouvais sentir l'odeur fruité de son shampoing qui se mêlait à celle des substances ilicites. Plusieurs fois, elle a posé sa main sur mon bras ou sur ma cuisse. Nos regards se sont croisés une demi douzaine de fois. Et rien...J'ai détourné le regard. Je n'ai pas passer ma main dans ses sublimes boucles noires en me penchant doucement vers son visage. J'ai tout foiré. Elle a fini par se lever. Elle a dansé avec des hommes, des femmes, toute seule même en jetant de temps en temps un œil vers cette infâme épave qui quasiment a elle-seule, avait réussi à vider le bol de sangria. Trop de cigarettes fumées ont commencé à me donner la nausée. Je suis sorti prendre l'air et me suis assis sur le trottoir. J'ai placé ma tête entre les genoux pour que la terre tourne moins vite. Et elle est venue me voir ! Elle a posé sa main sur mon épaule. Elle n'a pas demandé comment j'allais -elle a beau être une sainte, faut pas exagérer- elle a juste dit « Aaah Miko... ». Elle m'a trouvé nul et pathétique mais elle est demeurée à mes côtés. Après un temps de silence, elle m'a attrapé le bras et m'a conduit jusqu'à la voiture.
Je monte avec peine les cinq étages jusqu'à chez moi, ma paume posée sur la joue où elle a posé ses lèvres. « Aaah Miko. T'es vraiment qu'une merde ! » Je me jette tout habillé sur le lit. Un rot aviné est la dernière chose que je saisi de la réalité avant de sombrer.
La scène d'un théâtre. Les spectateurs sont plongés dans l'obscurité. Au milieu, une table et deux chaises. Je suis assis de profil. Elle me fait face. Sur la table, des dizaines de cahiers ouverts. Sur les pages, des symboles algébriques, des formules savantes et des tracés géométriques. Légèrement penchée au-dessus d'elles, ses belles boucles d'ébènes n'arrivent pas à masquer un visage énervé. Elle me regarde et fait des grands gestes avec ses mains. Mey yeux suivent avec avidité, sa bague fantaisie qu'elle ôte et remet sans arrêt lorsqu'elle s'ennuie. Le sens des mots ne me parvient pas mais d'après les coups d'oeil précipités qu'elle jette alternativement en ma direction et aux cahiers, je comprends qu'elle s'agace de ma lenteur à saisir les principes de cette matière froide et implacable. Je me penche à mon tour mais l'étincelle ne nait pas. Elle se lève. Son visage s'est radouçit. Elle sourit même. Une lueur dans ses yeux, jamais vue de moi, m'invite à la rejoindre. Elle m'attrape, me tire vers elle. Elle passe ses mains dans mes cheveux. Je rêve dans le rêve. Au moment où nos lèvres se touchent. La décéption. Le plaisir attendu de gouter une framboise charnue baignée de soleil ne laisse place qu'à une sensation tiède et sans saveur. Elle me tire par le pull en s'allongeant sur la table. Mes mains qui commencent à la caresser au dessus de ses vêtements et qui brulent de passer dessous. Je rêve dans le rêve. La chaleur espérée de ses courbes sous ma paume ne laisse place qu'au choc de la froideur d'une statue. Je retiens mes mains. Je reprends de la framboise. Décidément sans saveur, elle a poussée dans une serre en dehors des cieux divins qu'elle habite. Ses yeux qui me fixent. Un visage à nouveau renfrogné. Elle me repousse, se redresse et se remet à faire les gestes amples et vifs de tout à l'heure. Elle cri de plus en plus et finit par m'asséner une gifle puissante. Je me réveille dans mon vomi.
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Aubry Françon · il y a
Bad trip et occasions manquées, une sacrée descente aux enfers.