«Quelque fois le soir c’est dur»

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Et il fait froid ce soir, et c’est l’hiver c’est sûr.
Entend le vent souffler, et regarde la pluie tomber.

Je marche dans les rues mais je ne m’abrite pas. A vrai dire je ne sais pas vraiment où j’vais. La tête baissée, les mains dans les poches, j’avance lentement, je piétine, je ne sais plus vraiment où j’vais.

Les rues sont vides comme si le temps était figé. J’ai l’impression d’marcher dans une photo d’mon pote Polo. Bah oui Polo il a rarement des gens sur ses photos. Lui ce qu’il aime c’est les paysages et les bateaux, les ruelles sombres de Mexico ou les cadavres d’animaux. En noir et blanc toujours. Sans couleur ni mouvement. Toujours.
Polo c’est mon pote, où ça l’a été, je ne sais plus. Faut dire que des potes je n’en ai pas plus vraiment. J’ai bien essayé mais à chaque pote sa trahison. Alors j’ai plus confiance.
Parce que moi j’étais persuadé qu’y avait du bon en chacun. Qu’au fond on avait tous un peu bs’oin d’aide mais qu’on n’osait pas d’mander.
Mais j’ai plus confiance.

Les rues sont vides ce soir mais j’croise bien quelques personnes. Oh ne vous inquiétez pas non, je n’vous dévisage pas non ! Je cherche juste de l’affection. J’avoue, je me sens seul. C’est bizarre la solitude. Car mon cœur est gros, j’ai des choses à donner moi, j’ai des choses à dire.
« Hypersensible » m’ont-ils dit. A croire que c’est trop pour leurs oreilles, que ça chamboulerait leur nuit.
C’est bizarre la solitude, il fait si froid dehors et pourtant quelque chose brule en moi. C’est contradictoire oui : je brûle comme une flamme qui s’emballe juste avant de s’éteindre.

J’écoute de la musique pour éviter le silence de ma vie. Mais mes doigts glacés ne sélectionnent que des chansons tristes. Tristement puissantes. Puissamment tristes. Je suis guidé par une force que je ne contrôle pas. Y’en a qui appellerait ça Dieu. D’autres le Destin. Je suis d’accord, ça commence par un D, mais pour moi, c’est plutôt la Détresse.

Je ne sais pas si j’ai vraiment été heureux, mais je me souviens avoir eu l’impression d’exister ce jour où j’ai sauté dans une piscine avec une petite fille de mon âge, sans brassards de sécurité. Bien sûr, je ne savais pas nager. Oui, j’étais déjà un romantique... et puis ça punissait un peu mes parents qui ont été forcé de sauter habillé pour nous sauver.
Mes parents n’ont jamais eu d’affection pour moi, sinon ils ne feraient pas ça. C’est pour ça que mes frères et sœurs sont partis vite. Maintenant je me souviens, j’ai toujours été seul.

Et il fait froid ce soir, et c’est l’hiver c’est sûr.
Entend le vent souffler, et regarde les larmes perler.

Je ne suis pas croyant, je n’ai pas de foi religieuse. Je n’ai d’ailleurs pas de foi du tout. Ah si je crois une chose : dans 100 ans les religions n’existeront plus. D’ici là, on aura trouvé l’origine du monde. Pas celle de Gustave Courbet, la vraie ! D’ici là – où un peu plus- on sera tous robotisés : un bras en plastique, une jambe en acier. Mais d’ici là moi, j’aurai eu le temps de disparaître, de devenir poussière, de devenir fantôme. Un fantôme sans personne à hanter pour un homme sans personnalité.

Voilà que je longe les bords de Seine.
D’habitude, d’ici, on voit la tour Eiffel. Je monte sur un petit mur et je lève la tête, mais c’est curieux, ce soir elle est absente. Le ciel est vide. Ou plutôt plein d’un immense brouillard. Bref, pas de tour Eiffel à l’horizon. Pas de lumières, pas de faisceau... pas de phare.

Pis du haut de ce petit mur je vois un rat. Il passe devant moi et j’me dis qu’il n’y pas grand-chose qui nous sépare. Les Hommes et les rats, quelle différence ? Courir d’un point à un autre, à quoi bon ?
Tiens, voilà qu’il quitte le navire.

La Seine renvoie mon reflet. Il est beau mon reflet j’trouve. Enfin c’est moi quoi. A l’école ils n’ont jamais été d’accord avec ça. Ils m’insultaient même.
Peut-être qu’ils avaient raison, peut-être qu’il n’est pas beau mon reflet.

La Seine est si calme et sereine. J’aimerais être aussi calme et serein.
J’ai envie de me sentir vivant aussi.
C’est fou comme on voit loin du haut de ce petit mur.

Je ne sais pas si j’ai vraiment été heureux, mais je me souviens avoir eu l’impression d’exister ce jour où j’ai sauté dans une piscine avec une petite fille de mon âge.
Oui, j’étais déjà un romantique car bien sûr, je ne savais pas nager...

Aujourd’hui je regarde l’eau,

Je suis toujours un romantique.

Je ne sais toujours pas nager.

Il fait froid ce soir, c’est l’hiver c’est sûr.
Et entend le vent crier, et regarde la Seine couler.
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