Quelle heure est-il ?

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Je fréquentais en 4ème, le collège Roosevelt de Belfort, lorsque j’ai vécu cette histoire spatio-temporelle.

Un jeudi, fin de matinée. La sonnerie annonce l’arrêt du cours. Mes camarades se précipitent pour quitter la classe, pressés d’obtenir les meilleures places à la cantine. De mon côté, j’attends tranquille la dispersion de la meute. J’ai de la marge pour attraper l’autobus qui m’amène chez moi afin de petit-déjeuner. Je sors en douceur, le dernier, même le professeur a quitté les lieux. J’emprunte le couloir, direction la sortie, au milieu d'autres élèves d’autres classes, ravis du déroulement rapide de ce matin.
Arrivé dans la cour extérieure, histoire de me conforter dans mon minutage, je jette un œil sur ma montre quartz. Pour rappel lorsque vous prenez les transports en commun, les minutes arborent une importance primordiale. Ma montre indique : 3 minutes. Pas de soucis, l'arrêt de bus en face de la gare, se situe à moins de dix minutes à pied de l’établissement scolaire.

Je marche sans précipitation, peinard, la notion de faim s’abstient de me tirailler. Je n’ai aucune idée du plat mijoté par ma mère. En général, je préfère la surprise. Avant de m’attabler, il convient de prendre le moyen de locomotion. J’arrive à l’abribus à 10. Impeccable, mon transport passe à 13. Je dépose mon cartable à mes pieds. J’en profite pour dévisager les personnes qui attendent comme moi. Je remarque qu’il y a moins de monde qu’à l’accoutumée. Un autre aspect m’interpelle parmi les badauds : des connaissances de visu, aucune avec laquelle je peux papoter. J’imagine que Denis ne va pas tarder ou faute de temps les autres prendront le bus à l’arrêt au-dessus du collège. Pour me rassurer, je lis sur l'horloge de la gare, la grande aiguille affiche : 11. Rien d'alarmant.

Je patiente, je patiente, mes pensées vivaces m’ont distrait des minutes écoulées. Celles-ci défilent à défaut des différents bus sensés circuler. Je scrute l’horloge. 20 ! Il y a anguille sous roche. Je commence à ne pas tenir en place, à me lamenter, à chercher le regard solidaire d’un autre client nerveux. Personne ne s’agite, ne rouspète sur les retards. Je perds la boule ou quoi ? Je vérifie de nouveau sur mon cadran, avec une différence notable par rapport aux fois précédentes : je relève la manche de mon manteau jusqu'à mi-bras pour non seulement laisser apparaître les minutes, mais aussi l’indication de l’heure. L’erreur flagrante dévoile sa vérité, persuadé d’avoir dépassé midi, la réalité me ramène à onze heures !

Impossible ! Victime d’une hallucination ? Prise de drogues ? Esprit taquin ? La quatrième dimension ? Je demeure abasourdi par cette situation.
Angoissé, incrédule, je fixe avec force la petite aiguille de l’horloge blanche sur cette tour minaret du bâtiment ferroviaire. L’exactitude de l’horloge épouse le chiffre onze. J’encaisse le coup, j’intègre l’information stupide suivante : j’attends mon bus de 12h13 avec de l’avance... Au lieu, de suivre un cours ! Quelle matière inintéressante m’a rendu amnésique ?
Bonne question. Ma mémoire ne m’aide en rien, mon cerveau se bloque, il a besoin d’un repère pour repartir. Je saisis mon sac, je l'ouvre, j'en extrais mon emploi du temps, je me rapporte à la colonne du jeudi, la ligne correspondant à 11h, mentionne : ANGLAIS, salle 107.
Je range mon cahier, mon esprit percute, je ferme mon sac, je ne panique pas, je l’harnache à mon dos, ma cervelle respire, je prends mes jambes à mon cou, ma distraction se marre, je me mets à courir tel Carl Lewis lors de ses finales mémorables de sprint.

La rage me submerge. Quel imbécile ! Persuadé d’avoir fini mon activité scolaire je quittais serein le collège, alors qu’objectivement, mon incartade s’assimile à un acte malveillant. Je traverse les passages piétons à fond, j’avale le trajet retour en moins de 6 minutes !
En théorie, j’aurais dû passer par la case de la permanence pour y retirer un billet d’excuse. À défaut de posséder une raison valable, je m’évite le regard hagard du pion face à l’évocation de mon étourderie ou d’une explication peu plausible par rapport à une perturbation paranormale.

Je me rends direct en salle 107 avec une bonne demi-heure de retard, sans oublier d’ajouter cette inconnue : la réaction du professeur. Va-t-il accepter de me laisser entrer ?
Dégoulinant de sueurs, je respire bruyamment, je n’ai aucune excuse, je tente au culot, je balbutie un simple désolé de circonstance. Le professeur accepte gentiment mon intégration au sein de son cours.
Je m’attendais à des moqueries ou autres railleries à mon encontre, de la part de mes camarades. Rien. Ils planchent sur leurs pupitres concentrés à répondre aux questions d’une interrogation surprise à laquelle je venais d’échapper !
Si j’avais su, j’aurais préféré attendre mon bus de 12h, au lieu d’attendre à regarder par la fenêtre que la classe termine.
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