2
min

Que reste-t-il ?

672 lectures

44

Qualifié

« Ça sert à quoi un rêve ? Ça sert à se lever le matin et à traverser la journée, et la vie aussi. Ça donne du sens à ce qui n’en a pas. »

C’est bizarre. Bancal. Presque drôle. Enfin juste presque.

La nuit a pris la ville, les klaxonnes, même les cris des gosses jouant en bas de l’immeuble. Tous ces petits trucs qui te rendaient fou. Ils ont foutu le camp, comme ça, d’un coup, comme un songe. Je crois qu’un fragment du ciel est tombé quelque part. Au loin. Très loin. Trop loin. Ou peut être juste derrière le parc, vers l’arbre tout biscornu, celui qu’on aimait bien. L’air aussi a changé. Ça étouffe. Ça suffoque. Ça brûle.
Tout.
Il n’y a plus aucun bruit ici. Sauf la petite voix dedans... La foutue petite voix. De plus en plus forte. De plus en plus vite. Tu sais celle du genre qui tambourine, qui pousse au fond de la poitrine, veut se frayer un chemin dehors, coûte que coûte. Pareille que ces petites musiques de pubs qu'on entend une fois et s’emprisonnent au fond de la tête. Envers et malgré nous. Une mélodie entêtante, un repeat bloqué, 24 heures sur 24. Et c’est presque sans fin. Ça épuise. Ça rend dingue. Ça rend sourd cette petite voix qui ne veut pas se la fermer.
Ça finit par hurler.
Un écho... En boucle... Encore, encore, et encore... Qu’est-ce qu’il reste ? Qu’est ce qu’il reste ? Qu’est ce qu’il reste ? Mais qu’est-ce qu’il reste aujourd’hui des papiers griffonnés que tu collais partout sur la table du salon, la porte du frigo, la table de chevet ? De l’éclat de ton sourire et de la douceur du sable de nos premières vacances ? De nos cocktails improvisés aux mélanges dégueulasses, qui cognaient nos crânes, provoquaient nos fous rires, sans même qu’on s’en rende compte ? De la vue sur la méditerranée depuis la petite chambre d’hôtel aux volets bleus, des palmiers à chaque coin de rue, du bonheur au fond de mon ventre, qui papillonnait au-dedans...? Du goût sucré-salé de ta bouche, de la gêne de nos premiers regards, de nos mains fébriles, de nos enveloppes qui tremblaient en s’apprivoisant doucement, tout doucement ? De nos soupirs, de ton souffle tout chaud le long de mon cou, de nos je-t’aime-calmants, de la maladresse des débuts, de nos niaiseries d’amants ?
Que reste-il, quand il ne reste plus rien ?
Si peu, et si tout à la fois je crois.
Quelques images figées sur papier glacé. Ton odeur sur mon pull noir en laine, l’empreinte de tes promesses qui hantent les murs, mes illusions qui jonchent le sol. Le précipice sous mes pieds. La chaleur de ta peau d’ébène. Les clapotis des vagues, ta voix mi suave mi grave qui susurre au creux de mes oreilles encore aujourd’hui quand je ferme les yeux. Les dunes de ton corps, tes cicatrices, tes imperfections, tes balafres cachées à l’abri de ta carcasse... Celle que tu m’as repris. Arrachée. Volée.
Comme un con.
Ta petite moue du matin, la marque de l’oreiller encore imprimée sur ta joue. Et puis mes cheveux en bataille, mon teint de cafard tuberculeux, mes yeux ballons de baudruches. Un spectre qui se décalque dans le miroir. Mes paupières qui fuitent, qui fissurent le parquet. Le son sourd de tes pas qui franchissent la porte, les mots qui déraillent...
Nos adieux qui s’écrasent sur les dalles... Lourdement. Définitifs. Sans appel.
Juste des petits bouts de souvenirs qui piquent à vif.
Et s’accrochent au cœur, comme un bouquet de ronces.

PRIX

Image de Eté 2017
44

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Evinrude
Evinrude · il y a
Nous avons en commun le rêve, je vous laisse deviner pourquoi si vous le souhaitez !
Mon vote !
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/le-marteau-et-les-etoiles et http://short-edition.com/oeuvre/poetik/prends-ma-main-porte-ma-peine

·
Image de André Page
André Page · il y a
Bravo Déborah pour ce texte saisissant! :)
·
Image de Déborah Locatelli
Déborah Locatelli · il y a
Merci beaucoup André...:-)
·
Image de Patrick Gonzalez
Patrick Gonzalez · il y a
j'aime,,,,,:)
·
Image de Déborah Locatelli
Déborah Locatelli · il y a
Merci Patrick...☺
·
Image de Grenelle
Grenelle · il y a
Quand il ne reste plus rien, il faut jeter ce qui reste, comme vous l'avez fait ... parfaitement
·
Image de Déborah Locatelli
Déborah Locatelli · il y a
Merci pour votre lecture Grenelle...Bonne journée à vous.
·
Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
Un long poème d'amour trahi qui hante les rêves, qui s'accroche au mur, qui sort de l'odeur d'un pull, qui s'écrase sur les dalles, "qui s'accroche au cœur comme un bouquet de ronce". Bravo, Déborah, votre plume a le puissant pouvoir de susciter de fortes émotions ! Vous avez déjà eu mon vote.
J'ai un TTC très court pour le fun et pour le rire si cela vous dit : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/beee (en finale jusqu' au lundi 24)

·
Image de Yves Le Gouelan
Yves Le Gouelan · il y a
Une écriture très personnelle qui capte le lecteur, les mots qui griffent le coeur et l'amour malgré tout survit dans les souvenirs. Que reste-il après après cette lecture ? Des émotions...
·
Image de Déborah Locatelli
Déborah Locatelli · il y a
Merci beaucoup Ambre de ce gentil message. S'il reste des émotions, c'est déjà très bien...
·
Image de Oriel
Oriel · il y a
La recherche des mots est originale et il y a plein de petites perles.
Je ne sais pas d'où vous venez Déborah, mais dans mon village il y a des Locatelli partout!

·
Image de Déborah Locatelli
Déborah Locatelli · il y a
Merci Oriel...Le nom de famille est répandu, surtout en Italie ☺
·
Image de Miraje
Miraje · il y a
Un rythme poétique sensible dans ce face à face avec l'absence.
·
Image de Déborah Locatelli
Déborah Locatelli · il y a
Mais Miraje de ce gentil commentaire !
·
Image de Michel Dréan
Michel Dréan · il y a
Image de Moniroje
Moniroje · il y a
Plus que de la belle écriture!!! de l'amour.
·
Image de Déborah Locatelli
Déborah Locatelli · il y a
Merci beaucoup...
·