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Quatre minutes de vie

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Mel Duduf

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Une jeune femme est assise sur un banc, elle tient un livre à la main. Elle scrute l’horizon attendant de voir le visage de celui qu’elle attend. Il fait bon, c’est une douce après midi de printemps. Puis, elle fixe l’anneau doré qu’elle porte à son annulaire gauche, par moment ce bijou lui semble peser une tonne. Tous les jours, après sa journée de travail, elle vient s’asseoir sur ce banc avec ce même bouquin qu’elle n’a jamais ouvert, il est là juste pour rendre la situation crédible car la seule chose qui l’intéresse vraiment est loin de se trouver dans ces pages. Ce qu’elle voudrait ce n’est pas connaître l’histoire de ce manuscrit publié par milliers, ce qu’elle souhaite c’est connaître son histoire. Celle de l’homme qui passe tous les jours devant elle à 17h36 en petite foulée, un casque vissé sur les oreilles sans jamais la remarquer. Elle voudrait qu’il s’arrête. Elle voudrait qu’il plonge son regard dans le sien et qu’il l’emmène au pas de course vers un autre avenir. Cet homme, elle ne le connaît absolument pas mais elle le devine tendre, romantique, aventurier, artiste, poète...Elle s’imagine blottit dans ses bras, allongée devant un feu de cheminée où tout le reste n’aurait plus aucune importance, comme si les éléments extérieurs ne pourraient jamais les atteindre. Elle sait que s’il s’arrêtait et qu’il lui demandait de tout quitter, là, maintenant, pour lui, elle le ferait sans même regarder en arrière et dirait adieu à une vie sans couleur. Il est 17h40 et la silhouette de cet homme s’est perdue dans le lointain, emportant ces rêves dans son sillage. Elle replace le livre dans son sac et repart le cœur lourd vers un présent sans saveur. Elle sait que demain elle reviendra sur ce banc, elle guettera la foule d’inconnus attendant de pouvoir contempler le visage de celui qui n’en est plus un à ses yeux et qui lui permet encore d’exister. Elle sait que le lendemain, à cette même heure, son cœur se mettra à résonner dans sa poitrine et que tout ce qu’elle aura fait ou dit n’aura été accompli que pour ce moment, ces quatre minutes où l’espoir est encore possible.
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