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Quarante-neuvième jour

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Mathéo Feray

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Je dédie ces quelques mots aux jumeaux Victor et Julien, qui m’agitèrent leurs prises électriques sous le nez avec une ferveur sans égale.

J’ai visité cette nuit un palais fort singulier. Oh, pas grand-chose... une enfilade de salons, en boiseries et peinture blanche. Un immense lustre, en forme d’ananas, dans la salle de réception. L’imposant miroir, cerclé d’or. Mon rire niais, comme celui de l’impératrice Élisabeth dans la galerie des Glaces du château d’Herrenchiemsee.

J’aurais dû écrire sur Louis II. J’ai bien essayé, il y a quelques mois. En vain. J’ai visualisé Neuschwanstein à la tombée de la nuit... J’ai imaginé la course folle des domestiques, sous les combles du château. Puis j’ai esquissé ce roi bouffi, aux portes de la mort, ouvrant les yeux, s’apprêtant à embrasser une nouvelle nuit de fantaisie. Je l’ai dessiné, errant dans la salle des chanteurs (où personne n’a jamais chanté). J’ai tenté une introspection. Foireuse. J’ai cessé. J’aurais pu pousser le sadisme, m’enfoncer encore. J’aurais pu imaginer ses balades en traîneau, ses délires wagnériens, sa tanière veloutée... Hundig. En vain.

Pourquoi ai-je croisé Victor et Julien ? Pourquoi ces prises électriques ? Et cette gentillesse, cet angélisme ? D’où vient que, dans ces caveaux blanchâtres où seul l’endormi met les pieds, deux créatures trouvent encore la force de courir, de rire, de créer des insignifiances sans nom ? Peut-être avais-je affaire à deux autres dormeurs. Des types d’un genre cocasse. Peut-être n’étais-je pour eux qu’une figure onirique. Un vide où l’on passe le bras. Qu’en saurais-je, après tout ? Tant et tant de spectres...
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