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Quand tomber amoureux peut faire mourir de faim un Serial Bouffe-Meufs

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Je ne sais pas pourquoi, ça n'a pas fonctionné ce soir. Je rentre bredouille de ma course nocturne, c'est bien la première fois. D'habitude pourtant j'ai de la chance, avec les femmes. Je les cueille, sans goût d'abord, tant cela m'est facile de me les ramasser. Mais ensuite, ô délices...
La nuit m'est propice la plupart du temps, mais cette fois je l'ai laissée languir de bien trop longues heures, l'aube l'a dissipée d'un geste de sa main pâle aux longs doigts rougeoyants. J'ai perdu trop d'instants à hésiter, errant de l'une à l'autre sans pouvoir décider de l'oeil clair ou du sein blond lequel accrocher à mon tableau de chasse.
J'ai traîné des heures dans ces odeurs femelles, et leurs fumets variés m'ont ouvert l'appétit. J'ai grand faim et pourtant, je me sens nauséeux, comme un qui aurait mal digéré quelque chose, bien que ce soir mon ventre tourne à vide.
Des années que je tue pour me nourrir. Plusieurs fois par mois, je sors en quête des gibiers les plus divers, dont je choisis soigneusement les spécimens, jaugeant la bête, la part du gras, la tendreté des chairs, et autres critères utiles à ma tambouille. J'écarte de ma route les os pointus, les muscles secs ; exit aussi les bajoues flasques, les culs liquides, ce sont des poisons pour la soupe.
Corps dodus et fermes dont les cuisseaux fondants caressent le palais ; viandes goûteuses aux saveurs un peu sures, âcres en bouche, aigrelettes comme petit lait caillé ; mets puissants parfumant la salive, répandant leur magie dans le ventre qui brûle. Satiété, satiété chérie, langue repue de sang, à quelle nuit fastidieuse m'as-tu abandonné, à quelle faim me voues-tu après m'avoir donné le sein?
Des lustres que mon instinct veille sur moi, m'aidant à débusquer ma proie, me passant le filet dont je vais la vêtir, guidant ma main aux bonnes veines, montrant où inciser, délicat et précis.
D'où me vient ce roulis, ce début de malaise tout barbouillé de biles, ce dégoût inconnu? A l'idée de manger, le coeur me vient aux lèvres, je ne peux rien mâcher sans que colique prenne et morde mes boyaux. Les effluves des repas qu'on prépare me donnent le vertige.
Où et comment tout ça a commencé, le souvenir s'en perd tant ce qui y est étranger me paraît d'une autre vie. D'aussi loin que je m'en retourne, je m'y revois tranchant le fil de bien des vies pour assurer la mienne.
Ces viandes à rôtir ne m'émeuvent plus les papilles, je ne sais trop pourquoi, car j'ai croisé ce soir de bien belles pièces, qui toutes mériteraient une place dans mon assiette. Une en particulier appelait au détour. Mais au lieu de me faire descendre l'estomac dans les talons, elle fit se relever mon sexe, tout étonné d'en être là.
Dès lors ce n'est plus le ventre qui brûle mais l'enfer qui s'approche ; et ces yeux sans couleur, deux éclairs dont l'acier me découpe en rondelles.
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Isa. C · il y a
Don Juan en burnes out!
Très réussi!

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cendrine borragini-durant · il y a
Excellent le "burnes out"!
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Isa. C · il y a
Merci😁
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François B. · il y a
Rien que le titre est savoureux... Je pensais que le vampire cannibale se transformait en violeur en série, mais finalement vous avez choisi une fin pleine de romantisme... ;-)
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cendrine borragini-durant · il y a
Un romantisme un peu particulier... ;-)
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Mickael Gasnier · il y a
J'espère pour vous que vous n'êtes pas appétissante ! ;-)
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cendrine borragini-durant · il y a
Je ne sais pas si je suis appétissante, là encore c'est affaire de goût. ;-)
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Patrick Gibon · il y a
la vraie description de nombre de mâles en mal de chair fraîche, avec une fin des plus énigmatique qui sent comme un retour d'une vengeance fantastique dans l'horreur d'un récit en scie circulaire!
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cendrine borragini-durant · il y a
La fin est écrite dans le titre. L'amour le fait mourir de faim...Juste retour de bâton ;-)
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Sylvain Le Loarer · il y a
Vous écrivez vraiment bien. Vous avez le sens de la belle phrase. Votre récit s'apparente à de la poésie. Bravo !
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cendrine borragini-durant · il y a
Merci Sylvain. J'ai un autre personnage affreux en stock, le Méchant. Mais ce dernier est moins...poétique ;-)
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Sylvianni · il y a
Récit très bien mené, qui garde l'intérêt:, le chasseur sans pitié devient une proie vulnérable
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cendrine borragini-durant · il y a
Bien vu, Sylvianni. L'arroseur arrosé en quelque sorte... Si vous aimez les sombres personnages, allez donc dire bonjour à mon Méchant. Vous m'en direz des nouvelles... ;-)
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Maud Garnier · il y a
Fort bien écrit ! Épicé à souhait 😉☺
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cendrine borragini-durant · il y a
Je vois que vous aimez les plats bien relevés ;-)
Merci pour votre commentaire, Maud.

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Rupello O · il y a
Gloups ! A lire ad nauseam!
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cendrine borragini-durant · il y a
A condition d'avoir l'estomac solide ...
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Sgr Dicko · il y a
Vous avez un style attrayant et fluide. L'agacement des mots 👌 Bravo. J'aime.
Je vous invite de parcourir le mien si vous avez du temps et votre pour le texte.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-crime-d-avoir-touche-mon-mari

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cendrine borragini-durant · il y a
Merci Ali, je vais vous lire.
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Gil Nathan · il y a
Une belle langue qui sert bien l'art de la chasse, le goût de la chair fraîche et ... l'amour qui anémie le beau prédateur.
Dommage,malgré tout, que le titre trop long à mon goût, résume l'histoire à l'avance et tue d'emblée le suspense.

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