Quand la Terre était plate

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Boris Vian : "Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir c'est bon pour les robinets."  [+]

Image de Automne 2020
C'était mieux quand la Terre était plate. On n'avait pas idée de faire le tour du monde avec des idées bêtes. On pouvait pas tourner autour du pot, on allait tout droit au but.
Quand la Terre était plate, on n'avait pas la tête à l'envers. On n'avait pas la tête qui tourne.
Quand la Terre était plate comme une feuille de papier on avait un support pour écrire et dessiner. La Terre était blanche comme une page vierge. Maintenant qu'on a chiffonné notre feuille pour en faire une boule bien ronde, on n'a plus de surface pour peindre et rêver. On pouvait la plier et faire des avions en papier ou des origamis. Maintenant on n'a qu'à la jeter dans la corbeille avec nos vieux dessins de dinosaures et de mammouths.
Depuis que la Terre est ronde, on tourne en rond avec elle, mais plus rien ne tourne rond.
Quand la Terre était plate, on pouvait atteindre nos horizons ; depuis qu'elle est ronde, l'horizon s'est noyé avec nos prétentions.
Depuis que la Terre est ronde, le monde est trop carré.
Avant, quand la Terre était plate, on était tous au même niveau. Maintenant qu'elle est ronde, on a inventé le nord et le sud, les hauteurs et surtout les bassesses pour surélever les hauteurs. Il n'y avait pas le centre orgueilleux du monde, il y avait juste un milieu quelconque.
Quand la Terre était plate comme une pellicule de film en celluloïd, tous les scénarios étaient envisageables. Maintenant on dit « ça tourne », mais ça tourne mal, ça grince, ça ripe, ça rouille.
Quand la Terre était plate comme un billet de banque, on pouvait être riche ; maintenant qu'elle est ronde comme une pièce de monnaie, on fait partout la manche en frappant dans son tambourin.
Le seul danger quand la Terre était plate c'était qu'on pouvait tomber, car il n'y avait pas de barrières sur les côtés. Mais la tristesse d'une Terre ronde c'est qu'on ne peut plus tomber pour mieux se relever, on est collé, courbé, condamné à se cogner sans cesse la tête dans nos erreurs et nos avions.
C'était un monde sans gravité quand la Terre était plate, seul le ciel pouvait nous tomber sur la tête quand il pleuvait des cordes. Maintenant les pommes, la grêle et les bombes rebondissent sur nos têtes rondes comme des bulles de savon.
C'était mieux quand les têtes étaient plates. On pouvait écrire dessus des idées. Mais elles aussi on les a chiffonnées et mises à la poubelle. Nos têtes vierges comme des pages blanches, gribouillées par nos grises mines de crayons. Avant quand on creusait un trou pour enterrer quelqu'un, il tombait dans les étoiles. Depuis on s'est tellement creusé la tête qu'elle est vide, comme une bulle de savon.
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