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Quand la nuit revient

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Claire Le Coz

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FINALISTE
Sélection Jury

Recommandé
Nous avons parcouru les montagnes dans le silence de la nuit. Retiré nos souliers pour ne pas faire craquer les brindilles. Mes pieds saignaient et je mordais mes lèvres en serrant la main de ma mère, ses yeux encore accrochés à un point minuscule, quelque part derrière nous. Elle disait qu’il ne fallait pas pleurer, laissant balancer au bout de sa main libre une valise pleine de chiffons, enrubannée de vieilles ficelles. Dans le ciel, son foulard rouge s’est échappé, et nous sommes restées terrées quelques minutes contre le sol, regardant se mêler aux nuages le parfum de ses printemps passés avant de reprendre la route.

Nos jupons sur les cimes balayaient la poussière grise d’une route incertaine et le vent hagard séchait mes larmes avant qu’elles ne puissent couler. Je voyais battre le nerf de l’inquiétude sur ses traits figés et quelques mèches brunes se coller sur les contours de ses joues sous l’effort de la marche. Mais je voulais croire. Rêver la fin des broussailles comme une promesse heureuse. Je me trompais.

Ici les gens s’écartent sur notre passage, ils murmurent dans notre sillage. Nous sommes trop brunes, nos peaux ont trop aimé le soleil pour se fondre dans le paysage. Nos pieds pataugent dans des rigoles amères, sillons de vie qui émergent de la boue. Tout n’est que planche piquée de vers, tôle gondolée de froid et de misère. Ma mère dit que notre richesse est dans notre cœur, qu’elle tient nichée là dans les moments heureux qu’on ne peut nous arracher. Tout me manque. L’odeur du foin et le bruit des sarments qui crépitent, la toison rugueuse et le souffle chaud de nos bêtes devenues orphelines.

Quand la nuit revient au milieu des baraques et que l’on tire des chaises dans une cour de fortune en allumant des bougies, quand les voix s’unissent, alors je ferme les yeux et j’oublie.

Je porte ma terre dans mon sang et j’ai le sel de la mer gravé dans mes paumes. La poésie de ses reliefs au fond de mon iris. Le souvenir du vent qui court sur ma peau. Mon regard d’étrangère se plante comme un étendard dans cet environnement hostile et, si des coquelicots il ne reste qu’un cœur de mantilles, c’est parce que j’en ai cueilli les pétales avant de partir. Ils volent et virevoltent au son du Fado, quand les femmes libèrent leurs larmes retenues pour les fondre dans le chant des souvenirs.

Je porte l’espoir et caresse l’envie des miens, quand le temps viendra, de disperser leurs cendres là-bas, un peu plus au sud. Ma terre me reverra, elle garde mon regard fier, le désir de rattraper le foulard de ma mère et de lui rendre son parfum. Je reprendrais aux nuages mes espoirs et la promesse du soleil.

Mon souffle se porte au loin des pierres auxquelles j’appartiens, et je rêve d’effacer la douleur contenue dans ce simple mot : exil.

Quand la nuit revient, mon cœur se rappelle et il cesse de se battre pour pleurer ses racines.

PRIX

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Alex Homil · il y a
Je découvre votre texte
Il est splendide bravo. Saudade et energie contenue. Vous décrivez presque musicalement le parfum de revanche des exilés. Réussi !

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Claire Le Coz · il y a
Merci ;)
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Leméditant · il y a
Très beau texte qui parle de l' amour pour sa terre.
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Bruno Perera · il y a
Cela fait trois ans que ce texte a été écrit et il me semble être né hier.
Merci Hel

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Claire Le Coz · il y a
Ou même avant-hier, et avant-avant hier hélas l'exil est intemporel, les lieux changent les histoires dans l'histoire sont toujours les mêmes :'(
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Arlo · il y a
J'étais passé à coté de votre excellent TTC et je vote avec un peu de retard. A L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bonne soirée. Cordialement, Arlo
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Utilisateur désactivé · il y a
Vote tardif mais sincère. Venez visiter mon profil à l'occasion
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Agrippa Delil · il y a
Ici se réveille en moi le perpétuel exilé, l'étranger qui tente de prendre racine dans la beauté de l'éphémère, dans les pétales du coquelicot volant au son du fado et du paradis perdu.
Je me sens moins seul.
Merci de me montrer le chemin.

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Claire Le Coz · il y a
Merci à vous d'avoir emprunté celui-ci :)
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Sandra Bartmann · il y a
Je vote trop tard mais sincèrement !
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Claire Le Coz · il y a
Merci Maplume contente de vous "revoir" par ici, j'espère que vos lignes se portent bien ;)
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Joelle Teillet · il y a
Voté. Ce texte aussi
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Claire Le Coz · il y a
Un autre grand merci.
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J.M. Gallego · il y a
Si tu veux me lire ici: http://short-edition.com/oeuvre/poetik/allo-docteur . Ton avis m’intéresse. Merci.
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Claire Le Coz · il y a
Merci pour l'invitation, j'essaierais de passer, de ne pas oublier...
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Ayeaye · il y a
Très beau texte...
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Claire Le Coz · il y a
Merci :)
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