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Pumpkin belly

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Pikkupaa

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Pourquoi est-ce que je pense en anglais ?
Les cahots du van nous secouent dans la mélasse nocturne, gentiment.
Comme pour ne pas la réveiller.
Assise dos contre la portière, les genoux ramenés contre ma poitrine, je la regarde. Recroquevillée, elle « fit » parfaitement avec la banquette derrière moi.
Pourquoi, est-ce que je pense en anglais ? Je ne parle même pas correctement cette langue. Probablement à cause de toutes les chansons entendues ces derniers jours.
Nouveau soubresaut. Par-dessus le son entêtant et pourtant déjà presque oublié de la route, mes acouphènes résonnent, célébrant le festival que nous laissons derrière nous.
Je la revoie dansant, chantant, exultant dans ses tenues d’excentrique. Elle porte d’ailleurs toujours la plus provocante, toute de lanières et d’ouvertures. Elle n’a pas l’air d’avoir froid, figée dans un abandon complet, lourd et confortable.... Les yeux me brûlent soudain. La fatigue sans doute.
Je jette un œil vers l’avant. Pas de danger, Tob’ a l’air bien éveillé. Son profil attentif est caressé par des bandes de lumières mouvante. Indien électrique.
Ce qu’ils sont beaux putain ! Même Raph’, qui ronfle doucement à coté. Et Jerem’ et Marc, et Stéphanie, partis de leur coté. Incroyablement beaux. Comme cela m’arrive souvent lorsque je m’en souviens, je sens ma poitrine se remplir de manière incontrôlable, gonflée à bloc d’un amour incroyable je me sens ballon de baudruche qui apprend à respirer.
C’est le moment que choisi Tob’ pour allumer l’autoradio ; un son downtempo s’élève en sourdine, en parfait accord avec les boucles de la route.
Je me sens de plus en plus électrisée, présente jusqu’aux larmes, avec eux, au dessus de l’asphalte.
Il me vient l’envie de danser. Comme si toute l’agitation précédente, les concerts et les joies, n’avaient été que l’ébauche d’une danse bien plus incroyable, plus totale. Je veux une danse de puissance, je veux rayonner par cette danse, les séduire, voir l'amour qu'ils me portent déborder de leurs regards et se mêler à leurs rires, ego trip. Je voudrais que nous vivions dans l’harmonie parfaite d’un clip, sans plus jamais avoir besoin de mot...
On y était presque ces derniers jours, c’est vrai. Mais contrairement à ce que je me prends à fantasmer, c’était elle qui rayonnait. Charismatique et lumineuse, une reine de sabbat bouillonnante et décomplexée. Elle qui dort, si calme à présent.
Au centre de ce volcan en sommeil, un ventre crémeux plisse, en courbes veloutées, petit accordéon de chair auquel la lumière orange fade des lampadaires donne des allures de citrouille ou de potiron. Je fixe ce ventre. J’ai envie de faire glisser un doigt sur ces collines, montées et descentes de peau douce. Mais soudain, ce ventre... bouge. Un effet d’optique, un spasme... Mais non, ça recommence. Ce ventre bouge, il gonfle en fait, il bouge et gonfle, et bouge et gonfle ! Monstrueuse excroissance, cucurbitacée de chair humaine, il se fait indépendant du corps qui dort sur la banquette, il se détache, tombe et roule sur la moquette sale avec un bruit de pastèque mure. Agrippée au dossier de mon siège, les yeux écarquillés et la bouche ouverte, je reste sans voix devant ce ventre expulsé volontaire. Il n’a laissé à son ancienne propriétaire qu’une béance dont la faible lumière, Dieu merci, ne me permet pas de distinguer les contours ou les détails. Le cri resté coincé dans ma gorge s’apprête à sortir, je veux appeler les garçons à l’aide, leur montrer l’impossible métamorphose. Mais une étrange conviction m’arrête.
C’est de ce ventre qu’elle tient son pouvoir. De ce ventre, de sa beauté, sa volupté, de ce qu’il renferme de force. Je pourrais faire de cette force la mienne, à mon tour devenir ce ventre. Ce centre de l’univers qu’elle représente pour nous...

La pulpe tiède de l’abominable fruit éclate entre mes dents, emplissant ma bouche d’un puissant goût de sang.
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