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P'tit Bout d'Chou

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Maour

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Il était une fois un garçon qui se désaltérait à la source d'un ruisseau. Lorsqu'il eût bien bu, le garçon fut pris d'une violente faim, et non sans joie, songea au bon pommier de son voisin. Ne pouvant résister à l'envie de cueillir un fruit mûr, il pénétra dans les jardins interdits du marchand, qui offraient au regard mille et une douceurs. Mais au moment où ses mains blanches allaient saisir l'une des pommes flamboyantes, des nuages noirs crachèrent sur terre le tableau d'une réalité sauvage, et lorsque la pluie devint insupportable, pareille au Déluge, la lumière pouvait bien inonder le ciel, le jeune garçon ne s'en serait aperçu. L'esprit tordu par des contemplations funestes, il implorait le pardon des dieux, qu'importe leur couleur.

Assommé par le froid et par la faim, le misérable se répandait en complaintes. Toutes les noisettes, toutes les fleurs, les papillons qu'il rencontrait paraissaient vouloir lui échapper, et ce p'tit bout d'chou, éploré, ruisselant de larmes, n'entendait rien à la magie bouleversant à coup sûr l'équilibre de la nature. Il ne connaissait finalement pas son voisin, le comte de Kouglouf, plus sorcier que marchand, dont l'envie coupable de dominer les paysans du coin l'avait poussé à enchanter leurs terres, les contraignant à lui demander la permission de récolter les fruits de leur propre récolte.

Vêtu d’un habit de velours bordeaux, couvert de dentelles, de lacets,
de rubans bruns et bleus, et plus pâle que la mort, le comte sortit de sa demeure, approcha l'enfant qu'il examinait d'un œil vide et froid. « Comme tu es maigre, lui dit-il d’un drôle d'air, régale-toi, je t'offre mes groseilles ». En déployant ses larges mains il révéla les baies merveilleuses que l’enfant saisit sans cérémonie. C’est la bouche avide que celui-ci aspirait le jus des fruits rouges, suçait jusqu’au bout la queue des groseilles, plongeant au cœur d'un étrange sommeil nourri du vol de corbeaux imaginaires...

Une douleur vive arracha notre joli garçon au royaume des ténèbres : sa langue charnue gonflait et rougissait, à tel point qu'il se mit à baver sur le plancher de sa cellule, presque autant que les crapauds venimeux, les vipères, les couleuvres et les nombreux serpents enfermés dans l'épouvantable cuve du comte Kouglouf. Son rire le rendait un peu sorcière, ses perles, ses pierres précieuses et son grimoire renfermant six cent soixante-six démons auraient troublé un champion au cœur ferme. Il escomptait manger ce petit bout d'chou qui, quoique maigrichon, aurait accompagné parfaitement la salade aux serpents, aux vilaines bêtes qui en urinant polluaient les fruits et les légumes de toute la région. « Au nom de tous les villageois, je ne laisserai pas plus longtemps ce sorcier de malheur terrifier à sa guise », se jura en lui-même le petit bout vaillant, et, grossissant sa voix de zozio, il percuta en braillant le méchant homme qui finit sa course au fond de la cuve ébouillantée.

Moralité : Goinfres et gloutons, méfiez-vous des plus petits que vous.
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Anne Marie Menras · il y a
Moi, j'aime bien les contes...y a tout ce qu'il faut : les horribles personnages, les gentils, la nourriture, tous les ingrédients pour faire une belle histoire très très courte, et le brin de folie nécessaire. Je donne une voix. Je t'invite sur ma page, il y aura sûrement des petits poèmes ou haïkus qui te plairont. Quand le concours de printemps sera terminé, il y aura "Sous la trappe", " La nouvelle terre", "Le magnolia"
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Maour · il y a
Eh bien moi j'aime aussi la poésie, alors je viendrai sur votre page :)
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Adriana · il y a
Ce n ' est pas un conte mais une juste réalité
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Alain Derenne · il y a
Ma voix.
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