Psyché

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Passionnée de littérature, Je me lance un nouveau défi, Une nouvelle aventure, Celle de l'écrit ! Mon blog : http://enviedecriture.canalblog.com/ Au plaisir…  [+]

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Ton regard est froid et sans pitié. Immobile dans le coin de cette chambre que je rechignais à quitter, ni mes peurs, ni mes larmes ne t’ont échappé.
Avant je t’aimais, puis je t’ai haï comme jamais je n’aurai pu le penser. J’ai voulu te cacher, te détruire. Combien de fois ai-je failli te briser en t’envoyant mille objets ?
J’ai pleuré à tes pieds. Insensible à mes douleurs, à mes doutes, tu as continué à me scruter, me détailler.
Tu as été à la fois un fidèle compagnon de ces semaines successives où le monde semblait s’écrouler autour de moi, et un geôlier intransigeant.
Que va-t-il advenir maintenant ?
Arriverai-je à vivre sans toi ou serons-nous toujours liés comme deux aimants qui s’attirent inexorablement ?

Nous avons été pris dans un tourbillon dont je n’aurai jamais cru pouvoir en sortir.
Naïve de croire que je passerai au travers, que le petit crabe ne viendrait pas me pincer.
J’ai tourné le dos aux signaux. J’ai refusé de croire en cette fatalité. J’ai cru que je pourrai échapper à cette malédiction qui plane sur les filles de la famille.
J’ai négligé mes rendez-vous, occulté cette grosseur en mon sein, les ganglions sous mon bras. Je les ai rejetés, enfouis le plus longtemps possible.
Un rêve, un rêve, seulement un mauvais rêve. Bientôt j’ouvrirai les yeux et le ciel sera bleu.

Mais le cauchemar est devenu réalité.

Non. Pas moi ! Non. Pourquoi ? Trop jeune ! Trop active ! Le stress et rien d’autre. Je vais me reposer. On va oublier. Tout va s’arranger. Non. Non.... Stop !
Et puis tout s’est enchainé. Les visites, les examens, le diagnostic, le verdict.
Impossible !

L’hôpital. Immense !
Des odeurs de détergents et de médicaments mêlés, des blouses blanches, des blouses roses, des blouses vertes qui fourmillent dans cet univers. Tout, sauf un arc-en-ciel.
Dans le bureau du grand spécialiste, cancérologue et chirurgien, je reste étrangement calme, je respire profondément. J’entends le tic-tac assourdissant de mon cœur.
Il m’explique, prend un air compatissant.
Je l’écoute, l’entend dans un brouillard cérébral.
Nous allons réduire la tumeur. Gardez l’espoir. Toujours. Et nous aviserons par la suite.

La spirale infernale débute. Les séances de chimiothérapie marquent mon corps de leurs empreintes. Elles aussi refusent de me laisser en paix.
Nausées, fatigue constante et alopécie deviennent mon lot quotidien. Un corps imberbe tel un enfant qui vient de naître. Adieu mes cheveux, mes si beaux cheveux blonds et ondulés.
Ne vous inquiétez pas, ils repousseront.
Allez vous faire voir avec vos perruques ridicules. Malgré mon humiliation qui n’appartient qu’à moi, j’essaye de me convaincre que je vaincrai. J’écraserai ce décapode qui a osé venir me défier.
Vous n’aurez pas mon sein ! Jamais. Vous m’entendez ? Jamais !

Une salle froide, allongée sur une table, cernée d’hommes qui vont en un instant balafrer ma féminité. Ils ne peuvent pas comprendre.
Je sombre dans le néant.

Un réveil nébuleux, un goût amer dans la bouche qui ne me quitte pas. Le crabe a gagné en partie, emportant avec lui un mamelon rebondi.
Des semaines de rejet de ce corps amputé. Une douleur dans ma tête lancinante, obsédante.
Une cicatrice pour ne pas oublier.
Envie de hurler. Désespoir. Haine.
Comment être encore désirée ?
Moi Amazone sans aucune fierté. Amazone cachée sous des artifices.
Je refuse d’être pointée du doigt, d’être stigmatisée. Je ne veux faire partie d’aucun clan, d’aucune confrérie. Foutez-moi la paix ! Redonnez-moi ma vie d’avant !
Les jours, les mois ont défilé. S’étirant parfois en longueur comme pour se délecter de ma souffrance. Je refusais les mains tendues. M’abrutissant de travail, refusant tout lien social en dehors de mon cercle d’amis auquel j’imposais le silence sur cette période difficile.
Je me forçais à sourire. Du haut de mes 30 ans, j’imaginais désormais une vie sans plaisir. Mon corps meurtri, je ne voulais plus le partager.
Toi seul pouvait encore avoir le droit de l’observer.
Mon apparence me dégoutait. Je ne pourrai plus séduire.

Jusqu’à cette rencontre.

Nadine m’a transformé. Un matin, elle est venue sans prévenir frapper à mon logis. Sa figure me semblait familière, mais je n’arrivais pas à me souvenir où je l’avais rencontré. Son sourire, son énergie a fait que ma porte close jusqu’à présent, a fini par s’entrouvrir. Elle a su m’apprivoiser, donner un nouveau sens à ma vie. Nadine, Amazone pleine d’entrain et croquant la vie à pleine dent. Nous étions embarqués sur le même paquebot sur cette mer déchainée. L’une après l’autre, nous avions goûté au déplaisir de cette salle d’opération stérile. J’en étais sortie affaiblie, elle en était sortie grandie, conquérante dès le réveil.
Il m’en a fallu du temps pour reconstruire une nouvelle identité.
De nombreuses batailles sont passées, d’autres sont en devenir, et nul ne sait aujourd’hui ce qu’il adviendra du futur.
Mais j’entrevois un avenir, une présence à mes côtés.
Un désir ressuscité, réinventé.
Je ne me cache plus. Fini d’être voutée devant toi, je me tiens droite, bien droite. Tu peux me dévisager. Nadine m’a convaincu qu’il y avait une autre vie après cette tempête dévastatrice.
Tu peux me regarder, je n’ai plus honte. De ce manque, j’en fais désormais une force. De ma cicatrice jaillit désormais un Phoenix majestueux. Je n’ai pas voulu d’un tatouage camouflage, d’un téton en trompe-l’œil. Je revendique ma différence.
Mon beau miroir, je te vois désormais comme un allié. Cette résurrection marque le deuil de mon passé. J’ai appris enfin à m’aimer de nouveau, et je suis prête à continuer le combat.
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