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Pronoms personnels

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Lydia

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Samedi soir. Je suis accoudée au comptoir, un groupe de jazz donne un concert. J’observe ma bière et les gens autour. Il y a beaucoup de monde : ils parlent doucement et écoutent attentivement la musique. Les musiciens jouent fort, leurs mélodies résonnent dans ma tête. Je me dis que je devrais me remettre au saxophone. Je me souris à moi-même en sachant bien à quoi m’en tenir. J’avale une gorgée de bière et parcours du regard la salle du bar. Mes yeux se posent sur un homme, très séduisant, la barbe poivre et sel, l’air absorbé par les rythmes cadencés. Je l’observe plusieurs fois à la dérobée. Je me sens troublée par sa beauté, il me plaît. Il doit faire trop chaud dans la salle, je bois une autre gorgée qui me rafraîchit un peu. Je le regarde encore, à plusieurs reprises, discrètement. De temps en temps, je croise son regard. Je souris : une sensation enivrante me parcourt le corps. Je veux sans cesse le regarder à nouveau, me délecter de son charme. Je m’imagine dans ses bras. Je tourne la tête et plonge cette fois-ci dans ses yeux qui eux aussi m’observaient. Je ne parle pas, continue à sourire.

Tu es belle, attirante et très sensuelle. Tu m’amuses depuis un moment. Tu m’observes et pourtant tu sembles gênée par mon regard. Tu bois par petites gorgées, passes doucement ta langue sur tes lèvres puis te retournes vers moi. Mais dès que tu croises vraiment mes yeux, tu concentres ton regard sur autre chose. Tu rougis, il me semble. Tu portes un jean et un haut noir un peu décolleté : tu es sexy. Tu continues ce jeu un moment. Tu ne parles pas, continues à me sourire. Tu me plais. Tu es belle. De plus en plus belle. Tu fais semblant de regarder le concert mais tu sembles troublée. Tu me troubles aussi : je n’ai jamais ressenti une telle envie. Tu sembles m’envoûter, m’attirer à toi, m’appeler. Tu es simplement irrésistible.

Il se lève et se dirige vers moi ? Non, il va juste venir régler sa note et partir. Il marche, en me regardant, fixement, il sourit. Il me sourit. Il arrive. Il s’arrête devant moi. Il est là, juste à quelques centimètres. Son regard me pénètre, s’immisce en moi accompagné d’une immense chaleur. Il ne parle pas, continue à me sourire. La musique semble s’être arrêtée, mais les musiciens sont toujours en mouvement. Ses yeux semblent détailler chaque parcelle de mon corps.
Elle ne se démonte pas et tente de me fixer droit dans les yeux. Elle sent bon, enfin, je crois. Elle est encore plus belle, là, devant moi. Elle a un sourire éblouissant. Elle ne parle pas, continue à me sourire. Les personnes autour de nous semblent se déplacer au ralenti, le temps ne s’écoule plus.
Et, subitement, mais délicatement, il prend mon visage dans ses mains et m’embrasse.

Nous nous embrassons, doucement d’abord. Nos lèvres se cherchent, se découvrent, s’amusent. Elles sont chaudes et douces. Entre deux baisers, nous nous observons, nous nous dévorons des yeux. Nos mains commencent à parcourir nos corps : nos dos, nos fesses, nos ventres, nos seins, nos nuques, nos cheveux sont sensuellement caressés. Nous continuons à nous embrasser. Nous ne parlons pas, continuons à nous sourire. Notre baiser devient moins sage, plus osé ; notre respiration se fait plus haletante, nos muscles instinctivement se contractent, nos corps se cambrent subrepticement et se rapprochent encore...
Notre corps est chaud, ardent, nous en voulons plus maintenant...

Vous nous regardez surpris, choqués, peut-être jaloux. Discrètement, vous vous donnez des coups de coudes pour nous désigner d’un petit geste du menton. Vous affirmez que vous trouvez cette attitude absolument déplacée, voire dégoûtante. Mais vous ne pouvez vous empêcher de jeter un coup d’œil dans notre direction. Vous essayez de vous concentrer sur la musique et vous nous regardez une fois de plus. Vous sentez une étrange chaleur monter progressivement en vous. Vous souriez. Cette sensation vous dérange et vous plaît en même temps. Vous ne parlez plus, continuez à sourire. Vous voulez nous regarder une dernière fois, juste pour voir ce que ça vous fait...

Ils sont déjà partis, ou presque. Ils sont en train de quitter le bar, mettent leurs manteaux et partent en se tenant par les yeux et la main. Ils ne parlent pas, continuent à sourire.
Dehors, il fait un peu froid. Ils se rapprochent l’un de l’autre et marchent lentement. Leurs mains ne restent pas en place, elles parcourent leurs corps. Leurs joues sont rouges, leurs lèvres sourient avant de se poser sur celles de l’autre.
Ils s’arrêtent devant une maison et rentrent rapidement à l’intérieur. Là, ils ne parviennent plus à se contrôler : ils se déshabillent, arrachant presque leurs vêtements. Maladroits, pressés, ils tombent parterre. Le sol fera parfaitement l’affaire.
Ils rient, jouent à celui qui est le plus fort, grimpant l’un sur l’autre, roulant sur le tapis... Couverts de sueur, enivrés par la chaleur de leurs corps, ils partent à la découverte de la moindre parcelle de peau. Leurs langues tracent des chemins chauds et humides le long de leurs membres, descendant jusqu’aux pieds. Ils se mordent ici et là, les corps se contractent, les lèvres sourient. D’un regard, comme ils l’ont fait depuis le début, ils se comprennent et s’enlacent en se fondant l’un dans l’autre. La cadence des va-et-vient se fait régulière. Ils gémissent ensemble, elle plus fort que lui... Ils changent de position, accélèrent le tempo, l’excitation atteint son paroxysme...
L’orgasme.
Ensemble, ils crient de plaisir puis s’écroulent en souriant.

Ma tête sur ton torse, je te respire. Je lève la tête et te regarde. Tes joues sont rouges. Tu es vraiment, terriblement beau.
Tu me souris et ton regard est incroyable. Je ferme les yeux et me demande quel est ton nom.
Nous restons l’un contre l’autre, savourant ce que nous venons de vivre.
Vous vous demandez ce qu’on est en train de faire et rentrez chez vous, en vous disant de ne pas oublier de brancher votre réveil.
Ils restent comme ça, enlacés. Ils ne parlent pas, continuent à sourire.
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