Promenons-nous dans les bois

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29 ans, écrit de tout, à partir de rien  [+]

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Note à moi-même : ne pas me promener dans les bois alors que la télévision affirme avec certitude qu'un dangereux tueur en série rôde dans les environs.

Je me suis refusée à vivre dans la peur, à laisser un maniaque contrôler mon train-train quotidien. J'ai voulu être plus forte que ça...

J'imagine alors que c'est moyennement surprenant de croiser la route du fameux individu dangereux que tout le monde recherche. C'est une coïncidence que j'ai bien cherchée, après tout !

Il s'est tenu devant moi avec un calme déconcertant. Un homme dangereux, face à vous, immobile et silencieux... Je peux vous assurer que rien qu'avec ça, il y a de quoi avoir peur. Et pourtant, la peur n'est pas le premier sentiment qui me vient à l'esprit quand je croise sa silhouette.

Selon les journalistes, le tueur porte un masque de notre actuel Président de la République, une longue perruque blonde, une robe rouge et des bottes en caoutchouc. Et l'homme devant moi est habillé à l'identique. Il doit être impossible de retrouver autant de mauvais goût chez deux personnes différentes, il faut vraiment être unique pour avoir un look aussi particulier.

En le voyant, j'ai plutôt envie de rire et de remercier le Ciel de m'avoir permis de voir cette chose immonde de mes propres yeux. Pour autant, je n'ai pas envie que ce soit la dernière chose que je regarde avant de mourir.

Ainsi, je me mets à courir. C'est un peu comme si je faisais mon jogging habituel sauf que cette fois-ci, j'accélère pour échapper à un détraqué. Sauf que je prends la peine de me retourner souvent, chose que je ne fais jamais en temps normal, histoire d'évaluer la distance entre lui et moi... Avec ses bottes, il ne doit pas être difficile de lui échapper. Il ne pourra pas aller bien loin.

Mais j'oublie qu'avec un tel accoutrement, il avait réussi à assassiner sept personnes avant moi.

Et je vais être la huitième. Je déteste le chiffre huit. En plus de ne pas avoir de chance et d'être imprudente, je suis maudite.

Le tueur me suit de très près et je remarque rapidement qu'il a quitté ses bottes. Il les porte sous le bras et donne l'impression de courir un marathon. Peut-être que les bottes sont une diversion : la victime s'éloigne sans trop se méfier, elle fuit mais le tueur se déchausse et la traque devient sérieuse.

En plus d'avoir un pas de course assez impressionnant, le tueur prend même le temps de s'amuser avec ses faux cheveux blonds. Je n'avais jamais vu de tueurs de ma vie mais celui-là a l'air unique en son genre.

Bien entendu, il finit par me rattraper et me plaquer au sol. Je dois avouer que je ne suis plus d'humeur à rire désormais...

Je me débats comme je peux et je parviens à m'extraire de son emprise.

Comment ? Je suis incapable de l'expliquer : tout se passe tellement vite que j'ai la sensation de ne plus habiter mon propre corps.

Voilà que je me cache derrière les arbres, que j'essaie de me camoufler sous un gros tas de feuilles comme si j'avais fait ça toute ma vie...

Mais je ne comprends même pas pourquoi je me défends face au tueur. Malgré l'alerte à la télévision, j'étais allée courir dans les bois, toute seule, sans me méfier. C'est comme si j'avais un post-it dans le dos disant «Tuez-moi !». Si je suis la seule imprudente du coin, pas étonnant qu'il ait mis la main sur moi. Pour autant, la discrétion n'a jamais été mon fort. Même en me méfiant, le serial-killer aurait pu m'attraper sans souci.

Je suis maudite par le chiffre huit. Je vais être la huitième victime. Je ne suis pas connue pour ma discrétion. C'est peut-être une coïncidence qu'il soit à mes trousses. C'était en quelque sorte inévitable. Et quand bien même, je continue de lutter pour ma survie, cachée sous les feuilles, en essayant d'être discrète pour la première fois de ma vie.

— Je vais compter jusqu'à dix. Sortez de votre cachette et je m'assurerai que votre mort soit douce...

L'envie de rire a définitivement disparu. J'ai peur, je tremble de partout. Je ne vois pas encore ma vie défiler à l'envers, ce doit être bon signe. Tant bien que mal, je vais me raccrocher à ça et à l'idée que le tueur ne me trouvera jamais, qu'il va se lasser et s'en aller tranquillement. Il faut que la chance soit avec moi aujourd'hui, je n'ai pas le choix...

— Un...

L'angoisse est encore plus forte quand il commence à compter. Je sens sa paire d'yeux très concentrée traquer les environs. Il va me trouver et me tuer dans d'atroces souffrances, c'est sûr...

— Deux...

S'il ne m'a pas trouvée de suite, c'est bon signe, non ?

— Trois...

Réussir à me cacher au moins trois secondes, j'ai sans nul doute battu mon record de discrétion. Je suis quelque peu fière de moi. Je reprends confiance en moi, en ma survie. Je peux m'en sortir. Je le peux !

— Quatre...

La peur ne se volatilise pas. Il est possible que je ne sois rassurée qu'une fois que j'entendrais le tueur s'éloigner. Je suis tellement bien cachée que je ne le vois pas. Mais j'entends sa voix résonner jusqu'à mes oreilles et ça suffit à me maintenir dans la peur.

— Cinq...

Et s'il jouait avec moi ? Et s'il m'avait découverte depuis le début mais qu'il voulait me faire croire le contraire le temps de dix secondes ? Il était assez vicieux pour endormir la peur des gens avec ses bottes en caoutchouc alors tout est possible...

A vrai dire, je ne crois pas tellement à ma discrétion soudainement chanceuse.

— Six...

Pour l'heure, je vais profiter des quelques secondes qu'il me reste de répit. Sur un malentendu, le répit durera peut-être plus longtemps. L'espoir, c'est bien la seule chose qu'il me reste maintenant.

— Sept...

Mais c'est que l'on approche dangereusement de dix... A dix, je saurai si le tueur se joue de moi ou si j'ai une réelle chance de m'en sortir.

— Huit...

Le vent a apparemment voulu se mêler de cette histoire et soulève le tas de feuilles sous lequel je me suis dissimulée jusque là. Je vois le tueur et il m'a vue à son tour.

C'est officiel : je déteste le chiffre huit et je suis morte...
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Marie · il y a
Original, drôle et, ce qui est rare, dans le droit fil du thème proposé. Vote 7. Il n'y aura qu'à passer directement au 9.
Je vous invite sur ma Matinale à moi, si vous avez le temps.

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Dada Carrière · il y a
Merci Marie ! Que de compliments ! :)
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Marie · il y a
Bien sincères car vous traitez le thème et, dans le cadre d'un sujet imposé, cela me paraît tout de même capital, sinon on peut participer à d'autres compétitions. J'ai lu pas mal de textes agréables et malins, plutôt bien écrits mais...hors sujet ! Dommage !
Je crois que beaucoup de lecteurs ignorent que la Matinale se fait en temps limité sur un thème imposé. Au plaisir de vous lire une autre fois.

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Dada Carrière · il y a
Il est vrai qu'il ne faut pas oublier le thème du défi au milieu de tous ces textes de qualité. Au plaisir de vous lire également ! :)
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Marie · il y a
Je regrette de ne pas voir votre texte en finale et vous remercie pour votre vote discret.
A bientôt sur d'autres textes.

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Dada Carrière · il y a
C'est très gentil à vous d'être venue me dire ça ! Pour ce qui est du vote, c'est tout à fait normal vu que j'avais voté pour lui au premier tour ;) C'est mérité ! A bientôt !
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Marie · il y a
;-))
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Lumiyah · il y a
je vous offre le 6ème vote, car je trouve votre histoire excellente dans le fait de nous raconter la naïveté de votre personnage qui veut braver la peur, et se prend un peu pour un héros ! on est pris dedans dès le début, vous avez su capter l'attention du lecteur, au début c'est drôle et puis après on ne rigole plus, on est dans une course effrénée avec le souffle coupé, on espère qu'elle va s'en sortir, et la chute cruelle ! bravo

dans le partage je vous invite à découvrir mon premier texte sélectionné http://short-edition.com/oeuvre/poetik/lui-15 merci à vous

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Dada Carrière · il y a
Merci Lumiyah, c'est très gentil à vous !
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Jean Calbrix · il y a
Quand on est embringué dans cette histoire, on ne lâche plus. C'est superbe de drôlerie et de suspense mélangés. Le tueur (elle n'a jamais vu de tueur ah ah) court avec des bottes, ça la rassure, et voilà qu'il les a sous le bras ! Que de trouvailles, jusqu'à celle, croustillante, consistant à le faire compter pour la faire sortir de sa planque ! Bravo, Dada. Vous avez mon vote.
J'ai un vieux fauteuil qui sait bien des histoires. Si vous désirez les entendre, c'est ici :http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

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Dada Carrière · il y a
Merci Jean ! Ravi que mon histoire vous ait plu. J'irai bien faire un tour du côté de votre vieux fauteuil ! ;)
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Keith Simmonds · il y a
Mon vote n0 3 pour cette histoire à la Poe! Quel cauchemar! Quelles images! Bravo! Si le cœur vous en dit, merci de passer lire et soutenir les suivants:
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/beaute-austere
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/froideur
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/premiers-froids-1

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Dada Carrière · il y a
Merci Keith Simmonds ! D'ailleurs, je ne crois pas avoir eu la chance de lire du Poe (du moins, en intégrale). Comme quoi ! J'irai voir ces trois œuvres poétiques à l'occasion ;)
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Keith Simmonds · il y a
Merci bien, Dada!
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Marguerite A · il y a
Vous faites un cauchemar, c'est tout, et vous allez bientôt vous réveiller, ça me rappelle les enquêtes impossibles de Pierre Bellemare.
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Dada Carrière · il y a
Merci du commentaire, Marguerite ! :) Un cauchemar pareil, j'aimerais pas... Surtout si c'est Pierre Bellemare qui raconte ! Mouahahaahaha !
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Marguerite A · il y a
J'ai vécu ce genre de cauchemar dans la réalité, Dieu merci, je m'en suis bien tirée, j'ai eu une chance extraordinaire.
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Dada Carrière · il y a
Oh ! Je suis désolé... :( *câlin* Heureusement que ton histoire a bien fini !! Je te fais de gros, gros bisous Marguerite !!
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Svetlana Kirilina · il y a
Wah, je veux connaitre le nom de ton fournisseur xD C'est complètement barré, pov narratrice. Mais on est d'accord, sept, c'est bien mieux que huit :P
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Dada Carrière · il y a
Évidemment que sept, c'est bien mieux que huit ! Mais je ne voulais pas abuser du sept alors j'ai préféré innover un peu :p J'ai failli opter pour 42 mais c'était un trop grand nombre. Zut... Quant à ma fournisseuse, elle s'appelle la Grande Coasseuse, c'est une grenouille toute sage qui surveille les marais du coin le dimanche. Par chance, j'ai su où la trouver pour écrire cette histoire ! :)