Profondeurs

il y a
2 min
2
lectures
0

Je suis un homo economicus englouti dans mon époque, comme tous mes personnages. Retrouvez mes critiques et chroniques sur Azimut et abonnez vous: https://blogdesign.blog/ Suivez moi sur ma page  [+]

Cela ne faisait que quelques semaines que Jacques avait repris son activité. Le coronavirus avait été un terrible cauchemar pour lui et d’après ce qu’il avait pu comprendre, tout cela n’était peut-être pas terminé.
Chômeur de longue durée, la station Pasteur était son terrain de prédilection. C’est elle qui l’abritait et le nourrissait habituellement. Il y avait bien ces deux jeunes avec lesquelles il avait eu des démêlées en début d’année... maintenant, ils ne tenteraient plus d’envahir son territoire.
Il s’en était réjoui, mais sa satisfaction avait été de courte durée. Avec le confinement et la baisse de fréquentation de la ligne, plus possible de se fondre dans la foule des transiliens. Il était maintenant loin le temps où il ressortait victorieux de son immersion dans ce magma humain avec trois ou quatre portefeuilles bien fournis sans qu’il sache à quoi ressemblaient leurs propriétaires.
Bref, c’était avant. Au cœur du confinement, le métro était devenu une sorte de village fantôme, mais heureusement, il reprenait vie. Cette histoire de distanciation le gênait aussi dans son activité. Les gens trouvaient ça suspect que quelqu’un s’approche trop près d’eux. Ils étaient désormais sur leur garde, guêtrant en permanence l’ennemi invisible.
Maintenant, Jacques travaillait surtout le soir, ces proies étaient les solitaires égarés. Il opérait toujours au même endroit, dans l’escalier qui permettait de rejoindre la ligne 6 depuis la ligne 12.
Tout à coup, une lueur apparut dans son regard. L’homme qu’il voyait de dos légèrement courbé semblait plongé dans quelques obscures pensées. Un portefeuille dépassait de la poche droite de son pantalon. Lorsqu’il approcha de l’escalier et attrapa la rampe, Jacques sortit de l’ombre.
Cela n'aurait pas été exact de dire que Paul pensait, c’était plus une sensation vague qui le submergeait depuis le début de l’année. Les choses s’étaient calmées pendant le confinement, mais avaient repris de plus belle. Il ne se sentait pas lui-même, envahi par une force invisible.
Cela avait commencé au début de l’année, ici même, métro Pasteur, dans l’escalier faisant le lien entre les lignes 12 et 6. Sur le coup, il avait eu peur, deux hommes l’avaient attaqué et il était tombé dans l’escalier. Il avait hurlé et ses agresseurs s’étaient enfuis.
Ce n’est que le lendemain qu’il se souvint de cette présence invisible qui l’avait frôlé et de l’étrange sensation qui en été résulté. Cette sensation lui été d’abord apparu comme entièrement nouvelle, mais à la réflexion, il réalisa qu’il l’avait déjà ressentie par le passé sans savoir quand ni où.
Les jours qui suivirent, il espéra retrouver cette sensation. Son corps changeait aussi, il le sentait. La chose se manifesta à nouveau deux semaines plus tard. A nouveau, elle avait effleuré ses vêtements, produisant un froissement effrayant et jouissif, provoquant un violent afflux de sang dans son bas ventre.
Il ne se souvenait plus très bien de ce qui avait pu se passer ensuite. Il avait lu les journaux, on lui avait posé des questions auxquelles il n’avait pas su répondre, tout était flou.
Paul était maintenant arrivé à mi-hauteur de l’escalier. S’étant glissé comme une ombre derrière sa proie, Jacques tendit le bras pour attraper le portefeuille, mais soudain, il se raidit.
Le gardien qui vint fermer la station retrouva le corps du SDF allongé dans l’escalier, les yeux exorbités et le manche d’un poinçon dépassant de son front. Aussitôt, il passa un appel.
- Il y en a encore un.
- Ah, et...
- Oui, le front transpercé, comme les deux autres au début de l’année. Il va falloir faire quelque chose.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,