Profondeurs

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Lumière.

Les marches grincent sous mes pas. Ont-elles toujours été si hautes ?

Ombre.

Une marche après l’autre. Un pas après l’autre. Je m’accroche à la rampe de corde brute, adoucie par le passage quotidien de ma main sur ses fibres. Ou bien est-ce la main qui s’est subtilement, délicatement sculptée pour épouser ses crevasses et ses arrêtes ?

Lumière.

Des murs de pierre suinte un air glacial. Humide. Putride presque.

Ombre.

L’air se déplace différemment ici. Il emplit l’espace, s’insinuant dans ses moindres recoins. Plus lourd. Plus palpable. Et plus ténu tout à la fois. Il bouge. Imperceptiblement. Il me frôle, me caresse, m’enveloppe. Il me goûte.

Lumière.

Le palier, enfin. La lourde porte de métal se dresse, menaçante. La clé à ma ceinture porte le poids de tous les pas qui l’ont portée jusqu’ici.

Ombre.

Je suis ses contours, du bout du doigt, comme un rituel. D’abord cette courbe, puis cette petite imperfection du métal. La tige, fine, presque tranchante. L’intrication de son panneton. Mes yeux se perdent sur les volutes emmêlées qui se dessinent sur la porte.

Lumière.

J’inspire douloureusement. Je ne saurai plus gravir cet escalier très longtemps. Mon heure approche.

Ombre.

Le cliquetis de la serrure qui se déverrouille résonne, cristallin, dans la haute tour vide. Je pousse le battant qui chante sur ses gonds.

Lumière.

La froide clarté ne me fait presque plus mal. Elle est à sa place. Elle me protège. Du reste. Derrière le verre.

Ombre.

Bleu. Vert. Une touche de rouge. Un éclair argenté furtif. Qui aurait dit que l’obscurité était si chatoyante ?

Lumière.

Je me laisse glisser au sol. Epuisée. C’aura été ma dernière ascension. La lumière s’éteindra avec moi.

Ombre.

La dernière gardienne du phare des fond des mers.
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