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Problème de Cave

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Rémi Renaud

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Impossible de l'ignorer, ce suintement, cette respiration, ce vrombissement venu tout droit des profondeurs. Il est net, précis mais indescriptible ; il est tel le bruit d'une étrange machine, une construction du diable qui ronronnerait, là en-bas avec les fondations de la maison. Il est intermittent, jamais régulier, jamais reproductible, mais jamais vraiment il ne cesse. Il est la marque noire, le sceau du démon, la sirène qui rugit du fin fond des ténèbres, l'hymne de l'enfer qui enfin est entendu par ceux de la surface. Il est un ricanement glauque, un amer goût d'impatience, celui du cauchemar qui ne supporte plus l'idée d'attendre la nuit et le sommeil pour se manifester. Il est là et ELLE l'entend. Elle l'entend tous les jours depuis une semaine. Au début discret, le bruit est maintenant omniprésent dans son esprit. De son d'ambiance, il est passé à son de profonde folie. Il lui est devenu insupportable. Mais que peut-elle bien faire ? Elle ne va pas s'enfuir de chez-elle, c'est sa maison après-tout. Ils ont trimés durement pour l'obtenir. Et dorénavant, qui en voudrait s'il savait qu'elle est hantée ?

Elle pourrait descendre à la cave, affronter le problème en vrai femme courageuse qu'elle n'est pas. Oh bien sûr, elle n'osera jamais y aller. La peur, le dégoût, le grotesque de la situation l'en empêcheront toujours. Elle préfère rester dans sa petite cuisine américaine tout équipée, conçue bien plus pour satisfaire les pupilles que les papilles. Elle préfère rester à sa place, elle qui fait parti du décor, elle qui travaille chaque jour un peu plus à se fabriquer sa propre cage. Une prison non pas faite de barreaux mais de chiffres, d'emprunt et de dettes à rembourser, une cellule de nombres qui bien que seulement sur papier, lui font acheter nombre de calmants. Des médicaments qui, bien que remplissant son armoire à pharmacie et sa table de nuit, ne lui feront jamais oublier cette obsession souterraine qui, interminablement, continu de la lobotomiser de journées en journées.

Elle met parfois de la musique, le plus souvent la télé, pour couvrir ce bruit qui vient d'en-bas. Elle aimerait tellement, ne serait-ce que pour une heure seulement, ne plus entendre ce grésillant crépitement qui insupporte tant ses oreilles. Peu importe la pièce où elle se trouve, le bruit la retrouve. Que ce soit dans la chambre, le grenier ou même le jardin, le mystérieux phénomène la poursuit à la façon d'un serpent rampant dans l'herbe jusqu'à son impuissante proie. Le pire dans cette histoire, c'est que LUI ne l'entend pas. Elle a beau lui demander de tendre l'oreille ou de lui décrire le son, il n'entend rien. Il lui rétorque que cela doit être dans sa tête, à moins que ce ne soit un son qui corresponde à une fréquence que d'eux deux, elle seule perçoit. Ces deux hypothèses, elle les renie en bloque, il y a derrière tout ça une chose surnaturelle, elle en est convaincue et nous ne la contredirons pas.

Insupportée par la situation, elle finit par tenter le Diable. Ce qui est alors, dans sa tête en tout cas, littérale. Armée d'une lampe torche rose fuchsia et d'un couteau à lame inoxydable, elle descend à la cave. En bas de l'escalier, juste à côté du lave linge, se trouve la porte qu'elle va devoir ouvrir. Par le passé, elle n'a pas souvenance d'y être déjà allée. Il lui faut un courage, venu de ressource qu'elle ne ce serait jamais soupçonnées, pour réussir à tourner la poignée. Sans réserve, ni résistance, la porte s'ouvre, vite et en silence. Seul spectacle alors offert à son regard : les ténèbres et rien d'autre. Elle allume la lumière, une vielle ampoule pendouillant au plafond et s'actionnant à l'aide d'un vieil interrupteur qui ne saurait répondre à aucune norme en rigueur. L'éclairage jaunâtre révèle un poil en fonte datant d’Hérode, des disques vinyles remontant à Jim Morrison et des cartons remplis de journaux rendus illisibles par des souris un peu trop voraces. Si la pièce n'a à première vue rien d'inquiétant, elle la met particulièrement mal à l'aise. Le bruit à cessé au moment où elle a ouvert la porte, mais reprend à peine deux minutes plus tard. Elle avance vers le milieu de la cave. Plus elle avance et plus le bruit s'intensifie. Les murmures sont devenu bourdonnements avant de finir sifflements. Terrifiée, elle comprend que c'était une mauvaise idée et veux s'échapper. Elle n'en aura, malheureusement pour elle, jamais le temps. La porte se referme et la lumière s’éteint. Elle veut crier, mais aucun son ne parvient à sortir de sa gorge étouffée. Bientôt, le bruit, devenu hurlement de rage d'un prédateur sans visage, consume la femme qui disparaît dans les ténèbres de la cave.


─ Vous vous étiez disputé avec elle récemment ?
─ Non, nous nous entendions très bien elle et moi.
─ Alors vous ne voyez pas où elle aurait put partir ?
─ Non, nous nous sommes endettés sur trente ans pour payer cette maison. Je ne la vois pas partir comme ça d'un seul coup.
─ Sa meilleure amie nous a dit qu'elle était préoccupée ces derniers temps.
─ Préoccupée ? Mais par quoi ?
─ Par des bruits qui viendraient de la cave.
─ De la cave ! Mais c'est impossible !
─ Et pourquoi donc ?
─ Mais parce que cette maison n'en a jamais eu...
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RAC · il y a
Arghhhhh ! Ca fait peur et c'est bien dosé...il faut en faire un téléfilm !
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Magalune · il y a
Ah j'aime bien ce genre de récit. Un chouia de Lovecraft dans le fond de l'histoire. ça me plait :-)
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Rémi Renaud · il y a
Un chouia de Lovecraft c'est toujours bien :-)
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MissFree · il y a
l'angoisse! un texte oppressant ! dommage pour les coquilles.
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Geny Montel · il y a
Beaucoup de suspense pour une chute surréaliste !
Le récit est bien mené.

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Rémi Renaud · il y a
Merci !
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