Prisonnière d'une promesse de liberté

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J'écris pour inventer des libertés, pour m'approprier les pleins pouvoirs, pour (m'auto)critiquer, pour (me)sauver, pour (me)venger...mais aussi pour déterrer et dompter les monstres (intérieurs)  [+]

Image de Eté 2016
Lorsque j'étais enfant, j'avais hâte d'être en vacances. En grandes vacances d'été. C'était l'époque de l'année où je pouvais me projeter ailleurs et autrement.
Chez mes grands-parents. En invitée de marque.
En rêve, je préparais ces moments privilégiés. Je les idéalisais. Je les fantasmais.
Cependant, dès que je posais mes valises dans leur chambre d'ami, la réalité me rattrapait. Mon départ en vacances prenait un tour inattendu : mon univers me manquait.
Surtout la première nuit.
Dans ce lit trop grand aux oreillers en plume trop lourds, tous les éléments se réunissaient pour tenir à distance le sommeil que je souhaitais ardemment pour échapper le temps d'un nuit à ce dépaysement soudain. Les interstices du store filtraient la lumière du réverbère du parking qui narguait l'obscurité de ma chambre d'une clarté irréelle. Les motifs de la tapisserie de la chambre ne divulguaient aucun personnage mystérieux que j'aurais pu intégrer dans mes histoires imaginaires. Les cadres aux photos jaunies me laissaient entrevoir l'enfance trop mystérieuse de mon père et me taraudaient de questions. L'odeur florale du pot-pourri agaçait mes narines. La couverture en laine rêche me rappelait par contraste ma couette douillette. Les draps froids étaient si tendus que j'étais entravée dans mes mouvements.
J'étais bordée comme une prisonnière.
Pourtant, au bout d'un moment, je réalisais que cet état de détresse serait passager. C'est alors que je pensais au lendemain.
Au petit-déjeuner, je me voyais déjà croquer dans les biscottes de mon grand-père tout en riant avec lui, par mimétisme, aux sketches diffusés sur sa radio favorite mais sans en comprendre le sens. Dans le canapé, les jambes pendantes, je m'imaginais crocheter des napperons difformes accolée à ma grand-mère tout en écoutant Gilbert Bécaud sur le tourne-disque.
Par avance, je rêvais aussi à cette solitude précieuse autour de leur bibliothèque, le nez dans le Quid, qui recelait alors pour moi toutes les données du monde. Je songeais ensuite à cette boite en fer blanc qui renfermaient les galettes au beurre du goûter que nous partagions intimement tous les trois dans la pénombre de la salle à manger dont les volets fermés en cabane nous protégeaient des assauts des rayons ardents du soleil.
Mais surtout, je savourais à l'avance nos promenades nocturnes, où une main dans celle de ma grand-mère et l'autre dans celle de mon grand-père, nous guettions les lucioles du parc tout en partageant, sur le ton de la confidence, nos aventures de l'année écoulée depuis ma dernière visite.
Bordée dans ce lit comme une prisonnière, je goûtais à l'avance à une certaine forme de liberté.

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Un petit mot pour l'auteur ? 91 commentaires

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Anna Hoser · il y a
cela m'a rappelé mes vacances chez mes grands parents, de cet instant, juste au moment du coucher, où plus rien, que l'absence de mes parents, n'avait d'importance...
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Nadine Gazonneau · il y a
J'aurais bien aimé avoir écrit ce texte car je m'y retrouve complètement avec des réminiscences de mon enfance.. Mon vote. Si le cœur vous en dit "transparence" est en catégorie poésie.
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Sylvie Loy · il y a
Un parfum d'enfance alors ?!
Merci pour ton appréciation Tilee !

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Utilisateur désactivé · il y a
C'est bizarre car j'ai déjà voté pour ce texte (que j'aime particulièrement) mais non ? Et les autres c'est pareil! Mystère, mystère! à bientôt Sylvie la magnifique!
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Sylvie Loy · il y a
Peut-être confonds-tu avec Un papillon sur l'épaule ? J'ai eu une phase d'écriture nostalgique !
Sylvie la magnifique te salue cher Luc ! (rires)

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Bertrand Pigeon · il y a
une liberté enfantine
qui construit les émotions
et les
souvenirs
de demain^^+1

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Sylvie Loy · il y a
C'est dans cette liberté qu'on peut rêver d'être encore un enfant.
Merci Bertrand !

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Jackie Arnoult · il y a
Je n'ai jamais connu autre chose que la maison de mes parents. J'étais tellement frustrée par ce manque de vacances . J' aurai tellement voulu avoir mes mains dans celles de grand-père et grand-mère. Les entendre me raconter comment étaient mes parents jeunes. Bonheur d'enfance qui doit vous marquer à vie.
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Sylvie Loy · il y a
En effet qui marque à vie. Les moments intenses de l'enfance s'échappent vite. Certains laissent une empreinte plus profonde que d'autres. Merci pour ta lecture Jackie !
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Maryline Monteil · il y a
Les petits bonheurs simples sont les meilleurs. De beaux souvenirs; justement évoqués. J'ai pris plaisir à vous lire.Je vote. Bonne continuation!
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Sylvie Loy · il y a
Merci Callipe d'y avoir lu la simplicité de l'enfance. A bientôt !
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F. Chironimo · il y a
Où es tu mon enfance?!!
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Sylvie Loy · il y a
J'ai pas trouvé. Elle est trop loin !
Signé: La Vilaine.
Je te fais un bisou quand même va. Je suis sûre que tu étais trop mimi en petit garçon !
Tu devais faire des tas de bêtises aussi !

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F. Chironimo · il y a
je pense que les plus grosses bêtises sont venues avec l'âge! :=))
bise à toi aussi ;-*

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F. Chironimo · il y a
Où es tu mon enfance?!!
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Sylvie Loy · il y a
Je ne sais Chiro. Je pars chercher pour toi...
Attends-moi, je reviens...

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Stéphane Sogsine · il y a
Nostalgie de nos enfances
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Sylvie Loy · il y a
Elle nous nourrit cette nostalgie-là. Merci Sogsine !
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Guy Bellinger · il y a
Délicieuse petite bouffée d'enfance dans ce nostalgique retour vers le passé, intimiste et impressionniste. Le paradoxe apparent liberté/prison fonctionne bien.
Si vous avez un peu de temps (36 minutes selon les critères shortiens), venez me découvrir dans la peau d'une fillette de dix ans dans "La neige, la sittelle et le grand-père" (http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/la-neige-la-sittelle-et-le-grand-pere).

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Sylvie Loy · il y a
Merci d'y avoir été sensible Guy !
Je passe vous lire dès que possible !

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