Printemps

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8 mai 1945 - 22h00, Cours derrière une petite maison.

Rose regardait le sol, les yeux fixés sur la feuille verte effilochée à ses pieds. C'était elle qui l'avait arrachée et déchirée, qui avait mis en piece ce petit bout de rosier.

"Aime la nature pour ce qu'elle t'a offert, princesse. La nature te sauvera toujours si tu lui es reconnaissante. "

C'était son père qui répetait ça. Avant d'être recruté dans l'armée.

"La nature nous guerit, princesse. Avec elle, on ne risque rien."

La nature, la nature, et encore la nature. Son père ne jurait que par ses fleurs. Il voulait étaler au monde entier ses rêves et ses pousses.

Pourtant, Rose avait cessé de croire en la magie des pétales quand son père avait été envoyé au front. Ça faisait bientôt 1 an que sa mère et elle étaient sans nouvelle.

"Il est mort, chuchotaient les voisins entre eux avec un air apitoyé."

Mais sa mère refusait d'y croire et passait son moindre temps libre dans la petite cour derrière leur maison, à essayer de sauver le dernier rosier de son mari.

C'était ridicule comme massif, mais c'était l'endroit de la zone occupée qui comportait le plus de fleurs, en dehors des cimetières.

Son père lui manquait, elle le sentait mourir en elle, s'effacer, lentement mais surement. Dans le miroir de sa chambre, il lui semblait parfois entrevoir ses mèches poivre et sel, ses grands yeux bleus, puis plus rien, juste son propre reflet abimé. Briser, casser et détruire ne lui apportait qu'une maigre satisfaction. Rose sentait comme un vide en elle, qu'elle s'efforçait de combler avec ce qu'elle trouvait. Comme à tous les hommes d'ailleurs. Ils détruisent des Nations entières, brulent et saccagent, mais ne sont jamais satisfaits.

Rose en avait marre. Marre de son père silencieux, marre de sa mère et ses fleurs et marre de la guerre.

Ca faisait trop longtemps qu'elle durait, la guerre. Presque 6 ans pour être plus précis.

Pourtant, ils avaient promis. "La Der des Ders" c'était du vent ? Apparement, car ils avaient recommancé à se battre 25 ans plus tard.

Au debut, ça avait été joli. Tout le monde s'élançait, la fleur au fusil, se croyant capable de vaincre le monde entier. Mais quand la triste vérité de ce qu'était réellement la guerre les avait rattrapé, c'était bien trop tard.

C'était pour ça que Rose saccageait les fleurs qui portaient son nom. Elle faisait tomber un par un chaque pétale rouge au sol, émiettait la queue verte et recommançait avec une autre rose.

Ce n'était pas vraiment le printemps, ni dans la cours de Rose, ni dehors. Le ciel était recouvert d'une masse noir, comme si n l'avait grossièrement peint, et tous les aliments avaient un goût de cendre.

Malgré tout, la fin était proche. Tout le monde le sentait, les oiseaux commençaient à se pointer, les femmes redoublaient d'effort à l'usine d'armerie, les Allemands se faisaient de moins en moins frequents.

A 23h01, en heure allemande, les cloches sonnèrent à la volée, que tout le monde se mit à pleurer, que la dernière rose tomba au sol, la jeune fille sentit tout son malheur s'envoler d'elle.

Bien sur, ce serait dur. Il faudrait enterrer tous les corps, ne pas ployer sous le deuil, ne pas perdre le controle de la vie que les Allemands allaient leur rendre.

Mais c'était enfin le printemps.
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