Prendre l'air en ballon

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Minibulle ? J'aime bien buller... Lire beaucoup, écrire aussi, écrire beaucoup. Merci à tous ceux qui passent me voir et qui aiment. Et puis peut-être  [+]

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Anatole et Pedro sont amis d’enfances et n’ont guère l’occasion de sortir beaucoup. Ils habitent dans un petit village, certes fort sympathique, mais qui offre peu de distractions. Aussi, quand ils apprennent qu’une fête foraine s’installe sur la place, ils n’ont de cesse de surveiller la construction des manèges.
Les parents des deux compères sont voisins. Ils se côtoient souvent et régulièrement. Les deux fermes distantes seulement d’un kilomètre, d’un coup de vélo, ils sont ou chez l’un ou chez l’autre.
Après l’école, Anatole et Pedro font leurs devoirs et doivent parfois aider la famille. La fête tant attendue est donc un beau prétexte pour s’évader des obligations quotidiennes.

— On pourra monter sur les autos tamponneuses ?
Anatole sur le chemin qui mène au village ne cesse de seriner son père. Celui-ci a revêtu l’habit du dimanche, celui qu’il met pour accompagner sa femme à la messe. Il fait un peu le fier au bras de sa moitié.
— Oui, mon fils, tu pourras.
Anatole marche devant ses parents, car il vient d’apercevoir la famille de son ami.
— Avec Pedro, nous pouvons partir devant ?
Il n’écoute même pas la réponse que les voilà qui disparaissent, courant à vive allure vers le village.

C’est l’odeur de barbe à papa qui les accueille en premier puis les flonflons de l’orchestre installé sur l’estrade. Mais, rapidement, ils restent en extase devant un énorme ballon multicolore qui se balance sur la place. La nacelle, bien ancrée encore sur le sol attend d’éventuels intrépides.
— J’aurais bien envie d’y monter, moi !
— Oui, ça doit être trop beau vu d’en haut.
— Tu crois que nos pères et nos mères voudront que nous y allions tous les deux ?
— Tout seuls ? Sans eux ? En rêve, maman aura trop la trouille que ça dégringole.
— On va leur demander, regarde, les voilà !

Martin et Catherine, les parents d’Anatole sont en extase devant la montgolfière. Ils n’en avaient jamais vu.
Joseph et Claudine, ceux de Pedro sont beaucoup plus apeurés devant ce gros ballon. Comme l’a prédit le gamin, Claudine refuse tout net qu’il grimpe dans cet engin bien trop dangereux à son goût.

Martin, curieux, s’approche du propriétaire.
— Bonjour, vous acceptez les enfants ?
— Il faut participer à la tombola, si votre ticket est tiré au sort, j’embarque deux personnes avec moi.
— Où trouve-t-on ces billets ?
— À la caisse du manège là-bas !
Martin regarde sa femme.
— Tu es d’accord ?
— Anatole ne sort pas souvent, ce serait chouette. Vas-y !
Il se tourne alors vers son voisin. Celui-ci l’attrape par l’épaule et l’entraine plus loin.
— Oui achète les tickets, ce sera bien pour les gosses qui n’ont pas beaucoup de distraction. Mais ne dis rien à Claudine, elle va en faire une jaunisse. Elle le couve trop le mioche.

Pedro a très bien compris la situation. Ses yeux brillent. Il ne pipe mot, de peur que sa mère se rende compte de quelque chose.

En attendant le tirage de la tombola, les gamins grimpent sur les autos tamponneuses et rient à qui mieux mieux, surtout quand leurs parents décident de les rejoindre.
Ils prennent ensuite chacun une barbe à papa rose, et se lèchent les doigts qui collent. C’est tellement magique  et puis surtout, ce n’est pas tous les jours !
L’heure de la loterie approche et les deux garçons ne tiennent plus en place. Martin a bien prévenu Anatole qu’il n’aurait peut-être pas de chance et que son copain pouvait avoir le numéro gagnant et pas lui. Qu’importe, les enfants sont contents et croient en leur bonne étoile de ce dimanche ensoleillé et plein de promesses.

Celui d’Anatole est tiré au sort, mais pas celui de Pedro. Claudine qui réalise à quoi son fils vient d’échapper est heureuse et ne dit rien à son mari.
— Je ne veux pas y aller sans toi, Pedro, ce ne sera pas drôle.
Son ami a les larmes aux yeux.
Mais, le deuxième ticket n’est réclamé par personne. Aussi, la chance est avec eux, Pedro pourra faire partie du voyage. Claudine n’a pas son mot à dire, les deux gamins grimpent dans la nacelle.
— Oh les garçons, vous faites attention et écoutez bien les consignes de...
— Jacques !
— Vous avez compris ?
Anatole et Pedro promettent et ont bien du mal à refréner leur impatience. Quand ce ballon va-t-il décoller ?
Les parents se font de plus en plus minuscules. Les deux copains leur font de grands signes. Le vent commence à bousculer leurs cheveux. Plus ils montent dans le ciel, plus ils rient.
— Regarde, ta maison et la mienne, elles sont toutes petites.
Les bouclettes des gamins s’emmêlent, ils respirent à pleins poumons. Ils se prendraient presque pour les rois de l’univers. Ils ont l’impression que le monde leur appartient.
— Les manèges s’éloignent, on est trop haut !
— On vole comme les oiseaux ! J’adore !

Même s’ils ne sont pas très fiers, ils essaient de ne pas le montrer au propriétaire qui a su les rassurer dès le début. Il leur explique le fonctionnement, et peu à peu ils regardent plus sereinement le paysage vu d’en haut, bercé par le bruit de ronflement de la montgolfière.
Un troupeau de chevaux paniqué par le ballon galopent dans un pré. Les enfants rient à gorge déployée.
— Taïaut ! Taïaut !
Pedro se prend pour un grand cavalier armé d’un lasso. Il se penche un peu trop et est aussitôt rappelé à l’ordre par Jacques. Penaud, il pose ses mains sur le rebord de la nacelle et n’ose plus bouger.
— Regarde, on dirait qu’on va rattraper les nuages !
Le ciel est bleu, un léger vent les pousse, c’est parfait pour ce voyage en montgolfière.
— Alors les gamins, vous aimez ?
— Oui monsieur, c’est génial !
— Appelez-moi Jacques ! C’est plus sympathique !
— On va passer pas très loin du clocher de l’église, tu crois qu’on va le toucher ?
— Il ne vaut mieux pas, répond en souriant Jacques. Rassurez-vous, nous n’allons pas le frôler. C’est l’impression que vous avez, mais nous allons voler largement au-dessus.
Ils aperçoivent un agriculteur qui laboure son champ. Celui-ci lève son chapeau et les salue. Ce n’est pas tous les jours qu’il voit un ballon traverser son pré. Le chien qui suivait les traces de son patron se met à aboyer furieusement.
— Tu l’as reconnu ?
— C’est trop petit et puis je n’arrive plus à me repérer ? Tu y parviens toi ?
— Non, pas trop, mais ce n’est pas grave. Respire à fond, c’est génial de prendre ainsi l’air. On n’a pas beaucoup l’occasion de faire ça. Tu sais quoi ? J’aurais ben envie de faire ce métier plus tard.
Anatole avait le sourire jusqu’en haut des oreilles.
— Sérieux ? Tu voudrais faire ça ?
— Mais oui, on est les rois du monde, là-haut ! Rien ne peut nous arriver !
— Quand même, si le ballon crève !

Ils passent au-dessus des piscines de particuliers. Des enfants courent et applaudissent la montgolfière.
— Où va-t-on s’arrêter ?
— J’ai repéré un endroit pas très loin d’ici. Ne vous inquiétez pas, ma femme suit en voiture. C’est elle qui nous ramènera. Nous allons nous poser.
Anatole et Pedro admirent les gestes sûrs de Jacques qui va atterrir où il l’avait décidé. Ils remarquent un fourgon blanc qui se gare à côté. Une dame en descend. Elle aide les enfants à sauter en bas de la nacelle.
— Alors c’était bien ? Vous êtes content ?
Ils répondirent ensemble, les yeux pleins d’étoiles :
— C’était génial ! C’est le plus beau jour de notre vie.
— Moi je voudrais faire comme vous plus tard !
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Mohamed Laïd Athmani · il y a
Très joli comme récit!
Mérite des encouragements.
Ah, mes points votre texte les mérite bien.
Je vous invite à soutenir :
« DIGOINAISES… » qui est en finale.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/digoinaises-corps-et-ame
Bonne continuation!

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Vrac · il y a
Comme une bande dessinée
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Papylou · il y a
Super !!! Une minibulle qui a pris son envol !!!
Merci pour ce voyage .