Premier plagiat, premier émoi

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J’écris pour ne pas bricoler… au grand soulagement de ma famille, mes amis, mes voisins et de tous les médecins urgentistes de la région grenobloise  [+]

Les charrettes des vendangeurs se découpaient sur le ciel bleu...

Pour un écolier de neuf ans, un livre est un coffre à jouets rempli de surprises. Tu es là, les sourcils froncés devant ce verbe qui t'intrigue : « découper ». Qu'a voulu dire l'auteur ? Tu ne piges pas trop, mais ça te plaît, et puis c'est un adulte qui l'a écrit. Découper, découpe, cette découpe incomprise est magique, tu la gardes dans un coin de ta tête comme un couteau multilames au fond de ta poche... Ça peut toujours servir.

Elle tourneboulait tes jeunes sens, cette belle institutrice qui remplaçait ton habituel instituteur à béret. Elle avait demandé à toute la classe de CM1 d'écrire un beau souvenir. Et te voilà avec cette envie à la fois pure et trouble qu'elle arrête de déambuler entre les rangées et qu'elle vienne se mettre là, à côté de toi. Que tu puisses profiter d'elle. Alors tu y vas, tu le racontes à ta façon, ton plus beau souvenir, une façon qui n'est pas tout à fait la vraie, qu'importe, tu la recopies de mémoire cette partie de phrase que tu as trouvée tout simplement jolie dans ta petite tête. Tu t'appliques, tu mets bien deux « r » et deux « t » à charrette, tu mets un « a » après le « d » de vendangeur et tu y vas de ta découpe mystérieuse sur le ciel bleu. Et là, c'est le grand saut dans l'inconnu, parce que cette découpe, tu ne la comprends pas, si par hasard elle te demande ce que tu as voulu dire t'es foutu. Mais tu sais ce que tu veux, alors tu continues, tu tires la langue et tu inventes de beaux souvenirs un jour de vendange...

Tu étais au fond de la classe, dans la rangée du milieu, elle s'est arrêtée, à ta gauche, elle s'est penchée par-dessus toi pour lire ta copie. Tu l'avais bien calée sur ta droite ta feuille de papier. Tu respirais l'odeur de ta belle lectrice, tu frôlais ses vêtements, un bien-être inconnu t'inondait.

Elle a passé sa main autour de ton épaule droite en disant « C'est très bien mon petit ! » Tu as cru défaillir une deuxième fois. Admirable verdict. Ton cœur n'en menait pas large.

Des années ont passé, mais, toujours aussi ému de gratitude, tu plagies les Émotions poétiques d'Antoine Pol et tu veux dédier ce texte :

À toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets...

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Paul Brandor · il y a
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Saber Lahmidi · il y a
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