Premier essai officiel

il y a
3 min
33
lectures
29
Qualifié

L'écriture comme une évidence. Des portes d'accès au monde de l'imaginaire et des chemins ouverts pour s'y aventurer. J'aime écrire de temps à autre et vous invite modestement à ouvrir une de  [+]

Image de 2018
Confortablement installé dans le siège baquet, je scrute les alentours. Déjà le bruit du moteur focalise toute mon attention. C’est un bruit régulier, sourd, obsédant. Cette sensation à nulle égale, me grise au point d’engourdir mes membres autant qu’elle tient mes sens en éveil. Cette fois c’est parti ! La machine profilée comme un félin s’élance pour un tour de chauffe. La main du pilote fait déjà des merveilles, grâce à une solide connaissance de la topographie des lieux. En habitué de ce genre de bécanes, il gère avec une déconcertante facilité l’ensemble des paramètres mis à sa disposition.
Les évolutions de l’engin sont à la fois précises et souples même si le risque demeure constant. Une fraction de seconde d’inattention, un seul virage mal négocié, et ce peut-être la catastrophe. Une boule dans la gorge trahit ma nervosité et j’ai du mal à déglutir. De façon inextinguible, mes doigts cramponnent le cuir du siège et, ouvrant la bouche, je cherche à reprendre un peu d’oxygène. Je ne sais pour quelle raison étrange, le départ reste toujours compliqué pour moi. Le pilote devine mon malaise et tente aussitôt de m’apaiser :
- Tout va bien ? Détendez-vous, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un premier essai que vous devez perdre vos moyens. Tout est dans le doigté et la sensibilité que requiert une telle conduite. Rassurez-vous, j’en ai mater plus d’une de ces machines-là, conclut-il, en accompagnant sa déclaration d’un large sourire. 
Puis il fronce légèrement les sourcils, signe chez lui d’une extrême concentration.

- On arrive à la première véritable difficulté du parcours, me prévient-il, ça va toujours ? Je n’ose esquisser le moindre geste et me contente de cligner des yeux pour indiquer ma relative quiétude. Le bruit du moteur devint un sourd vrombissement dans mon oreille. L’instant est délicat, mais le conducteur est un orfèvre en la matière. Il entreprend la courbe avec un tel sang-froid doublé d’une si rare élégance, que je ne devine même pas la conclusion de la manœuvre !
- Et voilà ! Un premier passage délicat bien négocié, s’exclama-t-il, la voix pleine d’une légitime satisfaction. Grâce au miroir avant, je le regarde furtivement d’un œil rempli d’une probante considération.
- Maintenant, décrète-t-il, attaquons-nous au point culminant du parcours. J’acquiesce du menton et reste sous le charme de la mécanique racée que le pilote dirige à son gré. Il semble deviner mon intérêt pour le prototype dont les vibrations font trembler légèrement sa main.
- C’est un modèle expérimental. Plus puissant et plus malléable que les précédents. Voyez ce carénage et la prise en main qu’offre ce tout nouveau modèle. C’est cela qui rend son maniement si jubilatoire : de la pure adrénaline dans le pilotage ! A la fois souple et nerveuse, une vraie bête de course, vous dis-je ! L’émotion est au rendez-vous et vous submerge tôt ou tard, n’est-ce pas ?
Je n’ose pas répondre. Le pilote semble transporté au delà du seuil raisonnable de vigilance que réclame un tel exercice. En bon professionnel, il perçoit aussitôt le danger potentiel que son emportement laisse craindre. Il tousse fort, comme pour se ressaisir, et fronce de nouveau ses épais sourcils pour signifier qu’il ne commettra plus de coupables relâchements jusqu’au terme de l’essai.
- Et voici la seconde difficulté, quasi similaire à la précédente, commente-t-il à voix haute.
A nouveau le ronflement sourd du moteur se fait plus précis et persistant. Il me semble même que le cliquetis de cette merveilleuse mécanique de précision emplit tout l’espace pour finir de s’échouer dans mon tympan. Cependant, comme le flux et le reflux des eaux, une fois franchit l’écueil, le bruit s’éloigne et se dilue dans l’environnement sonore immédiat.
- Bien ! Encore deux ou trois circonvolutions et nous pourrons en finir.
Je me détends tout à fait à cette perspective heureuse et me surprends même à sourire d’aise. Même si l’expérience offre toujours une excitation unique, au point où mes tempes finissent par battre au rythme de mon cœur, il me semble avoir suffisamment transpirer pour cette séance d’essai. Mon dos, humide de sueur, est collé au dossier de cuir noir. Après un dernier passage léger comme un souffle, une simple pression du pouce met fin au ronron du moteur et le silence reprend ses droits.
- Alors qu’en dites-vous ?
Un rapide coup d’œil dans le miroir me convainc tout à fait. Je suis béat d’admiration devant un tel travail.

- A coup sûr, vous êtes bien le meilleur coiffeur de la ville et votre nouvelle tondeuse à cheveux et bien plus qu’une vulgaire machine. Entre vos mains, c’est un véritable bolide de compétition !
29

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,