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Préméditation contrariée

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Gabrielle Muni

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La société des arts grouillait de monde. C’était une journée spéciale, organisée pour permettre à certains amateurs privilégiés d’admirer le fameux tableau de Courbet, prêté par le Musée d’Orsay. La nature plutôt intime de « L’origine du monde » lui interdisait d’être exposé au vu et au su de tout le monde, dans le grand salon ou la salle des abeilles. Pour accéder au Graal, il fallait descendre au sous-sol, comme pour aller aux toilettes se dit-il, tourner à droite au bas des escaliers et passer sous une haute voûte. En face, une table rectangulaire recouverte d’une longue nappe grise effleurant le sol, sur laquelle s’étalaient quelques exemplaires de livres retraçant la vie et l’œuvre du peintre exposé.

A sa gauche, la porte grise à double battants de la bibliothèque, haute jusqu’au plafond, et aussi large que le couloir. A sa droite, à l’autre bout du corridor, la porte vitrée de la salle des archives, là où se cachait l’objet du désir. Entre les deux, une galerie de 2 mètres de large, tapissée du côté gauche par de hauts buffets gris, aux portes pleines en bas, aux portes vitrées dans la partie supérieure. Dans les 5 premiers, de superbes bouquins aux couvertures de cuir usé se dressaient sur quatre rangées. Les 2 suivants escamotaient leur contenu par de lourds rideaux gris. Puis un meuble tronqué de sa partie supérieure. Suivait un vieux et lourd radiateur de fonte, imposant derrière un meuble gris ajouré, au-dessus duquel trônait un tableau décrivant une scène de marché, très colorée.

De l’autre côté, il ne remarquait qu’un secrétaire en bois patiné au-dessus duquel un tableau ancien reproduisait une banale scène de baigneurs. Il devinait ensuite deux portes, la deuxième identifiée comme le secrétariat de l’institution, avec un écriteau Prière de sonner, une sonnette bien évidemment, et un bouton de lumière. Juste avant la salle des archives, un tableau moderne blanc et bleu s’allongeait vers le ciel.

Toutes les chaises, les 7 du côté nord et les 7 du côté sud, étaient occupées. Il resta donc debout un moment à l’entrée de la galerie jusqu’à ce qu’un homme à la mine réjouie et aux yeux pétillants sortit de la salle des archives. Une personne se leva et entra dans l’autre pièce pour la visite tant convoitée. Il prit sa place et son mal en patience !

Le manège se répéta ainsi jusqu’à ce que son tour vint. Il se leva les jambes tremblantes. Pendant cette attente qui lui parut interminable, il a eu le temps de repenser à ce qu’il allait faire devant la scène primordiale, en caressant le fin objet dans le double fond de sa poche, que les gardes à l’entrée n’ont pas trouvé pendant leur fouille. Comme un automate, il s’avança dans la salle des archives, la gorge sèche, les mains moites, s’approcha du mur sur lequel un rideau rouge cachait l’objet tant convoité. Le commissaire d’exposition commença à le dévoiler. La catastrophe fut évitée de justesse lorsque celui-ci retint la main qui tenait une mini bombe de peinture noire !
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Jarrié · il y a
Je ne suis pas à l'origine du monde ! Mais au déblocage du compteur !
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