Précieux conseils à mon usage personnel (et au vôtre aussi, peut-être)

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Un distributeur d'histoires, comme un distributeur de friandises! J'adore l'idée. Dans ce temps clos de l'attente, pétri d'impatience, d'angoisse parfois, le réconfort d'un petit papier doux  [+]

Image de Eté 2016
Voilà, le titre est posé. N’en dites rien mais au départ, j’avais écrit : « petits conseils pour mon importante personne. »
Et pourquoi pas, il n’y a pas de mal à se valoriser un peu, si ? Alors, tant qu’à en repasser une couche... Et puis, l’Autre s’en est mêlé.
L’Autre, c’est celle que j’héberge en moi, celle qui me tient compagnie et avec qui je parle régulièrement. Non, n’allez pas croire que je sois schizo. Je n’entends pas de voix, c’est juste une façon d’y voir clair.
L’autre, c’est ma moitié, vous savez bien, cette part de soi-même qui se cache au fond de nos méandres intérieurs, la Vraie probablement. On fait assez bon ménage, je peux le dire et elle a sur moi une très bonne influence. C’est elle qui m’a poussée à modifier mon titre.

L’idée des conseils, c’est elle aussi. Il faut dire que depuis quelque temps, elle se fait beaucoup de souci pour moi. Elle n’a pas tort. Depuis des mois, j’ai du mal à m’extraire du lit, envie de rien, trop de gris, trop de malheurs...
L’Autre, tout à coup, a vu se profiler l’ombre de la déprime ! Alors, elle m’a dit : « Vas-y, aligne tes plaintes, qu’on voit un peu l’étendue des dégâts. »

J’ai commencé, ce n’était pas difficile : « Je n’ai goût à rien pas de projet pas envie de me lever mal à la tête peur Bertrand ne m’a pas appelée rien à la télé dans l’actu de quoi pleurer personne à voir... »
« STOP ! » a dit l’Autre ! On va déjà voir avec ça.
Voir quoi ? Ya rien à voir. J’ai cinquante-sept ans, je viens d’être mise au chômage (la boîte où j’avais travaillé plus de trente-cinq ans a délocalisé... résultat, je ne suis ni reclassable, ni prioritaire). Et je devrais prendre ça bien ?

Incroyable ! Quand je pense que tu n’arrêtais pas de dire : « Vivement la retraite ! À moi la belle vie »...

Oui je l’ai dit et alors ? Ces souhaits-là, c’est juste une soupape. Pour éviter de craquer, pour absorber les journées qui débordent, les réunions qui n’en finissent pas... Tu sais, comme dans la fable de La Fontaine...

... ??

Mais si, celle du pauvre Bûcheron. Souviens-toi. C’est un pauvre homme plein de désespoir, il appelle la Mort ; elle vient ! Crois-tu qu’il se jette dans ses bras ? Non ; il lui dit : « Si je t’ai appelée, c’est pour que tu m’aides à recharger ce bois ! » Il n’a plus du tout envie de mourir.

Oui, et alors, le rapport ?

Le rapport ? Et bien, moi c’est pareil, la retraite je l’appelais parce que je croyais qu’elle ne viendrait jamais. Et maintenant qu’elle est là, je n’ai plus envie de rien.

Ah ! Alors je vais te donner un conseil. Commence par changer ton décor. C’est trop encombré tout ça. Un petit mausolée. Allège ! Fais le vide. Comment veux-tu trouver un élan dans cet environnement saturé de souvenirs... C’est de la poussière de vie. Ton fils, il a trente-sept ans. Prends une jolie boîte (oui plutôt cinq grandes caisses ou six...) et enferme tout dedans, les premières chaussures, premières boucles et autres niaiseries... Tu montreras ça plus tard à tes petits enfants... ça leur donnera l’occasion de farfouiller dans ton grenier, les gosses adorent ça. Si tu veux du neuf, jette le vieux !

Peut-être, mais je ne me sens aucune énergie...

Pour ça, le remède est facile et ne se négocie pas. Prends ce deuxième conseil comme une obligation. Allez, y a le feu. Saute sur ton vélo et appuie sur les pédales. Tous les jours. Ou fonce sur les chemins avec tes bâtons de marche. Tu verras. Ton cerveau manque d’oxygène. Force du plus que tu peux, tu feras remonter l’énergie.

Bof ! Je suis trop déprimée pour sortir...

Triste excuse ! Ta déprime, elle fondra dès que tu te bougeras. Tu déprimes parce que tu en as les moyens. Tu crois que ceux qui luttent pour leur survie dans tant d’endroits du monde, s’adonnent à cette belle maladie des nantis ? Alors, hop ! Tu te lèves dès que tu as la tentation de pleurer sur toi ! Tu ranges, tu tries, tu brosses, tu astiques, tu ne te poses pas...

Et à quoi ça me servira ? Je n’ai aucun projet.

Explique- moi un peu : ton idée de projets, ça serait quoi ?

Comment te dire ? Par exemple, planter un arbre, à quoi bon, je ne le verrais même pas grandir !

Cet arbre, tu verras ses premiers bourgeons, ses premières fleurs, ses premiers fruits... C’est beau, non ? Ça peut suffire pour redonner l’élan.

Oui, c’est tentant... Mais, quand même, à mon âge...

Ah ! Tu m’en diras tant : la voilà donc, la vraie raison...

Pas du tout. C’est plus le temps que l’âge. Le temps qui me glisse entre les doigts, qui me pousse des deux mains dans le dos. Comment reprendre goût à la vie quand elle fait sa peau de chagrin ?

Qui sait le temps qui lui reste ? Mais je crois que je peux te donner un autre conseil. Très simple. Découpe le temps pour le prendre de vitesse, morcelle-le pour pouvoir le savourer. Tu te vois avec combien d’années devant toi ? Vingt ? Vingt-cinq peut-être. C’est énorme, non ? Tu vas découper dans ce gros gâteau, une tranche de temps... disons, d’une année. Comme une belle parenthèse, un vaste espace protégé. Plus rien qui te pousse, ni ne te presse.
Prends ton agenda et note : « Lundi, premier juin, premier jour du temps d’envol que je me donne... » Tu verras comme tu te sentiras bien. Finie la sensation d’être précipitée d’un jour à l’autre. Une île offerte avant de revenir dans le courant... Autre chose ? Tu te sens prête à reprendre ta vie en main ?

Prête !

Je me lève à l’aube, je fais ma première balade ; en rentrant, je prépare un carton pour le grenier. Il faut que je sois légère pour le premier juin. Parce que ce jour-là, je recommence... Avec un vrai but. Retomber en amour ! Parce que l’amour, ce n’est pas un projet de vie, c’est juste la vie.

Comment ça, midinette ? C’est ce que vous avez dit, non ? Ou alors vous l’avez pensé très fort. Bon, je crois que je vais devoir partager avec vous, mon dernier conseil :
« Garde ouverte en toi la fenêtre de tes dix-sept ans. »
Essayez et tenez-moi au courant...

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