Pourquoi j'écris ...

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J’aurais aimé vous raconter une belle histoire, vous dire que d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit, que j’ai dû naître une plume entre les mains, que les mots et moi avons toujours été liés, comme des amis fidèles... mais non, je me dois d’être sincère, et la réalité n’a rien à voir avec ce joli conte.
Bien au contraire.
Petite, j’étais fâchée avec la langue française. J’ai le souvenir des devoirs faits le soir sur la table de la cuisine familiale. Ma maman préparait le dîner, un livre à portée de mains, et chaque soir, j’avais le droit à la fameuse dictée. Je haïssais cet exercice, qui me le rendait bien d’ailleurs ! Les règles de grammaire me rendaient folles, les mots invariables, les accords, les exceptions, je n’y trouvais aucun intérêt, si ce n’est celui de rendre ma maman hystérique ! Nos soirées étaient mouvementées, et la seule fautive à mes yeux était l’institutrice qui, j’imaginais, prenait un malin plaisir à gâcher nos dîners familiaux.
Mais je remercie ma maman, et mes professeurs, qui ont tenu bon face à ma désinvolture et mon désintérêt total. Et année après année, j’ai appris à leur côté, jusqu’à obtenir un bac littéraire. Comme quoi, rien n’est jamais perdu.
Mais ce n’est même pas là que le goût de l’écriture est né. Celui de la lecture, certes, mais l’écriture est venue plus tard.
C’est à une période un peu triste de ma vie, que l’écriture s’est imposée. Je sombrais, et ne trouvais d’échappatoire que dans la lecture. J’étais devenue boulimique : à peine avais-je fini un roman, qu’un autre m’attendait. Pendant que je lisais j’oubliais mes soucis. Puis, à force de lire les histoires des autres, à force de me plonger dans d’autres vies, j’ai eu envie de prendre à mon tour la plume. J’ai commencé par écrire ce que je ressentais, ce que je vivais, ou ce que j’avais traversé de pénible. Je parlais de moi. Je mettais des mots sur mes souffrances. Plus je noircissais des pages moins mon esprit était perturbé. Et, de fil en aiguille, l’écriture a pris une importance capitale. J’aimais ces moments où je me laissais aller, où je lâchais prise. Certains font du sport, court, court, à perdre haleine, puis d’étape en étape, prépare un semi-marathon, avant d’attaquer un marathon. Et bien j’ai un peu fait la même chose. J’ai écrit, un peu, beaucoup, tous les jours, j’ai raconté ma vie, puis j’ai inventé des histoires. J’ai écrit quelques nouvelles, avant d’attaquer mon roman.
Aujourd’hui, alors que je suis maman, et que je me bats à mon tour avec mon fils lui aussi fâché avec l’orthographe (l’histoire se répèterait-elle ?!), j’aime ces moments où je m’enferme dans le bureau. Je laisse les enfants vaquer à leurs occupations, mon fils dessine, ma fille peint, lit et écrit (je vous le disais, je crois bien que l’histoire se répète...), mon mari part courir (chacun son exutoire), je me retrouve enfin seule, et je pianote sur mon clavier. J’y raconte des histoires, ou bien je résume une journée. Comme un peintre captiverait l’instant présent, couchant sur la toile ce bel après midi d’été face à la mer, ce coucher de soleil sur la montagne, ou bien ce déjeuner sur l’herbe... et bien moi je le raconte. Parfois je rajoute un peu de bleu dans le ciel s’il s’est assombrit. J’ai ce pouvoir d’embellir le moins beau. Je peux tout aussi bien parler de nos dernières vacances ou d’une journée de travail, tout est matière à l’écriture. Tout se raconte. Tout se détaille. Tout est possible derrière l’écran. Que l’histoire soit belle ou plus triste, les mots sont là pour exprimer les sentiments. Il m’aura fallu des années pour le comprendre, mais la langue française est riche et on n’est jamais à court de mots pour expliquer, détailler, pour dire ce qu’on veut, ce qu’on aime, ce qu’on ressent, ce qui fait mal ou fait du bien, ce qui blesse ou soigne, ce qui angoisse ou rassure. Je ne pourrais plus me passer de ces moments là, comme un jogger ne peut cesser de courir, et par chance, je n’ai besoin de trois fois rien pour assouvir ma passion : une page blanche, un crayon, et tout est possible.
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