Pour quelques plants de salade

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Retraitée, amoureuse des livres depuis toujours, j'ai toujours aimé écrire. Le format court ou très court me convient à merveille. J'aime la magie, les contes de fées et la science fiction. J'ai  [+]

Image de Eté 2016
Ce mois de juin était particulièrement chaud. C’est pourquoi le père Mathieu entreprit de bécher son jardin à la fraiche. Il voulait nettoyer un carré pour y repiquer ses salades. Ce coin du jardin était bien pierreux et plein de mauvaises herbes et il avait toujours repoussé le moment de s’en occuper.

Donc, à six heures et demie, après avoir pris un substantiel petit déjeuner, il se mit à retourner son carré pierreux avec vigueur. Il avait à peine commencé qu’il entendit un grand « schblong » ou quelque chose d’avoisinant.

— Sacré putain de bordel de merde, jura-t-il, qu’est ce que c’est qui fait un tel boucan ! Ça m’a pété la bêche. Nom de Dieu !
Sa voisine se mit à la fenêtre.
— Hé bé, ça va pas bien le père Mathieu. Vous seriez pas un peu marteau de faire un tel bruit à c’t’heure ! Vous m’avez réveillée !
— Oh ! la Paulette, je vous ai pas sonnée. Vous seriez bien avisée de me foutre la paix. J’ai déjà assez de soucis avec un caillou qui m’a niqué la bêche.
— C’était pas un caillou. Un caillou ça ne fait pas « schblong » comme ça !
— Et comment vous pouvez le savoir, vu que vous dormiez ?
— En tant qu’agricultrice, fille d’agriculteur, petite fille d’agriculteur, arrière petite fille d’agriculteur et depuis plein de générations, je sais reconnaître quand on pète une bêche sur un caillou ou sur autre chose, bon sang ! En puis, votre truc, il brille. Je descends voir.

Satanée gonzesse, elle va me briser les noix jusqu’à quand celle-là ? Pensa-t-il ?

La Paulette descendit. Elle avait passé une robe de chambre à carreaux roses et mauves et chaussé ses crocks orange fluo, ce qui ajoutait une touche à son élégance naturelle. Le père Mathieu la regarda bouche-bée.

— Hé, la paulette, j’ai déjà un épouvantail dans le jardin !
— Ah ! Ah ! c’est malin ! Vaudrait mieux y voir à déblayer autour du caillou brillant pour savoir c’que c’est.

Ainsi fut fait. Ils mirent à jour une sorte de bloc qui ressemblait à du verre fumé. Soudain, le bloc envoya un éclair, bref mais très lumineux. Peu de temps après, un engin vint atterrir dans le jardin. Deux petits hommes verts en sortirent. La Paulette poussa un cri. Ils l’immobilisèrent avec une espèce de baguette.

— Mais qui vous êtes, vous autres, à atterrir en plein dans mes salades à repiquer et à me solidifier la voisine. Remarquez, d’un sens, elle me casse moins les oreilles comme ça !
— Nous sommes des Martiens, voyons. Nous apparaissons toujours comme on nous imagine. Vous avez mis à jour un bloc de xhypéthéridium que nous avons perdu il y a déjà longtemps. Nous vous en remercions.
— Et mes salades ?
— Nous allons tout remettre en état, ne vous inquiétez pas !
— Et la Paulette ?
— Après notre départ, elle se réveillera.
— Vous pourrez me la laisser encore cinq minutes comme ça, que j’en profite un peu ? J’ai jamais tant ri.

Faut dire qu’un pigeon venait de se poser sur sa tête, et qu’avec sa bouche grande ouverte et ses yeux écarquillés, elle était vraiment comique.

— Si vous voulez. Nous voudrions vous récompenser. Que désirez-vous ?
— Bé dame, j’aimerais bien que mon carré de jardin soit bêché, que le temps soit favorable aux récoltes et que la maladie et la vermine ne s’attaquent pas à mes plantations.
— Vous êtes un homme modeste et sage. Ce sera comme vous l’avez voulu.

Les Martiens partirent en emmenant leur bloc de xhypémachin. Le carré à bécher devint nickel. Les salades à repiquer se relevèrent et la Paulette se réveilla. Mathieu avait quand même eu le temps de la prendre en photo. C’est pas tous les jours qu’on rigole comme ça.

— Les ma... ma..., les ma... ma... où sont-ils ?
— Vous seriez pas un peu tombée sur la tête ? Qu’est ce que vous racontez encore comme ânerie ?
— J’ai bien vu. Une soucoupe. Des martiens. Et votre gros caillou il est où ?
— Ma pauvre Paulette, vous feriez bien d’aller vous recoucher avant que le soleil ne vous retape sur la calebasse.
— Mais, mais, mais...
— Vl’à qu’elle fait la chèvre maintenant. Allez oust, du balai, rentrez chez vous et fichez moi la paix.
— Puisque c’est comme ça, je ne vous parle plus.
— Si ça pouvait être vrai !

Elle rentra chez elle.

— Cette histoire a quand même du bon, pensa-t-il. Elle va me foutre la paix au moins pendant deux heures. Sacrés martiens, va !

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