Pour le meilleur

il y a
4 min
82
lectures
19
Qualifié

Autodidacte et pas très grand-lecteur, je suis plutôt dans le jeu de mots, la répartie et l'improvisation en société... Mais certaines choses sortent à l'écrit et restent trop intimes. Alors  [+]

Image de 2017
Image de Très très court
L'impact des gouttes sur le métal rouillé du tonneau dans lequel ting je croupissais résonnait dans ma tête comme le tic-tac d'une horloge ting qui décomptait les derniers instants qui me séparaient ting de la mort. Je ne pouvais qu'à peine bouger, recroquevillé là, les fesses ting dans la flotte, la tête entre les genoux. Si seulement ça suffisait pour ting ne plus entendre ma lente et inexorable fin arriver.
Chaque goutte qui tombait sur le couvercle me rendait fou. Chaque goutte ting ting ting mais putain ! Si j'avais pu bouger ma tête et l'éclater pour en finir ! Oui, m'assommer juste un moment, ne pas entendre ne serait-ce qu'un ting ou deux. Mais je ne pouvais même pas vraiment boucher mes oreilles et le couvercle métallique jouait comme un tympan au dessus de ma tête, m'assourdissant de plus belle à chaque fois que l'eau tombait dessus.
Chaque petite goutte d'eau croupie, d'eau saumâtre, de pisse, de jus de tête de poisson pourri, chaque goutte de ce qu'ils pouvaient inventer comme si de l'eau simple ne suffirait pas à me noyer, chaque goutte qui résonnait et amplifiait ma folie ruisselant dans les craquelures rouillées, remplissant un peu plus le tonneau dans lequel ils m'avaient installé.
J'avais perdu la notion du temps depuis un bon moment déjà. J'aurais voulu dormir, mais chaque goutte ting me rappelait à l'ordre. Parfois les impacts s'espaçaient, comme pour me ting laisser réfléchir à ma condition. Réfléchir à quoi ? Je ne savais pas pourquoi je m'étais réveillé là, attaché, enfoncé de force au fond de ce mouroir improvisé. J'étais dans le noir, il faisait froid et ce n'était pas seulement l'eau qui imbibait mes fringues. Le seul autre bruit que j'entendais au loin était celui des crissements de trains de marchandises et le son que faisait chaque goutte résonnait comme dans un hangar. Mais bordel, ya quelqu'un ?! Je n'arrivais presque plus à crier, j'avais faim, j'avais soif, je ressentais la moindre articulation de mon corps souffrir de ne pouvoir bouger. J'aurais donné cher pour allonger mes jambes seulement deux minutes. L'odeur nauséabonde du liquide qui montait inexorablement vers ma bouche, mon nez, vers ma mort assurée, faisait écho avec le goût de fer rouillé sur ma langue. Je n'arrivais plus à distinguer mes sens, l'âpreté du sang coulant de mon front jusque sur ma langue se confondait avec les odeurs de mon bourreau liquide, de ma geôle rouillée et des vapeurs d'essence, de terre, de poussière entourant la misérable mise en scène de mon exécution. J'étais presque content d'avoir faim, ayant fini par me pisser dessus, je redoutais le moment où je ne pourrais plus éviter d'ajouter moi même le pire des ingrédients à la saumure qui marinait maintenant jusqu'à mes épaules. Je me retenais de vomir et ce sang qui coulait, à moitié dans mes yeux, à moitié dans mon oreille ; On avait dû m'assommer par surprise. Je ne me souvenais de rien et je me demandais si je n'allais pas me vider de mon sang avant de me noyer.
Pourquoi étais-je là ? Du plus profond de ma mémoire, je cherchais à qui j'avais pu faire du mal, de mon tout premier souvenir d'école, de ma première bagarre de cour de récré aux premières brimades, aux moqueries du collège. J'essayais de me remémorer chacun des visages que j'ai connus, chacune des personnes à qui j'aurais pu faire du tort au point de m'enfermer là et me torturer pour se venger... se venger... mais de quoi, bordel !? Si au moins je pouvais savoir ! Savoir quel monstre j'avais pu être et pour qui... pour qui... pour quoi ?! Mes larmes se mêlant au sang salaient ma bouche, piquaient le fond de ma gorge et remplissaient toujours un peu plus ma prison.
Les grincements d'un train qui passait non loin, faisant trembler le sol dans un chaos sourd seulement coupé par les ting agressant mes oreilles, m'empêchèrent de distinguer le bruit des pas qui se rapprochaient de moi... Je vis littéralement devant mes yeux hallucinés de fatigue et de désespoir se fissurer mes tympans. Quelqu'un avait tapé de toutes ses forces à plusieurs reprises avec ce qui aurait pût être un bâton, un manche de pioche ou un autre morceau de bois sur le flan du bidon, juste à côté de ma tête. Je hurlai comme jamais, me demandant si le sang n'allait pas jaillir de mes oreilles, implorant qu'on me sorte de là tout en insultant mon bourreau. Puis plus rien... Plus le moindre bruit, pas même un souffle, une parole, pas un bruissement de vêtement ou le glissement d'un pied dans la poussière... RIEN. Le train était parti, les clapotis avaient cessé d'arroser mon menton et le calme plat revenu, je n'entendais plus rien alentour. Je tentai un dernier cri, un dernier appel pour me sortir de là, le débit de l'eau ayant accéléré et mes lèvres commençant à baigner dans la saloperie qui allait bientôt me noyer.
Soudain, je fermai la bouche et les yeux, soufflai par le nez, sentant tout mon corps tomber en arrière. On avait violemment poussé le tonneau, le faisant basculer et ma tête s'était retrouvée submergée. Voilà. C'était terminé. J'allais me noyer là, sans savoir pourquoi, sans explications ni excuses possibles, je cherchai la force de prendre une dernière grande bouffée dans mes poumons, une grande bouffée de merde... me noyer presque volontairement pour abréger la souffrance, la folie et en finir avec ce cauchemar. Je sentis le tonneau rouler doucement et pris alors conscience qu'il se vidait, un petit peu à chaque tour, assez pour sentir à chaque rotation un peu plus d'air sur mon visage. Je pus finalement reprendre mon souffle. Étourdi par ce manège, j'oscillai alors entre espoir de vivre et désespoir de n'avoir pas pu en finir et angoissai à l'idée que ce n'était qu'un début, qu'un amuse-gueule, et que la torture réelle allait tout juste commencer.
Le grincement strident du couvercle métallique qu'on ouvrit violemment n'était rien face à l'aveuglement du soleil qui brûla mes yeux. Le reste de flotte croupie s'échappa rapidement mais je restai dans le tonneau, tremblant de froid, de peur, désorienté et ne sachant à quoi m'attendre. J'ai bien dû croire en Dieu pendant une seconde pour m'aider à affronter le pire... puis mes yeux s'ouvrirent, guidés par le silence autour de moi et je vis à contre jour une personne que je ne reconnu pas tout de suite. L'ombre se baissa vers moi, lentement, pendant que j'écarquillai mes yeux pour distinguer mon agresseur, tout en me blottissant, tremblant au fond de mon ancien futur cercueil. Je reconnus son parfum avant même de pouvoir la voir. Puis sa voix, douce, tendre, calme : Maintenant que tu as vécu la pire chose que je puisse te faire vivre, veux-tu m'épouser ? J'éclatai alors en sanglots, ma gorge serrée, mes yeux aveuglés par les larmes. Je ne savais plus pourquoi je pleurais, de soulagement, de joie, du trop plein de peur, de désespoir. Marie s'agenouilla, me tira contre elle, hors du tonneau et m'embrassa tendrement. Je levai les yeux vers elle, incrédule. C'était bien elle, belle comme le jour de notre rencontre, forte et sereine comme je la connaissais : Alors ? Tu dis quoi ? J'éclatai de rire et lui demandai si ça ne pourra pas être pire. Elle me le promit et j'acceptai sa main pour le meilleur à venir.
19

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,