Post Mortem

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la vie n'est qu'une question de temps  [+]

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Image de 15-19 ans
Le temps passait doucement, les membres engourdis par la vieillesse éveillaient des souvenirs sombres, le passé. La première feuille d'automne, un pétale d'or écarlate se détacha délicatement de son progéniteur , le vent la balaya violemment, puis quelques mètres, vies, plus loin un frisson terreux accueillit la frêle feuille.

Une iris violette se dévoila brusquement, les petites mains de l'enfant ouvrirent brutalement la fenêtre, un sourire innocent au visage, l'été était là après des mois d'attente le soleil pouvait enfin s'épanouir. Malgré les temps durs que traversaient sa famille et le pays entier, l'enfance demeurait, bien que réduite par une prise de conscience trop rapide. La petite fille, une fois habillée descendit le perron et salua le chat errant d'un mouvement de tête. Après neuf cent douze jours la routine s'était installée, grinçante, amenant avec elle son lot de détresse.
Le chemin jusqu'à la mine se faisait par petit groupe d'une dizaine. Le silence s'imposait, lourd. Les mineurs les plus âgés entourait les plus jeunes avec des mains protectrices au cas où le gardien s’emballerait. La fillette observait scrupuleusement les paysages, chaque parcelle de terre se gravait dans sa mémoire de petite fille. La peur ne faisait plus partie de l 'exception mais était désormais la règle. Avec le temps Arya avait su la maîtriser, elle l'aurait presque tutoyée si celle-ci n'était pas si imprévisible. Elle se sentait bien, presque apaisée la haine ne rongeait pas ses membres. Peu importe, seul le présent méritait de l'attention, c'était ce qu'ils disaient tous. Le soleil était haut lorsqu'ils arrivèrent au sombre trou. Arya tourna la tête afin d’apercevoir une dernière fois le ciel de cette première journée d'été.

Ses mains musclées empoignèrent une pioche. Ce fut sans hésitation qu'elle se glissa dans la mine la première, la poussière et l'obscurité envahit son univers immédiatement. En tant qu'enfant d'âge moyen elle avait rôle d'ouvrir la voie aux plus petits de leur enseigner leur nouvelle vie, en conséquence Arya ne s'enfonçait pas aussi profond que la tranche de douze à dix-sept ans. Elle voyait les petits de six ans parvenant à peine à porter leur pelle. Ses poumons étaient déjà infectés, le poison se répandait doucement, elle ne souffrait pas de sa propre souffrance elle souffrait de voir tous ses proches à leur tour passer l'arme à gauche, voir ses bambins babiller dans la poussière et suffoquer. La lune avait pris le relais, les lampes à pétrole s'allumèrent automatiquement.

Lorsque la nuit fut enfin bien entamée, tous, à la queue leu leu, se faufilèrent hors de ce trou à rat. Alors Arya entama le chemin retour en compagnie d'un camarade de la section supérieure. Elle aurait préféré être seule et profiter de ses derniers moments de solitude, de savourer les paysages une dernière fois, laisser la lune s'emparer de son âme, la laisser la purifier. Mais il se tenait là, à ses côtés, silencieux, mystérieux et presque austère.

Le seizième jour après le solstice d'été, le soleil réchauffait maladivement la mine. Malgré l'aube, des perles de sueurs s’enchaînaient sur son visage crasseux. Edwin, toujours aussi secret, l'avait escorté jusqu'à la mine comme les seize jours qui avaient précédé. Les galeries se montraient de plus en plus sombres et l'uranium de plus en plus rare. Le suicide collectif se multipliait. Le regard perçant et noir ne cessait de la fixer. Sa nouvelle affectation de l'enchantait pas, Arya se trouvait désormais dans les galeries d'exploration, en dessous de toutes les galeries principales, le foyer de légende urbaine effrayante, on y envoyait généralement la dernière section ou bien des individus qui avaient subi une mutation du génome. Elle qui avait dix ans à peine n'avait rien à faire à ce niveau, l'iris tranchante ou l'obsession pervers d'Edwin lui insufflait le contraire. Il lui fit un signe de la main, indiqua un passage barricadé discrètement, passé inaperçu. Arya s'en approcha mais une secousse l'empêcha de toucher les planches de bois clouées à la va-vite. Elle tendit alors sa main, son index effleura la surface d'une des planches mais alors le sol se mit à trembler sans retenue, la terre au dessus d'eux s'effrita rapidement et tomba étouffant ainsi les dernières particules d'oxygène. Doucement Arya cessa de respirer le regard rivé sur l'ascenseur contenant le sourire imperceptible d'Edwin.
Un temps ensoleillé parsemait cette journée, pourtant, alors que la gaîeté devait combler l’atmosphère, une tension presque palpable nuisait. Edwin toujours présent, tel un guetteur, l'attendait sur le perron, droit, le regard acéré. La chaleur insoutenable broyait ses entrailles, l'espace réduisait sous toute cette terre. L'ascenseur lui-même peinait à descendre jusqu'au bas-fond de l'univers. Plusieurs fois il sursauta, plusieurs fois encore Arya s'appuya sur la main froide d'Edwin, plusieurs fois son regard la rendit bien plus mal à l'aise que la totalité des présences masculines de la pièce. Le soleil avait déjà traversé l'horizon lorsque la terre se mit à frissonner de peurs contre des forces supérieures. Il sut éviter les amas de terre se détachant du plafond et arriva à temps dans l'ascenseur un sourire sarcastique figé sur le visage, seul témoin des planches de bois qui ouvraient à nouveau leur bras..

L'astre solaire brûlait, la nuit avait été humide et désagréable, la journée serait lourde. Le chemin qui les amenait au point de rencontre se présenta comme une épreuve. Sa nuque bien que dépourvu de chevelure luisait. Ce fut avec des mains moites qu'elle monta dans la camionnette avec l'aide d'Edwin. Il était toujours là, toujours présent quand il le fallait, il était dans le temps de l'univers, en accord parfait avec les forces supérieures. Les iris écarlates de la jeune fille ne purent observer le désert chaud qui s'étendait au loin. Sous la chaleur, la fatigue était plus pesante, la pioche plus lourde, la mort plus proche. Les heures s'enchaînaient mais ils ne trouvaient rien, aucun nouveau passage, aucun nouvelle source d'argent pour les despotes. La terre avait chaud, la terre avait mal, à chaque coup elle menaçait de s'effondrer, trop fatiguer pour résister elle laissa ses petits humains se faire piétiner. La grande faucheuse se tenait prête. L'heure était venue. Caché derrière de vulgaires clou pendant si longtemps, la joie de voir un visage enfantin rejoindre sa collection fut franche.

Une boucle intemporelle infinie. Paix inexistante en un monde si vague, pantin de la vie et vide à sa mort, Arya peinait. Victime de la guerre pendant la vie, victime de ses erreurs pendant la mort, l'enfer qui l’accueillait chaque jour résidait en chaque morceaux d'une journée et d'un regard. Mais bien que ses fautes restaient à expier encore fallait-il en trouver la cause. Elle ne pouvait expliquer l'inexpliqué d'une logique ancestrale, ni combattre son impuissance. Une boucle d'injustice à perpétuité.
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Eric diokel Ngom · il y a
Bravo .j'ai apprécié un talent précoce merci de consulterhttps://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/au-commencement-etait-lamour-2
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Brandon Ngniaouo · il y a
Un beau texte. Bravo, j'ai aimé. Vous-avez ma modeste voix.

Je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le prix des jeunes auteurs, et à me soutenir avec vos voix, si jamais il vous plaît.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chose-11
J'adorerais également lire vos commentaires avisés qui m'aideront à me parfaire.

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Tarek Bou Omar · il y a
Bonsoir Zélia, ma voix pour ce beau texte :).
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le Prix des jeunes écritures : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-soleil-s-eteint-sur-mon-destin-1?all-comments=1#fos_comment_comment_body_4242995. Bonne continuation :).

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Gaelle Ghanem · il y a
Bravo, j'adore votre style! Très beau texte, vous méritez plus, beaucoup plus! N'arrêtez jamais d'écrire, courage!
Je vous invite à découvrir mon oeuvre: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/noir-cest-noir-il-me-reste-lespoir

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Merve Tuncay · il y a
Super. Tu as toutes mes voix.
Je t'invites à également voter pour moi pour un autre prix
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-politique-noir-plus-fort-que-les-montagnes

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Céledonie St Nom · il y a
Je ne peux qu'attribuer qu'une seule voix....mais ça en mérite plusieurs. Bravo
On sent bien la chaleur suffocante et asphyxiante de la mine, l'environnement et la vie difficile de cette jeune fille.
On espère pour elle, un temps meilleur quelque part...où la douceur, la joie et la lumière et pourquoi pas l'amour, puissent percer...

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Zélia Barber · il y a
Merci beaucoup !! Ça me touche beaucoup !
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Josiane Barber · il y a
Waouhhh
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Zélia Barber · il y a
Je vais aller voir !
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Mayleen Clivaz · il y a
Super texte toutes mes voix ! Continue à écrire !
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Zélia Barber · il y a
Merci beaucoup !