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Arnaud Dupin

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J’attends je ne sais pas quoi. Je ne sais plus. Je suis un peu perdu dans le flou du matin, l’esprit embrumé encore malgré les deux cafés. C’est peut-être dû à la prise de sang de tout à l’heure, ou à ce réveil prolongé...
On a fait l’amour encore une fois, comme il aime, au petit matin. Longuement, doucement. Ses hanches entre mes mains, comme si je devais m’accrocher à lui. Qu’il ne parte pas. Qu’il ne puisse plus se dégager...
J’aurai les résultats lundi. C’est long d’attendre. C’est toujours trop long. Il faudrait savoir tout de suite, ne pas avoir le temps de se poser des questions, d’imaginer des choses, de ruminer. Je sais déjà que je vais passer un mauvais week-end. Pas vraiment anxieux, mais avec la peur au ventre. A quoi ça sert vraiment de savoir ? D’allumer la lumière quand on sait se diriger dans le noir ?
Après, on est allés prendre un café en terrasse. Les yeux dans les yeux. Je me sentais déjà un peu faible. Pas très bavard. Mais intensément perdu dans son regard, dans ce sourire confiant qu’il posait sur moi de temps en temps. Ses doigts bougeaient à peine sous ma paume. Comme tout à l’heure tout son corps. Un lent mouvement de reptation immobile que je maîtrisais de mes deux mains crochées à sa taille. Moi seul avançais.
Je ne pouvais plus reculer. Il fallait vraiment que je sache, cette fois. Pour lui. Pour nous ? Moi, j’avais dépassé le stade de la peur. Je vivais avec. J’avais enfoui l’idée dans un coin de mon crâne. Avec quelques pelletées d’insouciance par dessus. Et je continuais de marcher dans le noir. Les bras tendus en avant. Quelquefois les mains moites.
J’avais encore ce week-end à vivre avec lui. Après, ce serait une autre vie. Un autre mode de vie. Peut-être sans lui. Sans plus personne, d’ailleurs. J’essayais bien de croire en une bonne étoile, les jours où j’étais heureux. Pendant quelques heures où je ne sentais plus la fatigue m’assommer...
Et lui qui continuait de bavarder de mille petits riens. Qui me racontait encore ses projets, détaillait ce qu’on pourrait faire ensemble, ressassant ses rêves. Mais je n’étais plus là. Je ne le suivais déjà plus. Je traînais en route, le pas lourd désormais, épuisé par avance de tout ce long chemin qu’il me montrait. Je savais que je ne le suivrais pas plus loin que ce week-end. Que même s’il me donnait la main, même s’il se mettait à tirer sur les rênes, je resterai planté là. Au bout de ces rêves, de ces envies de bonheur.
Je n’avais pas voulu qu’il m’accompagne. Une sorte de pudeur qui m’était venue au dernier moment. Il m’avait attendu dehors, à la terrasse, pour m’offrir son sourire. C’est sans doute ce souvenir que je conserverai lundi et tous les autres jours. Ce sourire confiant et chaleureux que viendra brouiller la sentence...

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Ch. Deguerrelasse · il y a
Deux mois plus tard... toujours la même émotion. Et le même abus de café !
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Arnaud Dupin · il y a
Merci encore pour cette appréciation.
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Arnaud Dupin · il y a
Merci pour vos appréciations
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Marcal · il y a
J'aime beaucoup. Douceur, pudeur, tout est en demi teinte, mais en dit long ... L'angoisse avant le verdict. Très émouvant. Bravo.
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Dolotarasse · il y a
On devine une sentence pernicieuse. Partir pour protéger l'autre peut-être.
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Yasmina Sénane · il y a
Très émouvant et écrit avec beaucoup de pudeur !
Apprécierez-vous "Entre les persiennes" en finale du prix Saint-Valentin ?

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