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PolyV

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Le réveillon de noël se passait tous les ans chez nos parents. Cela leur donnait une excellente raison d’habiter dans une maison trop grande pour eux. Comme tous les ans, à l’approche de l’heure fatidique, mes neveux et nièces, âgés de 4 à 8 ans, trépignaient dans l’attente de découvrir leurs cadeaux. Je cherchai alors une idée pour faire passer le temps qui ne consiste pas à une succession de chants qui se transformaient, souvent, en improvisation à durée indéterminée. Fort désireux de contenir les piailleries des enfants, je me lançai à la volée :

— Écoutez plutôt cette devinette les enfants. Une mère dispose dans sa corbeille de fruits de 3 pommes et de 4 pêches en guise de dessert...

— Pouah, des fruits. C’est pas plutôt des crèmes brûlées ou des pâtisseries comme maman nous fait, coupa le jeune Mathis.

— Non, mon enfant. Elle dispose uniquement de 3 pommes et de 4 pêches pour ses 4 enfants. Elle leur demande de faire leur choix et comble de malchance, aujourd’hui, ils désirent chacun manger une pomme qu’ils refusaient la vieille.

— Ça c’est bien les gosses, m’interrompit mon beau-frère Baptiste en se resservant du vin, toujours à vouloir ce qu’ils ne peuvent avoir. C’est comme la fois où...

— Je disais donc, repris-je, sans souligner l’impolitesse de l’époux de ma tendre sœur, que les 4 enfants désirent chacun l’une des trois pommes et aucun une des 4 pêches. La question est la suivante, écoutez bien. Comment fait la mère pour les contenter ?

Alors que j’attendais une réponse des enfants, ce fut mon père qui répondit trahissant ainsi sa présence que tout le monde s’était accordé à ignorer depuis l’apéritif.

— C’est simple, mon fils, elle leur donne à chacun une pêche et garde les pommes pour elle.

— Mais alors, poursuivit la plus âgée de mes nièces, ils ne sont pas satisfaits du tout, Papy.

— On n’y peut rien, fillette. La vie est dure et il faut parfois savoir manger des pêches flétries quand bien même on rêverait de croquer une pomme à pleines dents. Voilà toute la leçon de cette histoire dévoilée.

— Papa, s’il te plaît. Laisse les enfants trouver au lieu de raconter des idioties.

— D’abord c’est le plus jeune qui choisit et l’aîné prend une pêche, proposa Timo.

— Ah non, répondit Renée révoltée que l’aînée ait à subir un préjudice.

— Moi aussi je veux une pomme, hurla le petit Hugo, devant lequel on venait de poser la splendide bûche de noël que maman préparait invariablement décorée des « nains de famille » qu’elle prétendait tenir d’une aïeule oubliée

Et bientôt la discussion s’envenima et les enfants, probablement fatigués par la tension causée par l’approche des cadeaux commençaient à vouloir soit rétablir le droit d’aînesse soit réinventer « l’histoire débile d’oncle Tom »pour qu’il y ait cette fois 4 pommes et 3 pêches. Je me fis sermonner par mon épouse qui me reprocha d’avoir gâcher une si agréable soirée alors qu’elle passait, pour une fois, un bon moment avec sa belle-famille.

J’entrepris de faire le silence en secouant les clochettes que je gardais sur moi pour surprendre les enfants. Revenus au calme, Renée demanda la réponse avant d’aller voir si les clochettes avaient bien retentis pour annoncer le passage du vieux bonhomme rouge.
— Il s’agit de faire de la compote. Comme à chaque chute d’une blague qui dure trop longtemps, on se moqua de moi et me reprocha même d’avoir entretenu cette ambiance déplaisante. De plus, j’avais agité les clochettes bien trop tôt et il était possible que le grand oncle n’eut pas encore pris le temps de déposer ses cadeaux. C’est alors que ma mère se révolta.
— Tom, tu sais bien que pour faire une compote il faut du sucre. Tu n’as pas précisé qu’il y avait du sucre. Comment veux-tu qu’on puisse trouver alors que tu ne donnes pas tous les ingrédients.

— Mais non maman, coupa ma sœur cadette. Vous vous êtes tous jeter sur les pêches comme si elles pouvaient apporter la solution alors que le problème concernait des pommes. Je le répète sans cesse à mes élèves, le trop d’hypothèses dénature le théorème.

— Écoutez la scientifique qui ramène cela à un exercice. Mademoiselle Pombay, combien font...

— Pourtant c’est bien de ça dont il s’agit. Passer d’un milieu discontinu à un milieu continu.
L’ensemble des pommes est à cardinal... Et la discussion reprit son cours laissant les enfants libres d’aller contempler les cadeaux au pied du sapin pendant que les adultes s’arrachaient les cheveux pour une question de temps de cuisson et de dénombrements.

Pourtant, la petite Déborah vint me voir pour me demander timidement si finalement, ça n’aurait pas été plus simple pour la maman de couper chacune des pommes en quatre et que chacun des enfants en ait trois quartiers.
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Brocéliande · il y a
Oh c'est une belle histoire ...
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Volsi · il y a
Oui j'aime bien cette histoire je crois. Je suis d'accord avec Déborah, c'était aussi ma solution :)
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