« Pomme de Reinette ou pomme d’api ; tapis, tapis rouge ; pomme de Reinette ou pomme d’api ; tapis, tapis gris »
... me venait en tête quand je pensais aux pommes,...
Cette chanson de mon enfance murmurée par maman... ou ma grand-mère en me bordant,... ou était-ce moi, après- tout, qui la chantonnait à ma fille, petite poupée aux couettes blondes ; peu importe. Héritage légitime, délicat, en témoigne, de plaisirs enfantins qui se léguait irrémédiablement et nostalgiquement au fil des ans.
Cette pomme – du latin pomum, a traversé les âges, du Néolithique, en passant par les Romains, les Grecs,...elle sortait ses plus beaux atours. Elle a joué son rôle dans la mythologie, Triton notamment, plantant les pépins d’une pomme dans un verger normand pour le plus grand bonheur de Thétis, déesse marine.
Issue d’un arbre fruitier appelé pommier, choisi méticuleusement par un pépiniériste dont l’expertise laisse toutes ses chances au fruit poussant dans des arbres aux multiples variétés, pour une protection renforcée contre les attaques diverses de pucerons et autres nuisibles – elle va nous laisser d’étonnantes possibilités.
Il lui faudra attendre, cependant, patiemment ; grandir, se faire coquette, bien ronde et charnue, et se faire bichonner par des mains habiles avant de recevoir son accueil final au froid des caves pour une conservation optimale, et de se retrouver dans l’assiette des gourmets les plus fins, ou au palais de bouches délicates, sportives et soucieuses de leur pauvre apport en calories ou pour les plus téméraires, dans un verre, pétillant de plaisir pour ce qu’elle offre de plaisant et d’enivrant.
La pluie tambourinera un jour sur son dos, courbé de tant de malheurs non souhaités, les insectes s’y attaqueront, laissant quelques marques indélébiles, quelques trous impropres, qui la verront reléguée au titre d’«invendable » éternellement, un rebut en somme..., pauvre carrière déchue, alors que son seul souhait était après tout, de plaire. Heureusement que le soleil est là pour prendre soin d’elle et l’embellir de parures brillantes et douces.
Parfois, ses feuilles se feront attaquer aussi, elle qui s’y sentait en sécurité, elle qui est si pacifiste et bienveillante. Des traitements austères lui seront administrés pour éviter tout rejet inutile.
Elle est bien méritante, cette petite pomme, il n’est pas facile de faire sa place dans une telle profusion de fruits, dans les étals variés des maraîchers, elle doit se battre contre plus fort, plus moderne, plus exotique ; elle a plein d’atouts en elle pourtant, elle se change en pommade, aromatisée à la pomme d’api, elle fait même l’objet de dictons –une pomme par jour, éloigne le médecin pour toujours – de comptines enfantines diverses, elle respire l’amour dans tous ses pores.
Elle sait se faire douce un soir, acidulée pour étonner, croquante ou fondante ; tonique et parfumée, équilibrée ou juste rustique ; gourmande en tous les cas... et elle en oublierait elle-même ses atouts tant il y en a. Elle se pare de toutes les couleurs, pour le plaisir des yeux ; on lui prête aussi tous les désirs, toutes les convoitises. Les grands Chefs étoilés se l’arrachent souvent pour leurs plats les plus raffinés, les taillent crues en julienne, les bouleversent de plaisir en chiffonnade, les parent de marinade, les dorent au four, les partagent en tartare, les subliment dans des desserts parfois simplissimes qui se suffisent à eux-mêmes ou dans d’autres qui torturent les esprits par leur complexité gustative.
Elle fut, même un jour, renversée par mégarde sur une tarte tatin au caramel coulant, qui rendit gourmands les plus sages des gastronomes en culotte courte. Elle rougirait bien de tant de qualités mais elle est faite ainsi, elle reste humble, rien ne sert de se voiler la face, si on la découvre, on la garde.
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