Poisson à ultrason

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Jeune fille de 18 ans, autrice en herbe aimant se laisser charmer par les mots  [+]

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— C'est une blague ?
Ma mère fait claquer sa langue.
— Déjà, je dois arriver en milieu d'année dans un nouveau lycée, et tu veux que j'arrive le 1er avril ?
Comme elle ne me répond pas, je prends mes écouteurs et branche la musique.

Nous arrivons en vue de la maison de mes grands-parents. Nous devons y habiter quelques temps.
Je décide de sortir car il fait très beau. Les maisons dans cette rue sont vraiment magnifiques.
Je vois tout à coup une résidence qui éclipse les autres. Je lis l'inscription « 1850 » dessus.
Je marque un temps d'arrêt, bouche bée. Je commence à étudier la façade, lorsque je me rends compte que je suis observée.
A une des fenêtres se tient une fille. Le style de fille parfaitement belle.

Surprise, je tressaille pendant qu'elle me jauge du regard. Je lui fais un petit sourire, auquel elle répond par un regard dédaigneux, se détournant de la vitre.
Je soupire et m'apprête à tourner les talons lorsque la porte s'ouvre, laissant découvrir la fille.

— Eh !
— Oui ?
— Qu'est
— Qu'est ce tu veux ?
— Rien. Je regardais juste ta maison.
— Elle est à moi, donc ça te sert à rien de la regarder.
— Hum.
— Casse-toi.

Avec un regard dégoûté, elle rentre chez elle. Ça commence bien !

Lorsque j'arrive devant le lycée le lundi, une énorme boule se forme dans mon ventre. Je sors de la voiture et marche rapidement en direction d'un endroit non occupé. J'y arrive en poussant un soupir de soulagement.
J'entends des gloussements à ma gauche. Je me retourne et vois la fille parfaite, avec sa petite cour.
La sonnerie retentit. Je commence avec un cours de français de deux heures.

Je repère une table vide au fond et file m'y installer. Les murmures sont persistants et tout le monde me regarde. Certains sont complètement tournés vers moi, me regardent fixement ou rient bien fort.

Est-il utile de mentionner que la fille parfaite est dans ma classe ? Ce ne serait pas drôle sinon.
Enfin, je sors de la salle. En sortant, des nouveaux rires fusent sur mon passage et je fronce les sourcils. Qu'est-ce qui est drôle ?

Un petit passage dans le calme des toilettes s'impose. J'y entre et miracle, c'est vide. Je pose mon sac en soupirant tandis qu'une fille entre. Elle a mon âge, est très bronzée, avec des yeux d'un marron noisette fantastique et des cheveux châtain clair. Elle me fait un grand sourire.

— Salut ! C'est toi la nouvelle ?
— Oui.
— Nous sommes dans la même classe, je ne sais pas si tu as vu !
— J'avais un peu la tête ailleurs.
— Moi c'est Manon, et toi ?
— Moi c'est Maud.
— Enchantée !

Elle me fait un grand sourire que je lui retourne.

— J'espère que tu te plairas ici !
— Moi aussi. Même si on dirait que tout le monde se moque de moi.
— Attends, retourne-toi.

Je hausse les sourcils et fais ce qu'elle demande.

— C'est bien ce que je pensais !

Je sens qu'elle touche mon dos puis me dit que je peux me retourner. Elle me montre trois poissons d'avril.
Je hausse les épaules. Si ça les amuse.

— Merci. Est-ce que tu connais la fille blonde de notre classe ?
— C'est Ambre. Pourquoi ?
— Je l'ai vu en aménageant ; elle était méprisable.
— En dehors de sa petite cour, Ambre n'aime pas grand monde !
— Ça ne m'étonne pas !

La sonnerie retentit de nouveau et Manon et moi sortons, souriantes.

Lorsque nous arrivons en cours, le bruit résonne comme une cacophonie. Tout le monde est debout, crie et rit. Le son s'insinue dans mes tympans, j'ai l'impression que ma tête va exploser.

Je lâche d'un coup mes affaires et plaque mes mains sur mes oreilles en hurlant. Je vois tout au ralenti. Les élèves se taisent peu à peu et se tournent vers moi. Manon se penche et m'appelle. Le bruit est toujours présent, je n'entends plus rien, à part cette tonalité écrasante.

Et c'est le noir.

— Maud ? Tu m'entends ?
— Que s'est-il passé ?

J'ai la bouche pâteuse et les paupières encore lourdes.

— Tu t'es évanouie.

Je fronce les sourcils. Je me rappelle du bruit.

— Pourquoi as-tu crié ?
— Je ne sais pas. Le bruit m'a étouffée. J'ai senti une pression forte à l'intérieur de ma tête. J'entendais comme un cri lancinant, et ne savais pas ce qui se passait. J'ai cru que mon cerveau allait imploser !

Tout à coup, je me souviens du regard haineux d'Ambre.

— Ambre a quelque chose à voir là-dedans… Où est ma veste ?
— Ici.

Je la prends et découvre sur le col une petite puce.

— Je vois.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Une puce à ultrason. Tu la mets sur le collier de ton chien, et ça lui fait entendre des ultrasons qui le font rentrer.
— Génial…

Avec un soupir, je repose la puce à côté de moi
Je sors enfin. Ambre m'attend à la sortie et me lance :

— Oh, tu t'es évanouie ?
— J'ai eu un mal de chien à la tête, si tu vois ce que je veux dire.
— Ça ne m'étonne pas. On a le mal de ce qu'on est, pas vrai ?
— Tu dois avoir un mal de garce alors ?
— Reste polie co…
— Que se passe-t-il ? intervient le principal.
— Cette fille m'insulte ! geint Ambre.
— Toutes les deux dans mon bureau !

Je lance un regard exaspéré à Manon et les suit.

— Je veux entendre les deux versions. Ambre, commence.

Avec un sourire satisfait, elle raconte n'importe quoi.

— Qu'as-tu à dire Maud ?
— Je me suis évanouie tout à l'heure. J'ai découvert la cause de ce malaise.

Je montre la puce que j'avais pris soin d'éteindre.

— Qu'est-ce ?
— Une puce. Elle sert à envoyer des ultrasons. Ambre l'a collée sur ma veste.
— Mais pas du tout ! dément Ambre.
— Je vois que tu mens. Pour avoir attaqué une camarade et menti, tu es renvoyée une semaine.

Ambre, scandalisée, se lève d'un coup et me crache :

— Tout ça c'est à cause de toi !

Et elle me gifle de toutes ses forces. Je la regarde et assène :

— Apprend à te comporter normalement maintenant.

Le lendemain, en arrivant au lycée, tout est calme, lorsque tout le monde se rue vers moi. Je pousse un petit cri. Que se passe-t-il ?

Ils crient mon nom et me poussent jusqu'à l'entrée où une pancarte m'attend :

« BIENVENUE MAUD ANTI-AMBRE ! »

Je suis prise d'un fou rire et les autres aussi.

A partir de maintenant, je suis connue sous le nom de Maud Anti-Ambre, et ça me convient tout à fait.





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