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Poil de vie

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N.Mantaux

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Maeva, brune aux longs cheveux, était toute ma vie. Parfois, un de ses cheveux s’accrochait à moi et gardais un peu d’elle. Alors, lorsqu’elle me prenait dans sa bouche elle s’empressait d’ôter ce cheveu récalcitrant. Elle avait souvent la main ferme et solide, le geste sûre. Parfois, pour m’éveiller à la besogne Maeva mettait de la musique. J’adorais le son latino qui faisait cadencer son bassin dans le reflet du miroir. Parfois pressée, elle s’emparait de moi sous la douche dans la moiteur de la buée, je me trempais allègrement avec délice.
Légèrement ourlée, dessinée à la plume sa lèvre supérieure était fine et s’étendait sur une lèvre inférieure plus floue mais plus charnue. Son sourire reposait sur une dentition ordonnée sous l’égide du dictat orthodontique, avec de belles incisives carrés, des canines pointues vestiges d’ancêtres carnassiers le tout dans une blancheur virginale. Sans cette hygiène rien n’aurait pu être possible entre nous ! Bien sûr, j’avais remarqué ses petites narines asymétriques, son nez retroussé, délicatement épaté, ses yeux en amandes avec cette légère cicatrice sur la paupière gauche que l’on n’apercevait que lorsque la distance entre les êtres devenaient intimes. Maeva se levait tôt, se couchait tard, me malmenait dans ce rythme. Parfois, je l’accompagnais dans quelques escapades champêtre ou marine. Mais je restais dans la chambre, l’extérieur n’était pas fait pour moi. J’attendais son retour parfois à des heures tardives le plus souvent avec un verre. Notre relation était régulière bien que désordonnée.
Je l’ai connue joyeuse, éplorée, cernée, endormie, pomponnée, avinée, chocolatée... J’aimais les soirées désœuvrées ou elle exhalait le whisky. Ma brune devenait maladroite, prenait plus de temps avec ses gestes mal assurées, me faisait effleurer plus longtemps ses lèvres. Je franchissais cet antre buccal avec plus de langueur, je me sentais buter contre son palais. Je m’enveloppais dans sa salive chaude et enivrée. Nos rapports brefs me convenaient.
Puis un jour je suis restée à attendre jusqu’au petit matin immobile. A son retour en me prenant, je reconnus ce goût de sexe dans sa bouche, je frôlais cette langue pâteuse et ses miasmes de liquide séminal. Je compris alors que je ne serai plus seule avec elle. Mais j’étais loin de la vérité. Maeva après ce que nous avions vécu me jeta simplement à la poubelle et sortit un duo de brosse à dents qu’elle mit dans ce qui fut lors de ma courte vie, mon verre.

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Élodie Guti · il y a
Je ne m'attendais pas à une telle chute ! La frénésie de l'écriture ne pouvait arracher mes yeux de mon écran ! +1 quoique tardif

Je vous invite à lire si vous avez du temps, une courte nouvelle que voici http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/pas-de-mariage-a-trois-dommage