Plus que jamais je suis une femme

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Bonjour à toutes et tous. Le désir d'écrire me traverse depuis très jeune, vers mes 20 ans. Cependant, je n'ai pas écouté mon besoin et désir d'écrire vraiment jusqu'à ce jour. Aujourd'hui  [+]

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Aujourd’hui, mon sein droit n’est plus là. Tous ces regards devant le miroir qui l’ont chéri tant de fois ! Il était là, il n’y est plus. Il était le siège de tant de caresses intimes. A présent, il n’est plus. Cependant, j’étais, je suis et je resterai toujours une femme. Oui, ce matin au réveil, je le suis encore davantage !

Pour comprendre mon histoire, ma douleur, puis mon lent retour à la vie, laissez-moi vous dire ce que représente un sein pour la femme que je suis ! Un sein, c’est comme une coupe renversée, de lui comme du ciel découle la vie. Il se donne et se reçoit. Symbole de féminité par excellence depuis l’aube des temps, symbole également de douceur, de sécurité, de sensualité, de maternité, de fécondité, le sein révèle mon « identité féminine ». Aussi exerce-t-il un fort pouvoir d'attirance, voire une fascination chez la majorité des hommes. Depuis des temps immémoriaux les seins ont fait parler d'eux. Même le plus chaste des saints ne reste pas insensible au charme d’une belle poitrine...

Les miens vu leur grandeur, comprenez leur petitesse, n'ont un pouvoir d’attraction que sur moi-même quand je les regarde, les sens ou les palpe. Cela me suffit car cela évite à bien des hommes de lorgner dessus. Moi, mes seins, juste en les caressant avec délicatesse et précision me donnent un orgasme. Un sein, c'est vraiment beau ! Surtout les miens, ils sont un peu plus petits que la moyenne mais quand une sensualité voluptueuse s'en empare, ils pointent rapidement, et quand mon homme me caresse, même juste un peu, alors ils deviennent roses-rouge.

Il y a le jour d’avant l’annonce de la maladie ! Ma vie d’avant ! Bébé puis enfant, mon premier rapport au sein fut celui de ma mère qui m’allaita des mois durant. Petite fille, je compris que cet attribut me manquait. Étonnée, j’attendis le jour de voir réparée cette injustice. Vint la puberté. Alors jeune adolescente, j’ai scruté pendant des mois leur première apparition avec un désir mélangé à une telle angoisse de n'en être pas pourvue. Mon identité de femme était en jeu. Et puis, très lentement, à leur rythme, leur apparition fit naître en moi une fierté de devenir enfin une femme comme les autres. Plus tard vint la grossesse. J’ai mis au monde un fils, je me suis sentie encore plus femme en devenant mère.

Comprenez-vous maintenant pourquoi je fais l’éloge du sein ? Pour mieux saisir ce qui se cache derrière ce cancer, ce qui se cache au-delà de cette atteinte physique, psychologique : une atteinte à tout mon être, à mon univers intime, personnel.

Il y a le jour de l’annonce de cette maladie, et les jours suivants. Le choc, le traumatisme, la révolte, l’insoumission, mon intimité menacée. Je n’accepte pas ! Non ! Cette annonce, à son début, m’a paru comme une fiction. Plusieurs mois après l’annonce, à l’unité d’oncologie, l’ablation de mon sein droit clôt le tout ! Ce n’est plus une fiction. Je suis humiliée, blessée, violée dans mon identité profonde, je veux cacher ma blessure aux regards des autres, à celui de mon mari en particulier et surtout à mon propre regard. Mais la cicatrice se voit - j'en ai l'impression - jusque sur mon visage. Je sors de la clinique, ravagée. L’ablation de mon sein droit réveille la mémoire de ma vie d’avant, c’est tout mon univers féminin qui s’écroule.

Qui suis-je à présent ? L’ombre de moi-même ? Non. Au début certainement, maintenant plus lumineuse. Je ne suis plus la femme que j’étais. Embellie, je suis bien davantage encore. Mon regard s’est transformé. Je m’aime plus qu’avant. Car si on naît femme, on apprend aussi à le devenir. Je ne me connaissais pas, à travers cette épreuve je me découvre enfin.

Nous sommes au mois d'octobre. Il fait froid c’est l’automne. Les feuilles tombent, les arbres se dénudent et moi aussi à leur image je me sens nue. Cette épreuve m’as mise à nu, sans défense. Je montre enfin mon vrai visage. Un ruban rose dans mes cheveux, une écharpe nouée autour du cou, je m’affirme tout de rose, je suis une femme en rose. Je me promène, je veux être seule. C’est bon cette solitude. Même si mes proches et moi avons partagé cette douleur ensemble, personne mieux que moi-même ne saura ce que j’ai vécu, ce que j’ai traversé !

Au fait, vous l’ai-je dit ? Je m’appelle Célestine, et si vous y regardez de plus près, vous verrez que jusque dans mon prénom, les quatre lettres du mot « sein » se trouvent cachées. Il était là mon sein, il n’est plus à présent que dans mon prénom. La maladie m’a appris l’humour, la légèreté.

On dit que le sein droit symboliserait le soleil et le gauche la lune ! Le mien n’étant plus, le soleil a décliné. Il s’est éclipsé lentement laissant place à la lune qui a illuminé la nuit obscure de mon épreuve. Aujourd’hui, le soleil se lève davantage. Amputée que je suis, je me sens doucement transfigurée ! Il me faudra du temps mais je suis en chemin. Aujourd’hui plus que jamais je suis une femme.
A celle que j’étais, que je suis et que malgré tout je resterai.
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