3
min

Plus que 8 jours

260 lectures

221

FINALISTE
Sélection Jury

Recommandé

Pourquoi on a aimé ?

Cette histoire nous replonge dans l’enfance, la découverte de l’amour... et l’évolution des histoires d’amitiés les plus fortes. Une ...

Lire la suite
26 août. Chaleur accablante.

Elle était partie pendant toutes les vacances d’été chez sa « cousine préférée », comme elle disait.

Je ne pensais pas qu’un jour je me languirai de retourner en classe mais cette année, sans ma meilleure amie pour rythmer mes journées, il faut bien l’avouer, je m’emmerdais profondément.

J’étais à l’étroit dans ma petite chambre sous les combles où la chaleur se plaisait à s’installer de tout son long comme un gros chat lascif. Je comprenais alors ce que s’ennuyer signifiait : j’en étais arrivé à compter le nombre de fleurs sur chaque rideau, plusieurs fois d’affilée. Pour être sûr ; à me regarder plus de 2 fois par jours sous les ongles pour voir s’il n’y avait pas un peu de noir à gratter.

J’avais appris à regarder ma chambre borgne d’un œil nouveau.
Allongé sur le carrelage en slip à la recherche d'un peu de fraicheur, je découvrais que les plinthes se décollaient par endroit. Que je pourrais en faire une super cachette pour des petits mots complices qu’on s’écrirait avec Alice bientôt.
Je m’ennuyais et en étais venu à beaucoup me regarder le nombril.
Au sens propre. J’essayais d’en comprendre les circonvolutions. A quoi servaient ces petits bourrelets internes et ce creux ridicule ?
Il me semblait que mon nombril était le plus moche de toute la création, il faudrait que je demande à Alice de voir le sien pour comparer. Le mien ressemblait en tout cas au nœud d’un ballon de baudruche.

Bref, je m’ennuyais à mourir.

Inspiré par un téléfilm que j’avais vu avec mes parents cette année, j’avais commencé à marquer d’un trait chaque jour d’absence d’Alice au stylo, sur un bout de tapisserie défraichie.
Parait que les types en prison font ça.

Ma prison à moi, c’est cette chambre et tout ce temps qui n’en finit pas de tirer sa flemme autour de moi comme une araignée géante.

Alice devait revenir le 3 septembre.
On n’était que le 26 août. 66 traits s’alignaient désormais sur ma tapisserie Scooby Doo.
J’avais un peu honte de cette tapisserie à mon âge (j’ai 11 ans au fait, je ne sais pas si je vous l’ai dit). Mais comme seule Alice était autorisée à rentrer dans ma chambre, cela importait peu.
Je connaissais bien d’autres secrets sur Alice guère plus reluisants.
Elle avait encore un « doudou ». Et on allait pourtant rentrer en 5ème ! Une sorte de bout de chiffon qui puait la mort et qu’elle se collait sur le nez quand on jouait à super Mario kart.

J’avais chaud. Je transpirais même dans les replis de mon ballon de baudruche. Ma journée avait été rythmée d’abord par la voix douce de ma mère qui voulait que je descende déjeuner. Puis par sa voix de sorcière parce qu’elle était énervée que je ne sois pas descendu les 3 premières fois qu’elle l’avait demandé.
Je lisais et relisais des livres dont vous êtes le héros. Des Lucky Luke. Et j’essayais de comprendre comment fonctionnait le télescope que j’avais eu à Noël. Sans succès.

Ma mère m’appela encore. Mais cette fois avec une voix neutre parce qu’entre temps j’avais daigné la rejoindre pour manger.

Elle m’indiquait qu’Alice avait sonné et m’attendait à la porte.
Alice ? quoi ? mais déjà ?
Je retournai voir mes traits. Il en manquait bien encore 8 avant nos retrouvailles.
Qu’était-il arrivé ? Pourquoi un retour précipité de ses vacances en Bretagne où elle me disait qu’elle adorait passer la journée à « disséquer des bigorneaux ? »

Je dévalai alors l’escalier. Comme si ma vie en dépendait. Mais en fait MA VIE en dépendait.

J’allai retrouver ma meilleure amie et enfin passer de chouette vacances. On se jetterait des carapaces dans Mario, on construirait des cabanes pour y prendre nos goûter, on engloutirait des litres de glaces à la vanille en cachette, à s’en faire péter le ventre...
Bref, la vie allait enfin reprendre un cours intéressant.

j'ouvris la porte.
Je vis quelqu’un.
Je reçu un choc. Comme un coup de poing dans les entrailles. Mais un qui fait des picotements intenses dans votre poitrine. Un qui vous met des étoiles filantes dans le cerveau.
Ce n’était pas vraiment Alice qui se tenait devant moi mais une sorte d’apparition.

C’était tout d’abord une paire de seins qui flottait devant moi. Pour être exact, des débuts de petites poires qui se dessinaient mi timides, mi effrontées sous son t-shirt.

Mais où avait-elle attrapé ça ?

Je crois que je restais un moment à observer ces deux proéminences naissantes. J’étais hypnotisé.

Elle avait un teint de pain d’épice sorti du four. Et moi une tronche de bidet.
Elle avait aussi pris un port de tête et des manières d’adulte : elle replaçait ses cheveux derrière son oreille exactement comme sa sœur le faisait. Avec une lenteur appliquée, pour que tout le monde profite de l’ovale de son visage. Ses lèvres remuaient.
Je mis une éternité à comprendre qu’elle me parlait.
Ma tête était comme enfermée dans un bocal de cotons.

J’entendis enfin, à travers toute cette ouate : « Eh ho tu m’entends Victor ou t’es devenu sourd comme un pot ? Je te disais que j’étais rentrée plus tôt et que si tu voulais on pouvait aller faire du vélo ? »

C’étaient les plus belles paroles du monde.
Et je n’avais jamais autant aimé l’idée de faire du vélo.
Le sommet de mes oreilles brûlait. Je n’arrivai pas à émettre le moindre son.
Mon cœur semblait avoir glissé de ma cage thoracique jusque dans mon ventre.
Toute mon attention, je l’avoue, était portée sur ces deux « poires » incongrues et fascinantes sous son t-shirt.

Je n’en revenais pas. C’était bien Mon Alice mais ce n’était plus elle.

Dites, vous croyez que c’est ça qu’on appelle l’amour ?

PRIX

Image de 6ème édition

Thèmes

Image de Très très court
221

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Chantal Sourire
Chantal Sourire · il y a
Bravo !
·
Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Bravo Marinette Brunette, pour le macaron de recommandation, bien mérité !
·
Image de Chateaubriante
Chateaubriante · il y a
les premiers émois, très bien décrits ; merci
·
Image de La  luciole
La luciole · il y a
très jolie histoire, bravo :) si le cœur vous en dit je vous invite à lire "libérer mes nuages" sur ma page ;)
·
Image de Zutalor!
Zutalor! · il y a
Oh, oh, ça me rappelle quelque chose... "Marinette"... Du "Quai n°7"...
:o)

·
Image de Dimaria Gbénou
Dimaria Gbénou · il y a
Je réitère mes voix Marinette. Je vous invite à découvrir " Achou l'amour empoisonné ".
·
Image de Caroline Rota
Caroline Rota · il y a
C’est joli, c’est frais... bonne chance pour cette finale !
·
Image de Marie Guzman
Marie Guzman · il y a
C’est très chouette Marinette Brunette le jury a bien fait !
·
Image de Gerard du Vingt-quatre
Gerard du Vingt-quatre · il y a
Belle lecture Marinette.
·
Image de Mod
Mod · il y a
Des mots justes décrivant les émois de l’adolescence
·