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"Ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière". Tel est mon leitmotiv. J'espère que vous prendrez plaisir à lire ce que j'ai pris tant de plaisir à écrire  [+]

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Brent avançait d'un pas lent et lourd dans la neige qui recouvrait le paysage. C’était un guide de montagne plutôt rustre. Du haut de ses 2m10 pour 120 kg, il marchait dans cette épaisse couche de neige sans grande difficulté et se dirigeait vers le bar « La Tanière » où l’attendait Joran, le propriétaire.
« Fait chier ! encore ces satanés touristes !» dit-il en furie une fois devant la porte d'entrée du bar bondé.

En effet, chaque année à la même période, une horde de touristes déferlait dans la région. Tous souhaitaient profiter des paysages montagneux mais, depuis peu, un étrange phénomène attirait encore plus les foules.
Cela faisait 2 mois que cette chose s’était manifestée autour de la montagne Ibounji, l’une des plus haute du massif du Chaillu. A son sommet, un épais nuage dessinait un cercle autour d’elle, qui par moment se mettait à tournoyer à toute vitesse. De mémoire d’homme, un tel évènement n’avait jamais été observé.

Une fois dans le bar, Brent réussit à se frayer un chemin jusqu'au comptoir, où, sourire aux lèvres, Joran l’attendait.
— Dis donc c'est à cette heure-ci qu'on arrive ? dit-il en lui tendant un verre d’alcool.
— Ne me saoule pas, pourquoi je suis là ? reprit Brent en lui arrachant le verre des mains tout en s’asseyant.
— Ne fais pas ta star, j'ai des clients pour toi.
— Où ça ?
— Les deux touristes accoudés derrière toi.
— Qu’est-ce qu’ils veulent ?
— A ton avis ? Comme tous ces clampins, aller là-haut ! Ils cherchent un guide et je leur ai parlé de toi.
— Je suis trop cher pour eux, répondit-il d’un ton sec.
Faisant mine de ne pas l'écouter, d'un geste Joran, les appela.
— Messieurs, je vous présente Brent ! s'exclama-t-il en le pointant du doigt.
— Ravis de faire votre connaissance ! dirent-ils en cœur.
Brent les regarda un instant puis, les ignorant, il reprit une gorgée.
— Je suis Karl et voici John, nous sommes chercheurs et nous étudions les phénomènes météorologiques inexpliqués. Celui de la montagne Ibounji est tout à fait fascinant. Nous recherchons un guide et on nous a parlé de vous.
— Votre prix sera le nôtre, reprit John avec hâte.
Brent les regarda de nouveau et, après quelques instants, s’effondra sur le bar dans un éclat de rire.
— Vous êtes sérieux ?
— Totalement, répondit Karl sans se démonter.
Brent se leva et, déployant toute l’envergure de ce corps massif, s’avança vers Karl en lui murmurant à l’oreille « Tu es sûr de toi moustique ? »
Ces quelques mots pétrifièrent Karl qui, reprenant son courage, leva les yeux vers Brent et sans sourciller s’exclama « soit c’est avec vous ! soit c’est sans vous ! »
Brent souria devant cette réaction et commanda deux autres verres.
— Messieurs, je suis votre homme mais vous paierez d’avance.
— La moitié maintenant et le reste au retour de l’expédition, reprit Karl.
— Ça me va, 10 000 en tout et 5 000 maintenant.
La transaction se fit dans l’instant et le rendez-vous du départ fixé à l’aube.

L’expédition fut beaucoup plus ardue que prévue. Karl et John n’avaient pas la condition physique pour ce genre d’expédition. Voyant l’allure de Brent dans la neige, ils comprirent ses rires de la veille.
Le vent et la neige rendaient encore plus difficile leur avancée mais au bout d’une semaine de progression, ils touchèrent enfin au but, le nuage était visible.
— Messieurs c’est ici que l’on s’arrête, allez plus loin serait dangereux.
— Ce n’était pas ce qui était convenu ! s’exclama Karl.
— Je ne sais pas ce qu’il se passerait si on allait plus loin.
— Mais nous y sommes presque. Ne voulez vous pas être le premier là-haut ? Imaginez la renommée après ça, vous seriez le premier Brent, le premier...
Les mots de Karl sonnèrent juste et Brent se mit à réfléchir.
— Ok, on y va.
Cette réponse aussi rapide que soudaine surprit Karl et John.
— On avance encore un peu pour 5 000 de plus, mais dès que je dis stop, c’est stop. En revanche, ayez quelque chose en tête.
— Quoi ? répondit Karl.
— Ma vie vaut mieux que les vôtres.
Cette étrange réponse ne déstabilisa pas Karl qui s’empressa de conclure l’affaire malgré la réserve de John.

Ils se remirent en route et au bout de quelques heures d’effort, ils y étaient enfin. A moins de 30 mètres devant eux, se dressait cet impressionnant nuage, bien plus haut que dans leur esprit. Karl et John déployèrent tout leur matériel devant le regard impassible de Brent.

Le temps était calme, Karl s’avança encore un peu plus sans l’accord de Brent qui vérifiait que tous étaient bien encordés. Il continua son avancée et d’un coup les vents se levèrent et une rafale l’aspira. Brent et John tentèrent de le ramener vers eux mais en vain.
Le nuage se mit à tournoyer de plus en plus vite et Brent et John commencèrent eux aussi à être aspirés.
— Coupe cette foutue corde ! coupe là ! s’écria John dans un élan de désespoir.
Brent tendit le bras pour sortir le couteau qui ne le quittait jamais mais à peine l’avait-il saisi qu’ils furent eux-aussi aspirés.

Après un moment, ils reprirent progressivement leur esprit et ils étaient au cœur du nuage. L’atmosphère autour d’eux était brumeuse, extraordinairement calme, sans vent mais l’on voyait à peine à deux mètres.
Ils étaient encore encordés et n’avaient aucune séquelle, mais aucune trace de Karl. Après des recherches, ils le retrouvèrent et lui non plus aucun pépin physique.
Tout leur matériel était resté à l’extérieur et Ils n’avaient plus leur possession que quelques barres de céréales, des lampes torches et des gourdes d’eau. Ils n’avaient aucun moyen de communiquer pour demander l’aide. Ils se mirent en quête d’une sortie mais la tâche s’avéra difficile. Par chance, dans leur quête d’une sortie, ils découvrirent une grotte assez grande pour y tenir à trois.

Les jours s’écoulèrent dans cette grotte. Ils n'avaient aucune notion du temps qui passait, aucune différence entre le jour et la nuit. Seul le porte clé thermomètre que portait constamment Brent leur indiquait la température environnante, -15 degrés. Aucun rayon de soleil ne pénétrait ce mur de nuage devenu leur prison. Malgré leurs vêtements chauds, des engelures apparaissaient et grandissaient de plus en plus sur leurs extrémités.

Brent et John faisaient bande à part. Karl les entendais parfois chuchoter derrière lui. Il ne comprenait pas ces messes bases alors qu’ils étaient tous dans le même bateau.

La faim les tiraillait sans cesse et seule la neige fondue arrivait à remplir leur estomac vide.
Hors de leur grotte et par intervalles, des vents violents se levaient dans un vacarme assourdissant, éloignant encore plus l’espoir d’une issue favorable.

Karl était mal en point et n’avait plus la force de se tenir debout. La faim et le froid avaient eu raison de ses forces et sa combinaison était devenue bien trop grande pour lui.
Brent et John n’étaient pas en reste mais ils avaient encore assez de force pour se mouvoir.

Plusieurs expéditions furent envoyées pour les retrouver mais toutes échouèrent. Impossible de voir quoi que ce soit à travers cet épais brouillard qui se mouvait sans raison.
Entre deux tempêtes de vent, Brent, Karl et John pouvaient entendre au loin les hélicoptères passer à proximité d’eux mais à mesure que le temps passait, ceux-ci devenaient de plus en plus rares.

Karl les entendit de nouveau discuter entre eux mais, cette fois-ci, le ton monta et John s'écria dans un sanglot « Je ne peux pas faire ça ». Ils restèrent un moment immobile puis se tournèrent vers lui. Il était allongé, peinant à respirer cet air froid qui lui glaçait littéralement le sang. Brent s'avança vers lui d'un pas lent, asseyant de dissimuler un couteau dans son dos.
Les yeux révulsés de Karl trahissaient qu’il avait compris. Il voulait crier, s’enfuir mais seuls des sons étouffés sortaient de sa bouche et son corps se refusait à bouger.
Des mots de Brent lui revinrent soudain à l'esprit « Ma vie vaut mieux que les vôtres », il comprit enfin.

Il avait saisi ce qu’ils voulaient de lui...pas vraiment de lui... mais de son corps.
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