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Pleure ô mon pays bien-aimé !

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Danielle Dubus

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Pleure ô mon pays bien-aimé !
On a massacré ma terre,
saccagée, dévastée !
Un jour, alors que j'étais allée faire
la classe aux tout-petits
des hommes ont envahi
mon lopin de terre indépendant
sous les fenêtres de mon appartement
Résidence-Chose-Machin.
Bourrés de bonnes intentions, un matin,
avec pelles et râteaux,
ils l'ont anéantie
tuant dans mon îlot
ces minuscules vies
sans distinction de races
petits survivants du grand béton vorace.

Revenant au logis, oh ! douloureux tableau
je trouvais à la place une terre plate et lisse
sur laquelle trônaient ces massifs marauds
alignés, bien droits, par une perfide milice
de bourgeois ignorants.
Pourtant,
vivaient et croissaient là, en plein désert-béton,
le pissenlit et l'herbe folle, l'ortie blanche et la menthe sauvage ;
y faisaient bon ménage
la limace et le noir grillon ;
l'escargot gris côtoyait
l'escargot de Bourgogne,
un couple de criquets y chantait,
sans vergogne
son chant de liberté. C'était un petit havre de verdure
que m'avait accordé notre Dame Nature
au beau milieu
du béton des banlieues.
Rien n'avait été épargné
tout était nettoyé, rectiligne à souhait,
ne restait plus qu'un affligeant spectacle
laissé par ces hommes sans pitié, et portés au pinacle !
Plus aucun brin d'herbe mutine !
tout avait dû périr sous la fourche assassine !
chaque jour je regarde et j'écoute pleurer
ce p'tit-bout-d'terre-de-rien-du-tout.
Il faut dire qu'elle choquait
sauvage, mal ordonnée, dans le béton brise-tout !
On les voit, sécateur à la main,
l'insecticide de l'autre
tailladant, tronçonnant, sarclant leur jardin
fervents apôtres
de la campagne à la ville ; et tout finit par ressembler
à l'univers-béton, la veille tout juste abandonné !
Oyez ! braves gens ! ce qui est arrivé
à ma modeste terre, au bas mot quatre mètres carrés,
Si vous n'y prenez garde, demain, votre coin de terroir
deviendra un immense désert, aménagé, tailladé,
plus de haies, plus de bosquets pour abriter le loir,
la mésange ou la fouine, le mulot affairé.
quand vous vous éveillerez
tout sera remplacé
par le maïs et le colza, et vos champs balayés
par le vent que plus rien ne peut plus arrêter.
Plus d'animaux, plus de fleurs, plus de vie
pour alimenter nos douces rêveries.

MORALITE
Il n'y a pas de place aujourd'hui
pour la poésie, la fantaisie, la rêverie,
sacrifiées au non de la sacro-sainte finance
et de sa toute puissance !
Des rapaces dévorent nos espaces...
A vos rangs, les oignons et que rien ne dépasse
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