plancton originel

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écrire pour se vivre encore et encore, pour jouer avec ses miroirs et ses mémoires. Ecrire pour se voir dans l'autre, pour voir l'autre en soi  [+]

La Rochelle - 12.03.87

Le retour au plancton originel, un malheureux paquet de Ernte 23 qui me renvoie le visage d’une ancienne correspondante allemande, la levée d’un anonymat et la curieuse découverte que Géraldine est aussi un prénom, la douce réflexion que je devrais aider Anoushka à davantage raconter ses rêves de la nuit, la gueule du CSDA quand je lui ai volé dans les plumes, la désagréable rerencontre avec mon corps démusculé, le mystérieux tintillement de mon esprit quand elle m’a dit : « Vaut mieux pas écrire chez moi », l’ouverture que c’était cette simple déclaration, le sourire immodéré que j’ai eu avec cette chômeuse qui aurait pu être ma mère... et tout le reste.
En vérité je vous le dis, une semaine ce n’est pas très long, mais ce n'est jamais vide. Et pourtant j’oublie tous les petits phénomènes et accrochages de l’esprit qui se sont multipliés, le visage de Untel, les petites phrases qui nous restent, les péripéties et tribulations avec la hiérarchie, les aléas et détours de la profession, et les silences... les silences.
Parlez-moi d’amour, dans tout ça, et je vous regarderai à moitié ahuri, car vous croirez parler d’autre chose. Mais ce n’est que ça l’amour, il est partout, il est dilué, reflété dans des milliers de choses. C’est sa dilution qui fait sa concentration. Voulez-vous donc le tuer, sous prétexte de le mettre sur l’autel ?
S’il suffisait, à la manière d’un ballon, de le gonfler pour le faire mieux voler, sans que ça cache le reste du monde, et sans que ce soit une hypertrophie de tout ce que l’on ne peut aimer d'autre, sans doute aurais-je maintenant les joues creuses et plus assez de doigts pour en nouer les queues. Ce serait pas si mal, peut-être. Mais que pourrais-je donc saisir de ce monde si je n’étais plus qu’un vendeur de ballons ?
Le plancton originel, rien que ça, ça vaut le déplacement ! Si j’avais fait l’amour comme une bête toute cette semaine et que je sois revenu, repu, me coller au chaud de Claude pour lui raconter tout le bien de ma vie d'animal, j’aurais encore raté une des pièces du puzzle et j’aurais remis à plus tard - à jamais, peut-être - mon agréable découverte du plancton originel. Vous savez, celui qu’on va brouter parfois dans les rêves ou dans les mémoires ou dans les rerencontres. Celui qu’animal encore, au fond d’elle - la maman, la mère, la mer, elle - on mâchait avant de naître.
Et les ions négatifs, c’est pas génial, ça ? ça vous requinque un zombie. N’importe où, sans prévenir. Sous la pluie ou dans la nuit, dans les embruns ou les nuages, avec elle ou tout seul. En mangeant un kiwi ou en saluant un ami. Paraît qu’un type sec, c’est un type bourré d’ions positifs. Mauvais, ça ! C’est une nana qui me l’a dit, même pas belle en plus ! Le lendemain, c’est la revue Psychologies qui me le répétait.
Les ions, une connerie ?... Non, mais, des fois, ça ne va pas, non ?
D’ailleurs pour voir, puisque vous insistez pour parler d’amour et que vous vous foutez de la science et du monde, demandez pour voir à qui s’est dorloté dans les bras d’une douce amie ce qu’il a pu engranger avec elle d’acquis. S’il n’est pas sot, il vous le dira : « J’ai grignoté avec elle une montagne de plancton originel et j’en ai pris pour dix ans au moins d’ions négatifs ». ça trompe pas, ça. C’est de l’amour et ça n’en est pas. Car rien n’échappe aux lois de la nature. C’est pour ça que j’aime les femmes. C’est parce que je suis un scientifique. Et que je ne suis même pas sérieux quand j’en parle.
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