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Plaies du coeur.

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HarukoSan

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Panser ses plaies, fuir le reflet de son visage ces matins embrumés de débauche, se traîner, misérable loque débraillée aux joues creuses.
Dans cette chambre sordide où ses clients l’espèrent moyennant quelques billets et ne laissant derrière eux qu’une sale odeur de sueur et de tabac froid.
Scène glauque à laquelle elle s’accroche. Comme à ces amours jamais les mêmes.

Seule, elle déambule dans les rues sombres et poisseuses où l’envie fricote avec le désir de quelques âmes esseulées en quête de plaisirs qu’ils n’avoueront qu’à Elle.
Ces amours à la va-vite entre deux préservatifs où chacun se quitte sans se connaitre, un peu comme une partie de poker que l’on abandonne faute de pouvoir suivre, elle se couche.

Les jours défilent la détresse s’installe, les nuits suintent l’ennui comme les cernes qui bordent ses yeux.
Elle affronte le froid, se cale devant un café au goût amer et déjà froid, rallume un mégot chipé en douce sur la table voisine, c’est la « dech » rien ne l’intéresse hormis le fric qu’elle se fera entre minuit et trois heures du matin.

Quatre passes si elle se débrouille bien, dégoter le bon payeur pour un corps qu’elle entretient tant bien que mal afin qu’il lui assure un alimentaire de base.
Elle fera comme si, simulera l’orgasme pour le rassurer lui comme un autre, les autres...

Elle a connu la belle vie, les voitures de luxe, les grands restaurants, les weekends sur la côte. Elle l’a aimé à en crever, pour lui elle aurait fait n’importe quoi, elle l’avait dans la peau. Elle lui a tout donné, jusqu’à cet enfant qui aurait dû naître au printemps.
La joie qu’elle éprouve en lui annonçant la nouvelle et la réponse qui fuse comme un éclair puis la douleur qui la transperce et son ventre qui se tord, les yeux plein de larmes qui supplient et l’indifférence arrogante pour toute réponse, la déception.
Qu’aurait-elle pu faire ? Perdue, seule avec cet enfant à venir, dépendante de ses promesses, tous ces mots d’amour murmurés et ces nuits qu’elle ne peut oublier.
Choisir entre survivre et mourir, et puis la rue, la rue qu’il lui a fait connaître, ses amis, des hommes pour la plupart avec qui il lui demande d’être gentille, et elle le fut... trop certainement.
Sa force l’abandonne, le « milieu » reste sa seule famille, elle s’embourbe dans un engrenage qui, si bien huilé fonctionne à merveille pour qui sait en jouer, elle ne sait pas, ne sait plus, se perd et se noie...

Son visage reflète sa souffrance, une souffrance qu’elle dissimule par trop de fard histoire de se donner envie, envie de vivre encore, de s’accrocher à ce qui lui reste d’espoir.
Offrir son corps chaque soir en signe de rébellion, de tout ce qu’elle a perdu, de l’amour qu’on lui a volé et des mensonges dont on l’a abreuvée.
Ce corps qu’elle ne reconnaît plus, qui ne lui appartient plus et qu’elle s’interdit de plaindre.
Elle affiche un sourire qu’elle redessine chaque soir, son regard est triste et malgré ce, les hommes qu’elle rencontre viennent s’y perdre, ils murmurent parfois des mots tendres qu’elle n’écoute pas faute de vouloir les entendre. Elle en a que faire, elle ne croit plus en rien.

Les jours de pluie c’est dans les caniveaux qu’elle déverse sa peine, seul ce bout de trottoir qu’elle arpente chaque soir lui rappelle ce qu’elle est devenue.

PRIX

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Marie · il y a
Tristesse.
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Alec Mojerev · il y a
Bravo d'avoir su nous faire sentir ces plaies du cœur.
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Jean Calbrix · il y a
Bonjour HarukoSan ! Je relis avec plaisir votre beau et émouvant TTC !
Vous avez soutenu mon sonnet Mumba et je vous en remercie. Il est désormais en finale. Le soutiendrez-vous de nouveau ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba Bonne journée à vous !

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Maryse · il y a
Triste et émouvant...
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Brocéliande · il y a
C'est magnifique !
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Adibro · il y a
Texte très trsite et désespéré mais qu'est ce que c'est beau
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HarukoSan · il y a
Merci beaucoup, bon week-end!
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Adibro · il y a
De rien, bon week-end à toi aussi
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HarukoSan · il y a
yes!-:)))
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Margue · il y a
tous mes votes pour ce beau texte douloureux
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HarukoSan · il y a
Merci Margue, bises et bon week-end..la neige sur Marseille ça c'est quelque chose enfin si elle tombe comme prévu!
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Patrick Peronne · il y a
Connaissez-vous Grisélidis Réal et l'avez-vous lue ? Si ce n'est pas le cas, je me permets de vous conseiller "Le noir est une couleur"... La prostitution vue et vécue de l'intérieur (si j'ose) par une femme devenue écrivaine, poétesse et porte-parole des prostituées dans les années 70. Mon vote pour votre ttc
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El bathoul · il y a
Elle aurait pu s'appeler Madeleine, maddy pour ces reguliers, son petit disait à l'ecole que sa maman vendait des fleurs.
Merci pour elle, pour elles.

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