Pigeon

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Il est dit que si l’on mettait 100 000 chimpanzés à taper sur une machine à écrire pendant un temps infini, la probabilité que l’un d’entre eux écrive, à la virgule près, Le Horla serait  [+]

L’inspecteur était perplexe. Pourquoi l’avoir tiré du lit pour un cas si évident ? L’inspecteur n’était pas du matin ni de l’après-midi d’ailleurs. C’était un éternel fatigué depuis quelques années. Bousillé par l’orgueil d’une succession de supérieurs hiérarchiques plus intéressés par leur carrière que par le métier. Il voulait juste qu’on lui foute la paix. Manifestement, c’était trop demander.

Luttant contre le sommeil en se frottant les yeux, il réclama un café et qu’on lui fasse le topo. Son énième nouveau supérieur était là, gesticulant, se cherchant une contenance, se pavanant dans ses nouveaux habits. L’inspecteur n’aurait pas été étonné de découvrir une étiquette de magasin dépassant encore des vêtements. Ils ne faisaient pas attention aux détails... Il accueillait le café d’un sourire fatigué. Il soupira :

« - Bon, je vous écoute. Soyez bref, ça me changera.

- Inspecteur, vous pourriez commencer par saluer votre supérieur !

- Excusez-moi, j’avais bien senti un courant d’air mais je ne vous avais pas reconnu. Veuillez accepter mes plus plates excuses, Monsieur mon supérieur.

Les journalistes avaient dépassé le périmètre de sécurité. Le supérieur dû laisser passer cet affront, pas besoin de se donner en spectacle. L’affaire était suffisamment grave comme ça. Usant de toute son autorité, il finissait par réussir à donner des ordres cohérents et, Miracle, la piétaille s’exécutait comme un seul homme. Miraculeux, à n’en pas douter. L’inspecteur doutait de la réalité de la scène.

« - Je dois encore dormir » se disait-il en se frottant encore les yeux.

«  - J’attends la fin de vos étirements ou bien je peux commencer le topo ? S’énerva le chefaillon.

- Vous embêtez pas. J’ai déjà résolu l’affaire.

- QUOI ???

- Vous chaussez du 52, chef, non ?

- Effectivement, mais comment...

- Faut au moins ça pour être à l’aise dans la merde, à se pavaner comme un pigeon ! La dernière fois que vous avez pollué une scène de crime, c’était quand ?

-...

- Cherchez pas, je vais vous le dire, JAMAIS ! PUISQUE VOUS SORTEZ JAMAIS DE VOTRE FOUTU BUREAU !!! Maintenant vous quittez le site sur la pointe des pieds, merci. »

Le chef était écarlate de colère et l’inspecteur de rajouter :

« - C’est bien ! Vous êtes presque raccord avec la couleur de la victime mais ça ne change rien, hors de ma vue ! »

Le préposé à la médaille enfin parti, il était temps d’être sérieux. La gamine n’y était pour rien et elle était pourtant bien morte. La moindre des choses, c’était de boucler ça proprement. L’inspecteur cherchait du regard le personnel scientifique. Il grogna :

«  - Joël ! T’as fait les analyses du sol ?

- Oui, tu penses bien ! Pendant ce temps-là, on avait pas le pousseur de nuages sur le dos.

- Joli blaze, voilà notre cheftaine baptisé. Laisse-moi deviner... t’as trouvé une saturation de cuivre ?

- Comment le sais-tu ? Lâcha, perplexe, Joël.

- Évident mon petit père, c’est un empoisonnement fulgurant qui a tué la demoiselle. La dose de trop. »

L’inspecteur tremblait de rage alors qu’il remontait le drap blanc sur la victime. Il ne pouvait retenir plus longtemps sa colère :

«  - Quand est-ce que les gens comprendront ? On ne traite pas systématiquement à la bouillie bordelaise !!! Elle n’avait même pas finit de mûrir, cette pauvre petite tomate et elle est morte empoisonnée.»
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